OBSERVATION :X
(Heitz. Thèse Paris, 1903).
Tabes fruste préataxique. — Anévrisme de la crosse de l'aorte. — Douleurs vives et hyperesthésie dans les territoires des 3 à 8° racines dorsales. — Tachyarythmie. — Mort par
ouverture dans la plèvre.
Homme de 53 ans, entré le 28 septembre 1902 dans le service du docteur Pierre Merklen, hôpital Laënnec. Il n’a jamais été malade et nie la syphilis. Depuis huit mois, il souffre dans les côtés, et c’est pour ces douleurs, devenues insupportables, qu'il entre à l'hôpital.
Etat du malade le 25 octobre 1902. — Deux séries de symptômes attirent l'attention chez ce malade, les signes du côté du système nerveux et les signes du côté de l'appareil circulatoire.
Du côté du système nerveux nous trouvons tout un ensemble de signes caractérisant un processus tabétique, actuellement encore à la période préataxique.
Aux yeux, myosis double très serré, pupilles égales, ne réagissant pas à la lumière, mais se contractant encore à la convergence, pas de paralysie oculaire, pas de diplopie.
Aux membres inférieurs, abolition complète des réflexes rotuliens, léger degré de signe de Romberg mais pas de difficulté à marcher dans l'obscurité. Pas d’incoordination. Douleurs fulgurantes, surtout du côté droit, depuis environ quinze
mois. Ces douleurs ont le caractère spécial de parür des orteils
pour remonter vers la fesse. Légers troubles du sens musculaire aux orteils. Pas d'hypotonie. Pas de troubles de la sensibilité à la piqüre, en dehors d’une certaine hypoesthésie plantaire. Abolition de la sensibilité à la pression des nerfs péroniers.
Incontinence d'urine depuis un an ayant progressé au point que couché il est'obligé de maintenir à demeure l’urinoir entre ses jambes dans son lit. Constipation habituelle. Anesthésie testiculaire à la compression.
Le malade n’a jamais eu de crises gastriques. Anesthésie trachéale.
Du côté des membres supérieurs, pas d'incoordination, pas de zones radiculaires d'ancsthésie, mais analgésie des deux nerfs cubitaux.
Au cœur, le jour de son entrée les battements étaient d'une telle rapidité qu'il était presque impossible de les compter. Ils atteignaient au moins 160 à la minute. Le pouls était incomp— table et cependant le malade n'avait aucune sensation de cette tachycardie. Le lendemain sous l'influence de la valériane et du bromure le nombre des pulsations était retombé au chiffre de 90.
Depuis, le pouls s’est maintenu entre go et 100, avec une arythmie permanente.
À l'examen du cœur, la pointe bat dans le sixième espace, à trois travers de doigt au-dessous du mamelon, sur la ligne mamelonnaire, et son choc irrégulier n’est visible que de temps en temps. Légère voussure précordiale. Zone de matité à grand axe vertical (douze centimètres de dimensions Noriicales sur dix centimètres de dimensions transverses), chiffre correspondant
à une hypertrophie manifeste du ventricule gauche,
Augmentation de la matité de l'aorte qui déborde de 4 cen-.
timètres le bord droit du sternum. Battements rythmés de la région du foyer aortique et des premiers espaces intercostaux droits. Ces battements sont surtout visibles lorsqu'on les amplifie à l’aide du pavillon du stéthoscope appuyé à la région -aortique. Soulèvement systolique des sous-clavières surtout à droite.
A l’auscultation les bruits du cœur sont normaux, mais toujours très irréguliers. On trouve quelquefois des séries de dix à douze pulsations normales et bien rythmées, puis une série de trois ou quatre pulsations précipitées pendant lesquelles l'intensité du choc de la pointe très augmentée, et qui cependant ne se transmettent pas (ou à peine) au pouls radial.
Le pouls irrégulier, comme le cœur, est plus faible à gauche (tension artérielle 14 1/2) qu’à droite (19). Cependant les deux pouls battent simultanément.
La voix est bitonale, faible.
Pas d’albumine dans les urines.
Pas de palpitations, pas de douleurs irradiées dans le cou ou dans les bras. Mais partout, depuis huit mois, le malade souffre de douleurs périthoraciques permanentes à droite et sur la face antérieure du thorax. Elles occupent une zone correspondant aux cinq et six racines, à partir de la troisième dorsale postérieure, descendant vers le creux épigastrique, dont la sensibilité à la pression est très augmentée,
Quoique permanente, cette douleur est d'intensité variable, selon les moments.
Quand elle augmente du côté droit, où elle est localisée d'habitude, elle passe à gauche et dans le dos.
Le malade se plaint alors d’être entièrement cerclé. Au niveau
de ces zones douloureuses, la sensibilité est augmentée axu trois modes ; il y a surtout à droite une hypéralgésie entière ment prononcée, qui descend jusqu'au voisinage du creux épigastrique. |
Le frottement même des vêtements était pénible pour le
malade, et il ne supportait pas la moindre piqûre d’aiguille.
OBSERVATION X bis
(Déchy. Th. Paris 1902).
Le nommé H..., 46 ans, peintre en bâtiments, entre en juillet 1902, pour une sciatique, à l'hôpital de la Pitié, salle Rostan.
Antécédents personnels. — Cet homme a ressenti antérieure- . ment des accidents de saturnisme : colique et constipation. Il a été de plus soigné chez M. Jaccoud pour insuflisance mitrale et rétrécissement aortique.
Etat actuel. — Il présente en effet en ce moment un souflle valvulaire à l’orifice aortique (premier temps), un autre également à l'orifice mitral (premier temps).
Mais ce pourquoi il est entré, c'est une sciatique du côté gauche. Le malade présente, en effet, les points douloureux classiques de ce côté, et en plus le signe de Lasègue.
Examen nerveux. — Cet homme a des réflexes rotuliens normaux. Le réflexe achilléen est affaibli du côté gauche: de même il existe un peu d’atrophie musculaire de ce côté.
Pas de réaction de dégénérescence.
Pas d'accidents gastriques.
Ça « Æ