‹ Le Syndrome Mal des AviateursChapitre 53 sur 55 · PATTES · texte numérisé non relu

PATTES

Ces tableaux et les graphiques nous montrent que :

a) Le nombre des pulsations eroît à la montée, puis diminue à la descente, mais moins rapidement.

b) Leur nombre à l’atterrissage est plus élevé qu’au départ.

c) Cette différence est d’autant plus grande que la descente à été plus rapide.

Telles sont succinctement exposées, les modifications des tensions artérielles’ et du pouls de notre pilote albuminurique pendant le vol.

Que devons-nous en déduire et pouvons-nous attribuer au trouble rénal dont il est atteint, des réactions cardio-vasculaires spéciales, dangereuses pour sa dynamique circulatoire et pour son équilibration dans l’espace ? ;

S1 l’on veut bien se reporter à notre Chapitre V et comparer ces derniers résultats à ceux que nous y avons précédemment exposés, on s’aperçoit qu’une grande similitude existe entre eux, entre les différents tracés du pouls et des pressions. Et l’hypotension constatée sur nous-même et différents pilotes, vérifiée sur le lapin d’autre part, se retrouve encore chez notre albuminurique.

Quelques nuances cependant dans les courbes méritent de retenir l’attention, et doivent mettre en garde contre une interprétation abusive de nos conclusions. Et si notre pilote, atteint d’une albuminurie légère, semble réagir comme un individu sain, nous ne devons pas conclure qu’une albuminurie plus forte, coexistant où non avec un fonctionnement rénal plus altéré ne

soit pas une contre indication à l’aviation. Nous remarquons en effet : J

1° Que les pressions maxima et minima au départ sont plus élevées que chez l’individu sain.

2° Que les variations totales des pressions maxima et minima, äprès chaque ascension, sont moins accusées, malgré les altitudes plus fortes atteintes.

La rapidité moins grande, que dans nos précédentes auto-observations, des descentes effectuées, l’urie fortement piquée dans son début, puis ralentie (ascension n° 2), l’autre piquée et spiralée (asceñision n° 1), ne semble pas devoir expliquer ces légères différences.

Elles résultent plutôt des troubles légers, compatibles avec une santé normale en apparence que nous avons constatés dans l’élimination urinaire de notre pilote et dont les chiffres suivants, notés pendant une période de mauvais teinps rendant toute aviation impossible, nous permettent d’apprécier l’exacte valeur.

Etude de l'élimination urinaire du Lieutenant S.. :

Première expérience. — Etude du rythme normal

d'élimination diurne et nocturne. (Du 25 au 26 janvier 1917). | À

De 10 h. 30 exclus à 22 h. 40 inclus, quantité d'urine recueillie 560 gr. De 22 h. 30 exclus à 10 h. 30 exclus, » 700 gr.

FOIRE TRE sk 1260 gr.

Urines claires, quelques flocons, acidité légère. À l’albuminimètre d’Esbach, 0 gr. 70 d’albumine. Même quantité le jour que la nuit. À Ce rythme est assez semblable à celui d’un individu normal.

ele

Deuxième expérience. — Du 27 au 28 janvier.

Epreuve de Vaquez.

600 grammes d’eau d’Evian ont été absorbés entre 7 heures et 7 h. 30, le 27 janvier. Les urines ont été recueillies dans les conditions suivantes

De 7 h. exclus à 9.h. inclus — quantité recueillie .... . — 260 gr. De 9 h. exclus à 19 h. inclus — Ne PT Re 510 gr. De 19 h.-exelus à 7 h. inclus — DR Re 700 gr.

COLA RUE 1470 g1

Urines claires, sans dépôt, peu acides. A l’albuminimètre d’Esbach, le dosage des trois urines donne 0 gr. 60 d’albumine.

Donc élimination quasi normale.

Troisième expérience. — Epreuve de l'élimination du bleu de méthylène.

Nous savons que chez un sujet normal, le bleu précédé de son chromogène incolore décelable seulement par la chaleur et l’acide acétique, apparaît dans les urines un quart d’heure à une demi-heure après l’injection sous-cutanée de 1 centimètre cube d’une solution au vingtième (1/20°). L’élimination est continue, régulière, complètement terminée en général au bout de 48 heures.

Nous savons, d’autre part, que dans la néphrite interstitielle, l’élimination est retardée, puisque le bleu n’apparaît qu’au bout de une, deux ou trois heures, et prolongée, puisqu'elle dure trois ou quatre jours et qu’on en retrouve parfois des traces au bout de huit jours. « Cette anomalie, dit Reichel, est due

pour une faible part à une résorption défectueuse du bleu par les tissus, mais surtout à un certain degré d’imperméabilité rénale à cause de la sclérose des glomérules et des vaisseaux ».

L’élimination de 0 gr. 20 de bleu de méthylène, absorbés en cachet par notre pilote, s’est faite dans les conditions suivantes :

28 janvier :

10 heures, absorption de 0 gr. 20 de bleu.

10 h. 15’, urine ordinaire.

10 h. 30’, urine verte.

12 heures, urine verte.

14 heures, urine verte.

29 janvier :

L’urine recueillie toutes les 2 heures, de 8 heures à 2 heures est uniformément verte.

30 janvier :

De 8 heures à 19 heures, urine faiblement, mais uniformément verte. À 22 heures, urine presque normale.

À 24 heures, urine presque normale.

31 janvier :

À 8 heures, urine verte.

A 10 heures, urine ordinaire.

À 12 heures, urine ordinaire.

A 24 heures, urine ordinaire.

Jours Suivants, urine normale.

