‹ Le Système Bancaire De La Russie SoviétiqueChapitre 39 sur 57 · Organe du Conseil du travail et de la Défense · texte numérisé non relu

Organe du Conseil du travail et de la Défense

Lemaire

déjà trop élevés, à l’épargne : épargne d'Etat et épargne privée.

L'évaluation de celles-ci est fort difficile. D’après des documents communiqués à titre officieux par l’Office de statistique à la Gazelle de Francfort au début de 1928, au moment de la reprise des négociations avec l'Allemagne au sujet de nouvelles avances à consentir à la Russie, l'épargne accumulée de 1924-25 à 1927-28

atteindrait les sommes suivantes! :

Millions de roubles

1924-25 1925-26 1927-28 Net | Brut Net Brut Net Agriculture FA 591 | 1.427 | 560 1.678 | 746 Industrie ..... 1.371 | 940 Hlectricité nt 234 209 TrAnSPORISE 743 401 PARLEMENT 42 29 Commerce ms" 7717 212 162 Administrations 237 212 Entreprises muni- CIPAÏES METRE 210 99 Maisons dans les villes eme 210 128 567 230 2.808 1 .024 At Rx 5.294 3.028

2, J, Lescure, ouvrage déjà cité.

Il y a tout lieu de penser que ces chiffres reflètent un optimisme de commande, Quoi qu’il en soit, comme nous l’avons vu, toute impressionnante qu’elle paraisse, l'épargne constituée par le « secteur socialisé » et utilisée au développement des entreprises de ce secteur ne dispense pas le budget de fournir, aux dépens de son équilibre, des subsides de plus en plus importants pour aider à ce développement. L’exécution du formidable programme industriel établi pour la période 1928-52 ne manquera pas d'augmenter l'écart entre le montant de l’Epargne d'état et celui des besoins auxquels elle doit subvenir.

L’épargne privée contient-elle plus de promesses? Pour connaître sa nature, son volume, ses perspectives d'avenir, un aperçu sur les Caisses d'Epargne nous sera d’un grand secours — ces institutions peuvent, en effet, être considérées comme des baromètres de la capacité et de la volonté d'épargne de la population d’un pays.

Leur rétablissement, après la révolution, fut autorisé par un décret de l’année 1922; leur réorganisation fit l’objet d’un arrêté du Comité Central Exécutif et du Çonseil des Commissaires du Peuple en date du r5 novembre 1925.

‘ Elles fonctionnent sous le contrôle des Commissariats du Peuple aux Finances des Républiques fédérées.

Ainsi que nous le savons, leurs principales opérations consistent : 1° à recevoir des sommes d'argent en compte

courant et en dépôt; 20 à accorder des prêts garantis par des obligations des emprunts d'Etat et même par d’autres titres, sur l’autorisation du Commissariat du Peuple aux Finances.

De plus, depuis le 28 septembre 1927, le Gouvernement ne pouvant ouvrir des établissements de crédit dans les localités rurales par suite de l'étendue des pays, a élargi les attributions des Caisses d'Epargne. Celles-ci sont tenues, depuis cette date, de recevoir de leurs déposants, le montant de l’impôt agricole unique; elles sont autorisées, en outre, à recevoir d’eux le paie- - ment de différents autres impôts; elles peuvent enfin accepter des non-déposants les taxes pour services municipaux.

Il est même question, depuis le début de 1928, d’utiliser ces établissements pour effectuer des règlements de compte entre la population et les coopératives de consommation et pour DR à des opérations de virements.

Cette évolution semble bien traduire le désir du Pouvoir Central de rendre de plus en plus étroit le contact entre les particuliers et les Caisses d'Epargne pour faciliter « l'épanouissement » de ces dernières.

Dans quelle mesure « cet épanouissement » se poursuit-il? Consultons les statistiques officielles :

jee jer Jer Jer ler 1er ler er

1er 1er 1er jer per jer

1er ] er Jer ler 1er 1er

La progression du nombre des caisses et des déposants et surtout de celui du chiffre des dépôts marque en, apparence, une amélioration constante dans la situation de l’épargne en Russie. Mais ne perdons pas de vue qu’en 1914, le montant des dépôts s'élevait à près de 2? milliards de roubles-or. Les 420 millions d’aujourd’'hui représentent (en prenant 37 % comme pouvoir d'achat intérieur), 155 millions de cette époque. Même en tenant compte de l’amputation subie par le territoire de l'empire des tzars, la médiocrité des résultats

Dépôts (en millicrs de roubles)

QCLONTO LORD SR nr 33 .493 ANR OS CRM RAR ACER Re 61.123 DOUOOT BAIN 26 MN ee er 90 .468 ADO TRE EN Te NS ve Tres 137.606 OCLODEE EL OR TA TOR EN TR 181 .532 CA A à 1 ENTER (PS RTS ET PNR EEE 278 .499 CORODIER OBS EIRE A MEET MS 314.833 AVR OO Se es nee na 419.984 Nombre de caisses en fonctions DELODPO REP RDT ET te restes 11.982.

ERA S LES EVA da FRE ER PRET RER EX 13.064 TARN RSR OEM SR AO 14 .428 AA RS A TT EL Ps OMC 14,773 DLÉONLO DIS Len NE à Mauro fe 15.620 TANT AOL O ART ET EEE rate 16.376

OCPODTO RIRE ENT mire rose 1491541 he di EUR A Ne RAT Dec 1.734.3 ÉTAT 01 de M EP M ee Sr TiEN7 AV OR TETE TT ETR Th ee SV OCTODT OM OI28 remuer oi nes 3 -820.9 TADVAPPE R este s Tvr 4.076 .9

obtenus jusqu’à ce jour est évidente,

Nombre des déposants (comptes) en milliers

Pour certains critiques, cet état de choses serait dû à l'insuffisance de l’attrait offert par le taux d'intérêt servi : 8 % pour les particuliers, 6 % pour les « organismes juridiques ». Cette raison qui, vraisemblablement, joue un rôle, ne peut d’ailleurs être supprimée car les Caisses d'Epargne souscrivent, au moyen de leurs dépôts, aux emprunts publics et le Gouvernement tient à émettre ces emprunts au minimum de frais.

