IV. — L'ÉPOQUE DU DÉMEMBREMENT. EST AVANCÉE
Pour pouvoir affirmer que l'époque du démembrement est avancée, nous avons, à plusieurs reprises, recherché chacune des parties constituantes plusieurs jours de suite et nous n'avons considéré cette avance que lorsque le syndrome psycho-neuro-museculaire au complet était négatif.
À côté des variations individuelles, qui font se démembrer le syndrome infantile à 2 ans 6 mois, 2 ans 5 mois, nous avons trouvé des causes plus nettes activant le travail cellulaire semblant devoir faire brûler les étapes à l'enfant, el c'est la maladie accompagnée de fièvre qui nous parait avoir hâté l’évolution de la cellule en général, Cette constatation peut être rapprochée de tout ce que la biologie nous enseigne sur l'hypéractivité cellulaire de défense. Le fait bien connu des enfants qui grandissent après une période de fièvre doit être rapproché de ceux que nous allons rapporter.
D... âgé de 2 ans, viens à la consultation de l'hôpital pour une très légère diarrhée ; nous examinons à cette occasion son syndrome infantile : il est complet.
À 1 mois de là, il revient à l'hôpital avec une rou-
geole forte; il eut 4 jours de fièvre à 40°, des complications pulmonaires, et sa convalescence ne commença que trois semaines après le début de sa maladie. A ce moment, une modification complète s'était faite dans le syndrome psycho-neuro-musculaire : le Babinski était en flexion, les réflexes n'étaient plus vifs : quant à la conservation des aftitudes, la manière d’être de l'enfant après un mois de maladie contrastait absolument avec
. sa façon de réagir antérieurement : alors que, comme
les enfants de son âge, il conservait avant la maladie les attitudes d'une façon parfaite, il était curieux de voir avec quelle vivacité il baissait les deux bras et combien son regard se faisait interrogateur si l’on voulait prolonger l'expérience. Nous l’avons revu à un mois de là; sa manière d’être a été absolument la même, ce qui confirme encore ce que nous avons dit des rapports entre cette résistance à la faligue et Ia maladie.
Nous avons eu trois observations analogues à celles de D... Cependant, la précocité de démembrement du syndrome infantile nous paraît, dans d’autres circonslances, acquérir une valeur pronostique de tout premier ordre chez certains enfants, atteints de maladies chroniques fébriles dont la première dent, la marche et la parole sont apparues à des époques normales ou retardées ; nous avons vu, après plusieurs mois d'état fébrile, qu'il était impossible, même au-dessous de 2 ans de retrouver aucune des parties constituantes du syndrome. Il semble que l'hypéractivité cellulaire de défense de leur organisme ait hâté leur évolution etil semble aussi que l'on soit autorisé à porter un pronos-
tic très fâcheux quo ad vitam lorsque, depuis longtemps ces enfants sont atteints de fièvre quelle qu’en soit la cause et que cet état morbide indique déjà les grandes perturbations qu'il amène dans l'économie, en rendant évidente cette hâtive et maladive évolution que l’on peut croire due à l’hypéractivité cellulaire qui consume.
Deux enfants ont été suivis par nous ; l'un de 22 mois l’autre de 20 mois. Tous deux depuis 3 mois déjà étaient à l'hôpital pour de la fièvre tuberculeuse, la courbe de l'un indiquait une température à grandes oscillations, la courbe de l'autre dénotait un hyperthermie régulière vespérale de 38°.
Ces deux enfants éveillés jouaient sur leurs lits, ne paraissaient nullement souffrir et se prêlaient gentiment à tous les examens.
Dans l’un et l’autre cas, il fut impossible de retrouver aucun des symptômes du syndrome infantile ; la fièvre les avait fait vivre plus vite et tous les échanges qu’elle activait, tout le travail cellulaire exagéré qu’elle entretenait, avaient hâté cette évolution. Il nous a semblé que ce démembrement précoce apportait un nouvel élément venant assombrir le pronostic. Babinski et Onanoff (1\ n'ont-ils pas remarqué chez un fœtus de o mois que les muscles qui se développent le plus rapidement sont plus exposés aux myopathies primitives progressives
(1) BaBiNskt et ONaNorr : Myopathie progressive primitive; sur la corrélalon qui existe entre la prédisposition de certains muscles à la myopathie el
la Mo de leur développement (C. R. Société de Biologie, 1888, p. 145: