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ETUDE DE LA TENSION ARTÉRIELLE DE L'HOMME PENDANT LE VOL

De nombreuses études ont été faites de la pression artérielle aux altitudes et de ses variations possibles sous l’influence de la dépression barométrique, des changements de température et- de l’état hygrométrique de l’air. Elles ont donné des résultats plutôt discordants et que nous croyons utile de rappeler brièvement.

1° Pendant leur ascension dans le ballon « Eros », le 21 novembre 1901, Hallion et Tissot ont constaté « que la pression dans l’artère fémorale, qui était de

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15 centimètres cubes en moyenne sur le sol au départ, est restée invariable et était encore de 15 centimètres cubes à 3.500 mètres, bien qu’à ce niveau la dépression barométrique fut déjà de 27 à 28 centimètres de Hg environ ». La pression artérielle ne serait done influencée ni par les variations de la pression atmosphérique, ni par les phénomènes vaso-moteurs qu’elle peut déterminer.

2° Par contre, à la suite d’une ascension, les doc. teurs E. Reymond et Tripet signalent qu’ils ont trouvé entre 0 et 4.000 mètres une diminution de pression de 4 centimètres chez trois sujets ne fournissant aucun travail, avec tendance à l’augmentation brusque et momentanée de la pression à l’occasion du moindre effort.

3° Selon Camus, qui a soumis des animaux à la raréfaction dans un cylindre spécial, où la production d’air confiné n’était pas possible, les courbes des pressions atmosphérique et artérielle sont absolu ment parallèles. Ce parallélisme subsiste quelle que soit la rapidité et l’intensité des variations de la pression atmosphérique. « L’action de la dépression atmosphérique, dit-il, ne se fait pas sentir directe-ment sur la pression sanguine, mais très indirectement, par l’intermédiaire des modifications respiratoires. Ce n’est que lorsque les échanges sont troublés par suite d’une grande diminution de tension de l’oxygène, que les modifications dans le rythme respiratoire et cardiaque ainsi que dans le tonus vasculaire apparaissent et font varier la pression sanguine ».

Malgré les conclusions de Bartlett, de New-York,

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qui, parti au contraire de cette idée que le mal des montagnes résulte d’un trouble de la circulation pulmonaire, constata, en 1903, sur des lapins soumis à la raréfaction de l’air, que la pression dans l’aorte diminue d’autant plus vite que la pression atmosphérique est plus basse et que, d’autre part, son abaissement est plus brusque ; malgré ces conclusions, disonsnous, Camus n’en maintient pas moins (€ sa théorie du parallélisme des courbes (des pressions sanguine et atmosphérique), tant qu'aucun autre facteur que la diminution barométrique n’intervient ».

4° Pour Agazzotti, la pression sanguine ne suit pas exactement les variations de la pression atmosphérique. Il explique par cette différence, les hémorragies aui se produisent dans les lacunes situées à l’intérieur des os du crâne des oiseaux : leur pression intérieure restant momentanément basse alors que croît à nouveau la pression atmosphérique, la pression sanguine, un instant supérieure, suffit à déterminer des ruptures de vaisseaux. « Ces faits peuvent également donner l'explication de certaines hémorragies signalées dans le mal en ballon » (Soubies).

5° De ses expériences cryoscopiques, Bardel déduit à son tour « que la pression osmotique animale et la pression barométrique sont égales et varient dans le même sens, que, par conséquent, à la même température, l’animal et l’atmosphère doivent avoir la même pression ».

6° Lapicque, en juillet 1904, à l’aide d’un manomètre à Hg spécial, constate qu’un chien chloralosé enlevé en ballon n’a présenté aucune modification de la pres-

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sion sanguine jusqu’à 2.700 mètres, hauteur atteinte en 40 minutes. Plus haut, sont survenues les modifications suivantes : baisse de 10 à 15 millimètres dans le bout central de l’artère sans variation dans le bout périphérique, et, quelques instants après, réascension de la pression centrale avec baisse progressive de la pression périphérique. Enfin, au-dessus de 3.000 mètres, après être restées un moment stationnaires, l’écart produit précédemment étant maintenu, les deux pressions baissent ensemble, la périphérique un peu plus vite. Les résultats sont les suivants

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= —— Heure. Altitude. Température. Centrale. Périphérique. 119h 742 (EE 21° 16 — 17 11,5 — 12 11 h. 50 2700 45° 15 11,5 — 12 midi 3"000 13° 15,5 4145 12 h. 20 3150 14° 16 — 17 11 42 h. % 3300 11 16,5 10,5 42 h. 40 3200 {2 16 10,5 12 h. 50 3250 4120 15 — 155 8,5 13h. » 3400 12: 45 — 15,5 8,5

Is Jui font conclure qu’à 2.700 mètres la diminution de la pression centrale, vraisemblablement produite par une vaso-dilatation abdominale contemporaine d’une vaso-constriction céphalique, est très rapidement suivie d’une vaso-dilatation céphalique assez marquée et persistante, alors qu’en même temps la pression générale revient à son niveau. « La vasodilatation céphalique, dit-il, est un phénomène normal dans les ascensions en ballon. »

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7° Pour Mosso, «il n’existe aucune influence directe du changement de pression atmosphérique sur la valeur relative de la pression sanguine », c’est à « l’action chimique de l’atmosphère qu’il faut attribuer l’action sur l’organisme ». Quand la fatigue est exclue, il trouve que la pression sanguine à 4.500 mètres est la même qu’au sol.

8° Cette fatigue, pour Henri Petit, est «la cause du retard que l’on constate dans l’abaissement de pression pendant les ascensions en montagne, tandis que, dans les descentes, il y a un abaissement de pression qui précède la fatigue ».

