‹ Le Syndrome de BabinskiChapitre 40 sur 53 · LATE · texte numérisé non relu

LATE

Cet homme se plaint de palpitations et de dyspnée d'effort, troubles survenus récemment et brusquement le 1°* décembre, à la suite d'un accident assez singulier.

En descendant d’un tramway en marche, il faillit tomber, non par un vertige subit mais, à ce qu’il paraît, accidentellement; il fit un effort violent pour se redresser, en même temps que ses talons frappaient violemment le sol. À ce moment même, il ressentit une douleur très vive dans la région précordiale ou plutôt rétro-sternale, douleur bientôt accompagnée de palpitations avec oppression extrême et sensation d'étouffement. La crise perdit de son intensité au bout d’un quart d'heure ; elle n’était cependant pas tout à fait calmée le soir. M... rentré chez lui, se coucha à son heure habituelle, mais fut alors surpris d'entendre une sorte de bruit râpeux, de bruit de scie, suivant son expression, semblant provenir de son thorax. Il était alors si intense, qu'il empêcha le sommeil. Le lendemain matin, il était encore assez fort pour que son médecin püût le percevoir à 0,50 centimètres du thorax. Ce jour-là et les deux jours suivants, tout trouble fonctionnel avait disparu, mais à partir de ce moment, en même temps que le bruit s’atténuait, la dyspnée d'effort reparaissait rapidement très intense, puis bientôt persistante avec crises violentes d’oppression nocturne.

Il faut dire qu'entre temps, le malade, qui était fiancé, avait eu la malencontreuse idée de procéder à son mariage, et que les eflorts, aussi répétés qu’infructueux auxquels il s'était livré pour accomplir ses devoirs conjugaux, n'avaient abouti qu'à faire naître et à exaspérer l'oppression dont il se plaint actuellement.

L’interrogatoire du malade nous apprend que,. peintre de

son état, il n’a jamais présenté de symptômes d'intoxication

NS

saturnine; mais, à l’âge de dix-huit ans, il a eu un chancre de la verge d'aspect bénin, qui n’en a pas été moins soigné à l'hôpital Beaujon, par des pilules. À cette époque aussi, il aurait perdu ses cheveux. A l’âge de trente-neuf ans, à la suite d'une « ophtalmie purulente » il aurait été presque aveugle pendant quelques jours. Depuis il n'avait ressenti aucun symptôme morbide, de quelque nature que ce fût.

À l’examen du malade, on constate tout d’abord une surélévation légère de la sous-clavière droite, une augmentation notable du volume du cœur (128 centimètres carrés à la percussion) avec débord peu marqué de la matité aortique à droite du sternum. |

La palpation permet de reconnaître l'existence d’un thrill diastolique, localisé vers le sternum, à la hauteur du troisième espace intercostal, se propageant vers la région préventriculaire gauche. Il n’y a pas de roulement à la pointe.

À l’auscultation on entend à la base un double souffle aortique, le premier systolique, peu intense, le deuxième diastolique, à timbre élevé et musical, à propagation très étendue derrière le sternum, vers la partie moyenne du cœur, et jusque dans le dos. Ge bruit, véritable piaulement, est perceptible à distance, à environ 4 ou 5 centimètres dela poitrine.

La tension artérielle mesure 14 à 15 centimètres au sphygmomanomètre de Potain. [l n’y a pas de pouls capillaires, mais le double souffle crural est nettement perçu.

La poitrine présente quelques râles disséminés d’œdème, avec des râles plus fins et de la submatité à la base droite.

Le foie un peu augmenté de volume est douloureux à la per-

cussion, Les urines ne contiennent ni sucre ni albumine. L'examen

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du système nerveux présente des particularités fort intéressantes.

La pupille gauche plus petite que la droite ne réagit presque pas à la lumière, mais normalement à la distance. Le signe d’Argyll Robertson est évident.

La pupille droite réagit très différemment : sous l’action de la lumière, elle ébauche une très légère contraction, suivie immédiatement d'une dilatation marquée.

C’est un phénomène connu sous le nom de réaction para-

doxale à laquelle certains auteurs, M. Babinski entre autres, attribuent une valeur diagnostique analogue à celle du signe

d'Argyll. Notre fait semble prouver le bien-fondé de cette opinion.

Enfin, les réflexes rotulien et achilléen sont abolis. La ponction lombaire donne issue à un liquide clair s’écoulant en gouttes très petites. Ce liquide légèrement albumineux dénota

l’existence d’une lymphocytose abondante.

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