CHAPITRE IV
Conclusion.
Si nous nous en tenons exclusivement aux faits, nous devons avouer qu'au moment où nous écrivons ces lignes, l’Union Générale des Travailleurs est restée fidèle aux résolutions prises à son dernier congrès. Bien qu'à la suite des récentes crises ministérielles, elle ait décidé de ne plus autoriser ses représentants à participer à des gouvernements dont elle blâme ouvertement la politique, elle s’est abstenue par exemple de prendre une part active au mouvement révolutionnaire déclenché le 11 décembre 1933 par la Confédération Nationale du Travail et la Fédération Anarchiste Ibérique. Et c’est ainsi qu'à la séance des Cortès du 12 décembre 1933, le président du Conseil, M. Lerroux, pouvait déclarer, en réponse à une question posée par M. Prieto a nom des socialistes, que « le mouvement révolutionnaire avait pris une grande extension, mais qu'il était heureux de constater que seuls les éléments de la C.N.T. et de la F.A.I. v avaient participé ».
Il ne nous appartient pas de rechercher les raisons de cette abstention, qui aussi bien nous paraît conforme à la ligne de conduite toujours suivie par l'Union Générale. Mais si, délaissant les actes, nous nous en tenons désormais aux déclarations des
membres les plus qualifiés, soit de l'Union, soit du parti socialiste, nous devons reconnaître que la situation est en train de se modifier. C’est ce qui explique que le journal « A. Le C. » ait pu écrire, à la date du 12 décembre 1933, à propos des événements de la veille : « Il y a peu de temps, M. Largo Caballero, à la tribune, fixait précisément pour le 10 décembre la date à laquelle il fallait descendre dans la rue. Le parti socialiste et l’U.G.T. ont déclaré hier qu'ils ne se solidarisaient pas avec le mouvement; ils le condamnent quand il a échoué; ils auraient mieux fait de faire cette déclaration dès le premier jour. »
Il convient de rappeler également qu’à la séance des Cortès du mercredi soir 20 décembre 1933, M. Prieto, au nom des socialistes, déclarait : « Le parti socialiste contracte publiquement l’engagement de déchaîner la révolution sociale. »
Enfin, le discours prononcé le 25 janvier dernier par M. Largo Caballero, ancien secrétaire de l'U.G.T. et actuellement chef du parti socialiste, confirme et complète les indications qui précèdent; les deux organisations paraissent chaque jour davantage vouloir sortir de la légalité Rte et recourir aux coups de force.
Nous devons à la vérité de dire que cette tendance, dont M. Largo Caballero s’est fait le champion, ne paraît pas être suivie de tous; au sein de l'U.G.T comme au sein du parti socialiste, elle se heurte à une vive opposition de la part des éléments modérés que représente M. Besteiro, le président actuel de EULCNE
Aussi une scission paraît-elle inévitable au sein des deux organisations sœurs; elle aboutirait à la
constitution de deux blocs antagonistes comprenant, l’un la fraction modérée du parti socialiste et de l’Union, l’autre la fraction de ces deux gTroupements qui suit la conception franchement léniniste de M. Largo Caballero: et, dans ce dernier cas, aucun obstacle ne s’opposerait, désormais, à la réalisation du front unique entre les troupes de la Confédération Nationale du Travail et celles de la partie extrémiste de l'U.G.T.
Au surplus, deux faits relativement récents semblent confirmer notre point de vue; c’est d’abord que des conversations ont eu lieu, ces jours-ci, entre les chefs de l’U.G.T.. et ceux de la C.N.T., en suite de l’appel à la formation d’un « front unique », lancé par ce même parti socialiste, qui jusqu’au lendemain de sa séparation du pouvoir, s'était montré l'adversaire acharné de l’anarcho-syndicalisme et avait constitué une digue puissante contre la marée extrémiste; c’est, en outre, que le Comité directeur de l’U.G.T., comprenant dans son sein M. Besteiro, président de l'Union, et M. Trifon Gomez, secrétaire, vient de démissionner «en raison de l’adhésion de l’U.G.T. à l’action politique du Comité exécutif du parti socialiste », présidé par M. Largo Caballero; en démissionnant, ce comité a rendu inévitable la convocation d'un congrès extraordinaire, qui seul aura le pouvoir de procéder à une élection nouvelle. Il est inutile de souligner davantage l'importance de la décision qui sera prise; il appartiendra alors au parti socialiste espagnol et à l’U.G.T. de choisir entre les voies légales ou celles des aventures violentes.
Nous n’en dirons pas plus sur la nouvelle orientaion politique de l'U.G.T.; aussi bien sommes-
nous persuadés que les événements qui n’auront pas manqué de se produire entre le moment où nous écrivons et celui où paraîtront ces lignes se seront chargés d'apporter sur ce point toutes les précisions souhaitables.
Il ne faudrait pas croire, cependant, que, s’adonnant de plus en plus à l'étude des problèmes politiques, les dirigeants de l’Union Générale aient actuellement renoncé à poursuivre sur le plan syndical le but défini par l’article 1° des statuts. Nous n'en voulons pour preuve que la constitution récente, en suite d’une décision prise par la Commission exécutive de l’Union, d’un « Conseil d'études économiques et sociales » auquel a été confiée l’étude des questions suivantes :