9° Notons que Gastou a trouvé une augmentation de la tension artérielle en ballon allant de 14 et 15 à 29 et 26 centimètres aux altitudes de 1.600 et 1.800 mètres.

10° Les docteurs Crouzon et Soubies, enfin, ont constaté, dans une première ascension (août 1907), une augmentation de la pression de 17,5 à 18 centimètres 5 à l’altitude de 3.200 mètres où régnait une température inférieure de 16° à celle du sol au départ, et, dans une seconde ascension (8 septembre 1907), les diminutions respectives de 20 à 18, de 20 à 18, de 22 à 22 sur les radiales de trois collaborateurs à 1.100 mètres d'altitude après trois heures de voyage.

Le D' Soubies conclut de ces résultats contradictoires que dans l’étude de la sensation sanguine, on doit faire intervenir en ballon, « à côté de la pression barométrique, une série d’autres facteurs, et parmi eux les phénomènes périphériques dont l’influence est très sensible, parfois même prépondérante ».

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Ce qui précède nous montre l’inconstance des résultats obtenus par les auteurs expérimentant en ballon ou dans l’air raréfié d’une chambre de laboratoire. Ils diffèrent même pour le même auteur dans des ascensions successives en ballon.

La dépression barométrique et les modifications qui l’accompagnent dans l’état physique de l’air, au point . de vue de sa température et de son état hygrométrique, et dans sa composition chimique aux différentes altitudes, interviennent isolément ou simultanément pour mettre en jeu le mécanisme de la régulation vaso-motrice. [L'établissement d’un nouvel équilibre organique en est la conséquence heureuse.

Il est facile de comprendre toutefois que, suivant la prédominance de l’un quelconque de ces facteurs, les effets ne seront pas les mêmes : ceci explique la discordance des résultats que nous venons de rappeler.

Dans une ascension en ballon, l’aéronaute est exposé aux variations physiques et chimiques de l’atmosphère ; il ne fatigue pas ou du moins très peu et ne sent pas le vent avec lequel il se déplace.

L’ascensionniste en montägne reste soumis aux mêmes influences atmosphériques. Mais, en plus, il a

contre lui la grande fatigue, l’essoufflement produits par l’escalade et parfois par le vent, qui lui rendent plus précoces le mal des altitudes.

Chez l’aviateur, l’essoufflement manque généralement, mais la fatigue se retrouve, physique et surtout nerveuse, son influence légèrement hypertensive sur la circulation ne nous échappe pas. D’autre part,

la ventilation souvent intense, malgré la protection, accroît les effets du froid. Enfin, les changements d’altitude se font plus rapidement.

L’on conçoit que, dans ces conditions, ses réactions cardio-vaseulaires ne soient pas identiques à celles de l’aéronaute ou de l’ascensionniste et que, d’autre part, sa tension sanguine nous offre, dans ses variations, certaines modalités qui peuvent plus ou moins hâter l’apparition chez lui des troubles des altitudes : du mal des aviateurs.

La grande maniabilité du sphygmo-manomètre du D: Pachon, dont les oscillations sont peu troublées par les vibrations de l’avion, nous a permis de suivre ces variations pendant le vol, soit isolément, soit corréla-

‘tivement au pouls. Et ce, grâce à la technique expéri-

mentale suivante : L’oscillomètre rivé sur une planchette rectangulaire percée de trous à ses quatre angles, était fixé sur nos genoux par des courroies entourant nos cuisses, après que nous-même nous étions attaché par la ceinture au siège du passager. La manchette caoutchoutée entourait l’avant-bras gauche. En face de nous se trouvaient un altimètre, un thermomètre et une montre.

Pour faire une mesure nous procédions de la façon suivante : Après avoir gonflé la manchette, notre avant-bras gauche était placé rapidement sur une planchette horizontale fixée à la face latérale interne de la nacelle. De la main droite nous manipulions alternativement les deux vis de décompression et de communication de l’oscillomètre.

Pendant le temps plutôt court de notre mesure, le

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pilote prévenu, ou bien continuait mais plus lentement sa montée, ou bien le plus souvent volait horizontalement, ou bien enfin réduisait ses gaz et se mettait légèrement en descente. Dans ce cas, les vibrations de l’avion étaient moindres et la lecture des oscillations rendue plus facile. Quelle que soit la méthode employée, les résultats nous ont paru semblables.

Lorsque le pilote devait nous servir de sujet, la manchette entourait son avant-bras droit, son bras gauche possédait ainsi toute sa liberté pour manipuler les manettes. Pendant nos mesures, nous lui recommandions de ne pas bouger les doigts, lorsque l’agitation de l’air ne lui permettait pas de laisser reposer son bras sur le bord de la « carlingue ». Ces mensurations n’ont pu être qu’assez rarement réalisées en raison de leur délicatesse et du danger qu’elles présentaient.

De cette façon et grâce à un certain entraînement, nous avons pu recueillir avec une précision suffisammert grande, les valeurs de la tension sanguine tous les 250 ou 500 mètres à la montée, et pendant le vol horizontal. Aucune lecture n’a été effectuée pendant la descente exécutée le plus rapidement possible ; mais dès que l’avion, après avoir atterri, était immobile au sol, moteur arrêté, une mensuration était réalisée avec.

somble-t-1l, toutes garanties de sécurité et de précision. ;

Graphiques : Nous reproduisons ci-contre, sous forme de graphiques et de tableaux (tableau général B), les résultats de nos expériences. Les premiers ont été établis en portant en abcisses les altitudes en

Ascensions sur biplan Maurice Farman 80 HP.

Graphiques des oscillations du pouls et de la tension artérielle (de l'auteur).

Ascension n° V.

Ascension n° I.

29 mai 4914 (M. d. I. V.).

28 avril 4914 (pilote, lieutenant S. A.).

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