‹ Le Syndrome Mal des AviateursChapitre 54 sur 55 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Conclusions (applicables à organisme imparfaitement sain). — De l’inaptitude à l'aviation.

Les faits qui se dégagent de ces différentes considérations sont les suivants :

A) Les troubles subjectifs et objectifs qui caractérisent le mal des aviateurs, dont nous avons donné la description et l’explication dans la première partie de notre travail (voir conclusions, Chapitre VI), se manifestent généralement avec une précocité, une intensité, une fréquence et une durée plus grandes chez les sujets imparfaitement sains.

B) La moindre tare pathologique de l’un quelconque de leurs organes, fut-elle compatible avec une santé d'apparence normale, explique ces phénomènes.

Elle peut être, en effet, la cause :

1° De sensations discordantes, erronées, déficientes ;

2 De réactions physiologiques anormales dont les

néfastes effets peuvent se traduire chez l’aviateur :

a) Par des troubles subjectifs simples, limités à une seule fonction organique ou étendus à plusieurs à la fois.

b) A un degré plus élevé par des troubles de l’équilibration qui mettront en danger sa vie et celle de son passager.

c) Plus tardivement, enfin, par une répercussion fâcheuse sur l’évolution et le pronostic de ces tares.

C) Il y aura lieu de déconseiller l’aviation, sinon rormellement, à l’élève civil qui voudrait, seul à bord, ne pas atteindre les altitudes supérieures à 1.000 mètres sur un appareil de tourisme, bon planeur ; du moins avec plus de rigueur à l’élève militaire qu, pour les combats de l’air, accompagné d’un passager le plus souvent, doit voler très haut sur des appareils rapides qui lui permettent de monter et de descendre très vite, de vire-volter en tous sens.

D) Dans le choix des élèves pilotes militaires, il faudra se conformer très exactement à la note ministérielle du 31 mars 1916 qui détermine, comme suit, les conditions d’admissibilité dans le personnel navigant de l’aviation :

€ L’aptitude physique du candidat ou personnel navigant de l’aviation comporte :

1° Une acuité visuelle normale des deux yeux et pour chaque œil (aucune correction par les verres ne sera admise).

2° Un champ binoculaire normal ; l’aptitude à distinguer nettement le vert du rouge et à reconnaître les couleurs principales.

3° Une acuité auditive normale avec état d’intégrité de l’oreille moyenne et interne, et en particulier . à appareil d’équilibration.

° Un état d’intégrité absolu des organes ‘de la a et de la circulation.

5° Un poids maximum de 85 kilogrammes pour les élèves pilotes et de 75 kilogrammes (tenue de ville) pour les observateurs, mitrailleurs, bombardiers, canonniers, etc. 4

Ces conditions générales sont indépendantes des conditions générales d’aptitudes physiques au service militaire.

Les différents renseignements qui précèdent, devront être mentionnés très explicitement sur le certificat de visite et de contre-visite qui devra indiquer en outre

a) Les antécédents (tares héréditaires, tares nerveuses, personnelles, etc.).

b) Si le candidat est apte ou inapte à l'arme à laquelle il appartient, et, dans ce dernier cas, le détail des maladies, blessures ou infirmités le rendant inapte, avec indication probable du temps de l’inaptitude ».

E) Nous ajouterons que les médecins, chargés de visiter et de contre-visiter les candidats pilotes, devront examiner avec une attention toute spéciale, ceux que des maladies ou des blessures anciennes guéries avec ou sans séquelles, ont fait déclarer inaptes aux armes de ligne et qui, précisément à cause de cette inaptitude, pourraient être admis dans le personnel navigant de l’aviation.

F) Devront être considérées comme une contre indication absolue à. l’aviation

1° Toute altération organique du système nerveux cérébro-spinal, quelle que soit son origine traumatique, mécanique, vasculaire ou infectieuse (spécifique le plus souvent), même si elle est ancienne et si sa guérison semble avoir été accompagnée d’un retour fonctionnel en apparence parfait.