Donc apparition du bleu dans l’urine une demiheure après 1 ‘absorption ; durée de l'élimination du 28 à 10 h. 30 au 31 à 10 heures, soit 72 heures.

Ces chiffres nous montrent que cette élimination n’est pas retardée, qu’elle est régulière et surtout anormalement prolongée.

Autrement dit, la perméabilité rénale existe, mais paraît entravée, diminuée. Cette diminution trouve

Ju Qi:

pre

une explication dans les altérations scléreuses des . glomérules et des vaisseaux rénaux qui existe certainement chez ce pilote, dans la tendance à la sclérose vasculaire généralisée et dans l’élévation légère de la tension sanguine habituellement concomitante, que nous avons constatées chez lui.

II est très logique, à notre avis, de mettre sur le compte de cette histo-physiologie pathologique particulière aux albuminuriques, les nuances que nous avons signalées précédemment dans nos tracés.

L’hypertension légère, mais constante, qui existe chez eux, retrouvée du reste sur notre pilote, et la sclérose plus ou moins avancée des tuniques artérielles, moins élastiques et moins rétractiles, compliquent et contrarient leurs effets. Il en résulte une adaptation moins rapide et plus pénible de l’équilibre circulatoire aux conditions ambiantes constamment changeantes, et pour le cœur, la nécessité d’un effort plus soutenu.

D'autre part, la brusquerie plus grande apportée à l’établissement et au maintien de l'équilibre de tension intra-labyrinthique peut donner lieu à des troubles subjectifs plus accusés et favoriser l’apparition du vertige.

Il en est de même des réactions liées aux intoxications d’origine interne et produites par la fatigue par exemple, ou d'origines externes (témoins les troubles toxiques éprouvés vers 2.800 mètres par notre pilote, après avoir absorbé trois petits verres de tarragone au cours de la montée).

Si, d’autre part, nous voulons bien constater que le nombre des pulsations diminue moins vite à la descente que dans nos observations personnelles (Chapitre V, 1%), et que, par suite, l'écart entre leur nombre au départ et à l’atterrissage est plus grand, nous avons un argument nouveau en faveur d’une fatigue cardiaque plus précoce que chez l'individu sain, et d’autant plus précoce que le fonctionnement rénal sera plus modifié. Elle pourra se traduire par différents troubles circulatoires, tels qu’éblouissements, vertiges, somnolence... dont le danger réel immédiat apparaît nettement pour le pilote lui-même ef le passager qui l’accompagne. Une évolution scléreuse cardio-vasculaire générale, facilitée, en sera d’autre part, l’aboutissant éloigné.

Conclusions générales : De ces délicates expériences, dont l’étude serait avantageusement étendue et poursuivie, pouvons-nous sans témérité, déduire quelques remarques physiologiques sur l’aéro-dynamique artérielle de l’aviateur albuminurique ?

Nous oserons conclure :

1° Qu’un aviateur atteint d’une albuminurie légère (égale ou inférieure à 1 gramme par exemple) et dont le fonctionnement rénal est normal ou très voisin de la normale, se comporte à peu près comme un sujet sain, une ascension lui laissant de l’hypotension après l'atterrissage. I risque seulement, par des ascensions fréquentes et des descentes trop rapides, de surmener son système circulatoire. Et ceci, qui paraît tout à fait compatible avec un service régulier et pas plus

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dangereux, n2 peut être d’un fâcheux effet que sur l’aviateur lui-même, qui, à échéance plus rapprochée, assistera à l’éclosion plus rapide de la rupture de son équilibre organique et physiologique, rupture qu’il pourra néanmoins retarder par une diététique continue appropriée. :

2° Qu'’une albuminurie, coexistant avec un mauvais fonctionnement rénal, peut rendre plus nets et plus précoces les troubles précités, surtout s’il existe une sclérose vasculaire bien caractérisée, et doit être une contre indication à l’aviation.

En résumé :

1° Dans le choix des élèves pilotes, en plus de l’examen approfondi des systèmes pulmonaire et cardiaque, digestif, nerveux, sensitivo-moteur et sensoriel, il sera nécessaire d’examiner les urines et d’étudier leur élimination, chez tout candidat dont l’anamnèse laissera des doutes sur l'intégrité physiologique. des reins.

20 Dans le cas d’albuminurie reconnue, il y aura lieu de procéder à la détermination du fonctionnement rénal. La simplicité, la rapidité et la suffisante précision des procédés que nous avons employés chez notre pilote, les feront préférer aux nombreux autres connus.

a) S'il est normal, malgré. la présence de l’albumine dans l’urine, le candidat, surtout s’il est jeune et si ses artères ne sont pas ou que très peu scléreuses, pourra être admis. Ce n’est qu’en cas d’apparition et de persistance de troubles révélant un mauvais fonc-

tionnement de ses reins, notamment si lalbuminurie augmente, ou de son appareil vasculaire, que son exclusion du personnel navigant pourra être prononcée. |

b) Toutefois, la rupture d’équilibre organique et physiologique ayant généralement d’autant plus de chances d’apparaître que l’albuminurie est plus intense, il sera bon de fixer un taux d’acceptation limite qu’il sera prudent de ne pas dépasser. Et puisque notre pilote a fait ses preuves, peut-être pourrlons-nous fixer ce taux à 1 gramme ? Il va sans dire, que les candidats admis dans ces conditions, devront observer une hygiène et une diététique sévères et se confier au médecin dès l’apparition des moindres malaises. ;

c) Si le fonctionnement rénal est reconnu insuffsant après plusieurs déterminations successives et quelle que soit l'importance de l’albuminurie, de la sclérose vasculaire et de l’hypertension, le sujet devra être nettement refusé.

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