INTRODUCTION
Nous croyons utile de résumer en quelques mots le texte des premières communications que nous avons faites (1) sur la résistance physiologique de l'enfant à la fatigue.
Nous avions été frappés par les positions que conservent les enfants capables de tenir leur gobelet à bras tendu une heure de suite sans avoir l’air d'accomplir aucun travail fatigant. L'un d'eux, âgé de ? ans 1/2 que nous présentâmes à la Société de psychiâtrie (2) attira plus spécialement notre attention; sa façon de se comporter, qui ne pouvait passer inaperçue nous engagea à rechercher les mêmes qualités chez les enfants du même âge et nous pûmes conclure qu'elles sont physiologiques.
Nous procédions à son examen et le petit était debout sur son berceau appuyé d’une main sur le barreau, l’autre bras élevé perpendiculairement à son corps; il ne reposait que sur une jambe, l’autre était à demi-fléchie; l'enfant avait pris spontanément cette position pendant qu'on l’auscultait. À ce moment, entra dans le box une personne qui conversa quelques minutes avec nous.
(1) Lesaceer Couun. Présistance à la fatigue chez l'enfant au-dessous de deux ans 1/2. Archiv. méd. des enfants, juin 1911. . ANDRÉ Cozun. Procédés de recherche de la résistance à la fatigue chez l'enfant, Gazelte des Hôpitaux, 20 juin 1911, n° 69.
(2) Société de psychiâtrie, Encéphale, mars 1911.
Quelle ne fut pas notre surprise de voir que, bien qu'aucune influence n'ait été exercée sur cet enfant, tout le temps qu'avait duré la conversation il n'avait pas bougé. Nous n'intervinmes pas; au bout de 28 minutes seulement il se rassit dans son lit et, comme l'on fait d’une poupée articulée, nous le remimes aussitôt dans la même position : il était si peu fatigué qu'il y resta 15 minutes. Les recherches que nous avons faites ensuite sur les enfants plus âgés et plus jeunes nous ont montré que cette manière d’être est normale au-dessous de 2 ans et 8 mois; elle est parallèle à l’exagération physiologique des réflexes, au Babinski en extension; elle disparaît parallèlement à ces deux autres phénomènes, un peu plus tard cependant. Pour mettre cette réaction enfantine en évidence, nous avons usé indifféremment de deux procédés : après avoir pris toutes les précautions nécessaires pour ne pas effrayer l'enfant, on place les bras dans la position dite « du bras tendu » ou en avant du corps; on peut alors soit prolonger l'expérience pour attendre le moment où l’enfant laissera tomber ses bras, soit, au bout de quelques instants, donner une impulsion à l’un des bras; l’autre reste ou non dans la position primitive. Ce procédé ou « signe du bras » nous a permis de traduire fort exactement la faculté qu’a l'enfant de résister ou non à la fatigue; il nous a paru plus rapide et plus précis que l'expérience prolongée féconde en causes d’erreur.
Le signe du bras positif, le Babinski, l’'exagération des réflexes tendineux constituent le syndrome psycho-
neuro-museulaire physiologique de la première enfance.
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Nous avons insisté sur ce fait que celte expérience du bras n’a pas de valeur au-dessus de 7 ans où trop de facteurs différents (entraînement sportif, désir de bien faire,
supposilion qu'il s’agit d’un exercice de gymnatisque)
viennent modifier la spontanéité de la réaction infantile.
Quelle est la signification de cette manière d'être?
Lors de notre présentation à la Sociélé de psychiâtrie, le professeur Bernheim et M. Arnaud ont rappelé que cette résistance à la fatigue pouvait se rencontrer chez les déments précoces et les paralytiques généraux dénotant un profond état de déchéance.
D'autre part, les idiots et les imbéciles dont nous avons examiné un grand nombre ne présentent pas ce signe.
Etant donnés la constance de Ia résistance à la fatigue chez les enfants au-dessous de 2 ans 1/2, la
possibilité de le retrouver chez des adultes profondément et définitivement atteints de démence, le fait qu'il n'existe pas chez les insuffisants cérébraux dont le système nerveux encore que mal formé est complètement
formé et ne subit pas de processus démentiel, nous croyons pouvoir considérer le signe du bras comme un signe d'évolution ct d’involution du système nerveux.
Nous avions conclu en disant :
1° Tous les enfants jusqu’à 2 ans 8 mois environ résistent d’une façon spéciale à la fatigue. Ceci peut être mis en évidence par la longueur de l'expérience du bras levé ou par le fait qu'ils ne baissent qu’un bras quand une impulsion unilatérale leur est donnée.
2° Ce fait doit être rattaché à tous les autres signes dits de débilité motrice physiologique. Il persiste plus longtemps.
3 Etant donné qu'il n'existe point chez l’idiot et chez l’imbécile, sa constatation peut rendre des services chez les enfants pour lesquels on pourrait craindre l'idiotie ou l’imbécillité, en montrant que leur système nerveux retardé dans son évolution n’est pas terminé et que beaucoup des symptômes constatés s’évanouiront tôt ou tard.
4 Mais inversement, il s’agit toujours de sujets à côté de la normale, la prolongation de ce signe permet de dépister précocement de futurs psycho-névropathes.
Nous avons consacré le travail qui va suivre à rechercher ce syndrome chez des enfants à ascendance pathologique chronique. La constatation précoce de ce syndrome nous a permis, en connaissant les antécédents, de pronostiquer la voie dans laquelle semblent devoir s’engager les enfants qui conservent tout ou partie de ces symptômes infantiles au delà des limites habituelles.