2° Toute altération d’origine centrale des fonctions sensitivo-motrices, réflexes, sensorielles (tactiles, visuelles et auditives surtout). Les altérations, d’orisine périphérique de ces mêmes fonctions, pourront n’être envisagées que comme des contre indications relatives ; l’application de la méthode des Docteurs

’amus et Nepper, dont le but est de déterminer les

temps des réactions psycho-motrices aux diverses impressions, servira à les classer en même temps qu’elle précisera le diagnostic établi par l'examen clinique et l’anamnèse,

3° Toute altération anatomique ou fonctionnelle, si minime soit-elle, de l’une quelconque des différentes fonctions dites kinesthésiques de l’équilibration

a) La parfaite intégrité de l’appareil visuel devra être reconnue autant que possible par un spécialiste.

b) Nous dirons la même chose de l’appareil auditif envisagé aux points de vue acoustique et statique.

c) La sensibilité générale superficielle devra être reconnue suffisante ; la sensibilité profonde, ou sens musculaire, parfaite.

d) La concordante perception centrale, cérébelleuse de ces impressions d'origines diverses devra être

SEPT LRU TEEN

établie. La méthode du Docteur Camus et l’épreuve du vertige voltaïque, successivement appliquée aux deux oreilles, seront utilement employées à cet effet.

4° Toute lésion anatomique cardiaque. Une sélection rigoureuse devra être établie parmi ceux qu’une tare viscérale et diathésique prédispose à des modifications brusques du régime circulatoire.

I] faudra déconseiller l’aviation aux sujets dépassant 395 ans, aux arthritiques, aux artério-scléreux, chez qui les moindres troubles d’insuffisance rénale ou hépatique accroissent notablement l’hypertension.

5° Toute lésion rénale scléreuse, toute néphrite se traduisant par une albuminurie supérieure à 1 gramme et surtout par de l’insuffisance rénale (conclusions Chapitre XTD).

6° Les lésions chroniques pleuro-pulmonaires

a) Primitives tuberculeuses surtout quelle que soit leur forme anatomo-clinique, congestive ou seléreuse ;

b) Ou consécutives aux affections aiguës : l’emphysème par exemple.

Les anciens blessés de la plèvre et surtout du poumon devront être refusés (conclusions Chapitre X).

7° Les lésions chroniques gastro-intestinales très développées accompagnées de ptose ; les autres lésions devront être envisagées parfois comme des contre indications relatives (voir Chapitre IX).

G) L’aviation doit donc le plus possible demeurer l’apanage des individus jeunes, auxquels une constitution et une santé parfaites assurent des réactions rapides, harmonieuses et souples.

H) Puisqu’aussi bien les sujets les plus vigoureux

peuvent ne pas échapper toujours aux effets de l’altitude et des dénivellations en aéroplane ; puisqu’un véritable épuisement nerveux, vasculaire et physique, une asthénie véritable qui fait dire d’eux qu'ils sont « vidés », ont été observés parmi les meilleurs et les plus résistants, nous conseillerons à tous les aviateurs

1° D’éviter les causes susceptibles de diminuer la résistance de leur organisme (veilles prolongées, fatigues inutiles des milieux aviateurs).

2° D’augmenter cette résistance par l’observation ét l’application rigoureuse des préceptes d’une parfaite hygiène diététique, corporelle et physique.

3° D'éviter pendant le vol, toutes les fois que rien ne les obligera à y recourir, les inutiles prouesses, les dénivellations trop rapides qui ne permettent pas l’adaptation suffisamment rapide de l’organisme aux milieux ambiants traversés.

4 De se confier à leur médecin dès l’apparition des moindres malaises qu'ils auront éprouvés, soit pendant, soit après le vol.

1) A ce sujet, nous insisterons sur l’utilité qu'il y aurait : 1° à soumettre tous les aviateurs militaires, mais surtout les pilotes, à un repos régulier de trois semaines environ tous les quatre mois par exemple, qu’ils paraissent où non déprimés ; 2° ou bien à un examen médical approfondi, répété tous les mois ou tous les deux mois selon leur activité, et à imposer une certaine période de repos à ceux qui n’y satisferont pas pleinement.

Selon qu’ils recouvreront ou non leurs moyens pendant ce repos, ce que traduiront les résultats des différents examens que nous avons préconisés, il y aura lieu : ou de leur faire reprendre leur service d’escadrille après une nouvelle et courte période d’entrainement à la durée et à la hauteur, ou de les faire changer d’arme.

Vu :

Nancy. le 25 Juin 1917.

Le Président de la thèse, ÉTIENNE.

Vu :

Nancy, le 25 Juin 1917.

Le Doyen, E. MEYER.

Vu et permis d’imprimer :

Nancy, le 26 Juin 1917.

Le Recteur de l’Académie, CH. ADAM.

Membre de l’Institut.

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