Trentième jour
Examen de sang :
Numération : Globules rouges. . . . . . . . . . . . 5.145.000 CONTI PET TN UNE T RE PRTU 18.300
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Observation XIII. — MM. BLancuerière et LEJONNE (1).
IL s'agit d'un homme âgé de 66 ans, entré le 8 mai 1907, pour une paraplégie spasmodique, dans le service du Professeur Raymond à la Salpétrière.
Jusqu'en 1904, il avait exercé le métier de cultivateur, puis était venu à Paris comme homme de peine dans un restaurant. Dans ses antécédents, il n'y a à noter que des fièvres paludéennes qu'il a présentées à l'âge de huit ans et qui depuis n’ont jamais récidivé. Il n'est ni éthylique, ni syphilitique.
L'affection actuelle débuta en janvier 1907 au milieu d'une santé excellente par des crampes et de la faiblesse du pied droit ; quand le malade était couché, son pied se mettait en rotation externe; une quinzaine de jours plus tard, les mêmes phénomènes se montrèrent au pied gauche. Peu de temps après et simultanément les deux jambes se prirent à leur tour ; tantôt isolément, tantôt toutes les deux à la fois elles se pliaient brusquement, inais
- néanmoins il pouvait encore marcher avec des béquilles.
Un médecin lui appliqua des pointes de feu à la partie inférieure de la colonne vertébrale et lui ordonna le repos au lit.
Très rapidement, l'impotence des membres inférieurs devint absolue ; le malade consulta alors à la Salpêtrière où il fut admis en mai 1907.
(4) BLANCHETIÈRE et Lesonxe, Comptes rendus des séances de la Société de biologie, 15 mai 1909 et Gazette des hôpitaux, 1# septembre 1909. Aubry 4
)0 CLINIQUE ET SYMPTOMATOLOGIE
Examen du 20 mai 1907. — Le malade présente une paralysie spasmodique typique accompagnée de gros troubles de la sensibilité. On peut dire que toute la moitié supérieure du corps au-dessus de la 7 vertèbre dorsale est absolument normale.
Au point de vue moteur, du côté des membres inférieurs, aucun mouvement spontané n’est possible, sauf quelques très légers mouvements d'adduction des jambes ; le malade peut se mettre sur son séant, mais il est obligé de s’aider des bras.
La résistance aux mouvements provoqués est un peu mieux conservée. C'est ainsi qu'à la cuisse les extenseurs et les adducteurs paraissent jouir d’une force à peu près normale, tandis que la résistance des fléchisseurs et des abducteurs est nulle.
En ce qui concerne les muscles rotateurs, il y a quelque différence entre les deux côtés ; les rotateurs en dedans sont à droite moins mauvais que du côté opposé ; les rotateurs en dehors sont très pris à droite et à gauche.
Les divers muscles de la jambe et du pied n'offrent aucune résistance.
Les réflexes rotuliens et achilléens sont très vifs des deux côtés, il existe du clonus de la rotule, même parfois spontanément ; le signe de Babinski est nettement en extension ; par contre le phénomène d'Oppenheim se produit en flexion. :
Il y a abolition totale des réflexes crémastériens et abdominaux.
Au point de vue de la sensibilité, les grosses modifications de la sensibilité objective contrastent avec le peu de troubles de la sensibilité subjective. C'est ainsi que la paraplégie s’est installée insidieusement, sans douleurs, et qu'à l'heure actuelle, à part quelques douleurs de counstriction au niveau du bas-ventre, le malade ne souffre pas.
Au contraire, la sensibilité objective est profondément troublée dans toute la moitié inférieure du corps ; au point de vue du tact, le malade présente une hypoesthésie considérable, et fait de grossières erreurs de localisation sur tous les membres inférieurs et le tronc, jusqu'à une région correspondant à peu près au neuvième segment dorsal ; pour la température et pour la douleur, il y a anesthésie absolue sur toute la moitié inférieure du corps, remontant à peu près jusquà la limite supérieure du dixième segment dorsal ; au-dessus est une bande d’hypoesthésie occupant le territoire de Do et Ds.
Les sensibilités profondes (sens des attitudes, sensibilité osseuse) sont également abolies dans les mêmes régions.
Il existe quelques troubles des sphincters: le malade sent mal !e besoin d'uriner et est obligé de pousser fréquemment pendant la miction.
11 sent bien passer les urines.
On n'observe aucun trouble viscéral ; on ne réveille aucune douleur au niveau de la colonne vertébrale, ni par la percussion forte, ni au moyen du
OBSERVATIONS à |
tube chaud ; pourtant deux apophyses épineuses, la 9 et la 12° dorsales, semblent un peu saillantes.
La ponction lombaire pratiquée le 22 mai 1907 montre un liquide jaune citrin, coagulant en masse. Centrifugé, il ne renferme que de très rares lymphocytes.
Autant le diagnostic du syndrome paraplégique spasmodique et la localisation des phénomènes patholosiques au niveau des 8° et 9c segments radiculo-médullaires dorsaux étaient faciles chez ce malade, autant il était délicat de préciser la cause et la nature de l'affection. |
Les résultats de la ponction lombaire venaient encore compliquer le problème ; malgré la présence d'un liquide jaune coagulant en masse, l'examen cytologique négatif, comme d'ailleurs toute l'histoire clinique du malade, écartait l'idée d'une de ces inflammations méningées décrites par MM.Froin, Sicard et Descomps, etc.
On pouvait hésiter entre trois hypothèses : la saillie de quelques apophyses épineuses dorsales faisait penser à des troubles nerveux consécutifs à un mal de Pott, mais la colonne vertébrale n'élait pas douloureuse et le malade n'était nullement bacillaire. L'idée d'une tumeur de la moelle ou de ses enveloppes était plus séduisante, mais il était bien difficile de l'adopter en l'absence de tout phénomène douloureux. Restait l'hypothèse d'une myélite transverse de cause indéterminée.
Evolution de l'affection jusqu'à la mort.
28 mai. — Une deuxième ponction lombaire montre un liquide absolument semblable à celui de la première ponction. 18 juin. — L'état du malade est stationnaire, la spasmodicité a toutefois
augmenté et il existe des crampes très douloureuses dans les membres inférieurs.
Troisième ponction lombaire : même liquide qui coagule encore plus vite que les fois précédentes.
5 juillet. — Le malade se plaint de quelques douleurs en ceinture.
Quatrième ponction lombaire : une partie du liquide est inoculé dans le péritoine d’un cobaye. L'animal sacrifié le 26 juillet ne présente pas trace de tuberculose.
29. — La contracture des inembres inférieurs est intense, surtout à droite où il est maintenant impossible de mettre en évidence l'exagération des réflexes et la trépidation spinale.
Les crampes ont augmenté et s'accompagnent de mouvements de flexion des jambes. Les troubles de la sensibilité objective n'ont pas varié.
8 octobre. — Quatrième ponction lombaire ; le liquide présente toujours la coloration jaune citrin et la coagulabilité presque instantanée.