Mais d’autres causes interviennent encore plus durement :

L'instabilité politique et même monétaire qui incite à la thésaurisation.

L’appauvrissement collectif de la population par suite des événements révolutionnaires et des guerres civiles intermittentes.

La vie chère qui réduit à presque rien le revenu disponible.

Les mesures « fiscales » et autres, prises contre la classe « campagnarde ».

Voyons plutôt la composition des titulaires de livrets :

Au 1% Octobre 1927

TION SOCIALE S DEPOSANTS

Déposanis indiels.

vriers

ysans

iployés

ANS IT LS RENE 5fessions libé- ET TERRA RES

mmerçants

tres personnes rant leurs reved’autres sources le travail

posants non rétis

VAIO MONDE

du groupe A.

- Etablissement, anisations et en- TiSes, E

ablissements FE PER OP ganisations Cooatives

ss...

iles RTS

tres tea À

| du groupe B. général

Au 1e Octobre 1925

Nombre de

comptes

Montant des dépôts Nombre Montant des dépôts Nombre (en milliers de (en milliers de

° de roubles} comptes de roubles) comntes 3 .081 .4 311.668 | 11.127.6 406 .958 © 602.9 82.848 3.200 .9 218.961 10.516.9 583.884 | 33.111 .4 973.162 602.9 28x071 1.899.8 37.599 113878 27.616 329079 33:176 267.9 10.520 995 .2 15.482 435 .4 15.781 1.266 .6 15.482 4.655.6 182.792%|10!584:7 364 .936 21 .301 .8 1.238.780 | 65.499 ,.1 | 2.065.756 6.564 .7 21.041 | 11.579.9 44.235 837.3 6.575 | 1.809.4 11.059 3.315.9 32.876 | 8.142.2 55.293 201. 1.315 271 .4 4 ,423 12727 14.466 | 3.166.4 30.964 12.191 .6 76.273 | 24.969.3 145.974 33.493 .4 1.315.053 | 90.468.4 | 2.211.730

Au 1e Octobre 1926

Montant des dépôts ju milliers e roubles)

QT ro) Oo Qt ee

Ce qui frappe le plus dans cette répartition c’est, : 10 l’importance relative, sinon absolue, du groupe des employés dont les membres ne sont vraisemblablement pas toujours des déposants volontaires; 20 le montant infime des versements effectués par les paysans.

La population agricole représentait au 1er janvier 1914, 30 © des titulaires de livrets. Ses dépôts s’élevaient à 700 millions de roubles, soit 28 % de l’ensembles Aujourd’hui, elle occupe une place négligeablef.

Et cependant, malgré ses charges, elle économise encore, mais ses économies sont investies dans ses exploitations et servent à augmenter son avoir en bestiaux, en matériel, etc... Pressurée par le particommuniste, méfiante et hostile à son égard, elle-s’abstient. Lourde perte pour les promoteurs du programme industriel.

Après l’examen des Caisses d'Epargne et de leur clientèle, celui du mécanisme des « Emprunts » sera des plus utiles pour nous fixer sur les « facilités » rencontrées et à rencontrer par les dirigeants soviétiques dans la recherche des fonds destinés à couvrir leurs dépenses.

La dette d'Etat de l’U. R. S. $. a suivi la progres-

sion suivante depuis le 1er octobre 1925 :

léfrOGtopre 1925". ER Eee 366.5 millions de roubles ETEOCEObre TONGS ES RER 662.7 — — L'EROCLOBRONO ET RENE SENREERT 933 «7 — — LP OCELODÉ CRE LI DE TA ENNERRENEe Re el — = PAT ENT NA ER RE Eee 2.042,5 ÆS —

1. M. J. Lyon émet un avis semblable dans La crise en Russie soviélique (ouvrage déjà cité). ,

ET à L : Cu

Alors qu’en janvier 1914 la dette de l'Empire russe était composée d’une dette intérieure de 4.739 millions de roubles-or (et d’une dette extérieure de 4.075 millions), celle d'aujourd'hui représente 750 millions de roubles-or environ. Elle est donc comparativement peu importante.

En dépit de son chiffre restreint, elle n’a été souscrite que péniblement, comme maintes observations le prouvent. Les entreprises gouvernementales absorbèrent la majorité des titres et cela, en de nombreux cas, au moyen d’avances consenties dans ce but par la Banque d’Etat (par ce procédé, les déficits budgétaires n'ont pas été en réalité couverts par des emprunts, mais ont été comblés par des émissions de billets). En outre, toute organisation ou personne juridique soumise à la publication de son bilan, socialisée ou non, dut consacrer à partir de 1927 ses fonds de réserve à la souscription des emprunts publics. Enfin, les Caisses d'Epargne furent « invitées » à coopérer avec leurs dépôts au succès de ces emprunts (pratique qui ne pouvait évidemment que jeter un discrédit sur ces établissements).

Quant aux particuliers qui souscrivirent, ils ne s’exécutèrent pas toujours spontanément; souvent les ouvriers et employés de l’Etat reçurent leurs salaires en obligations de la dette; il en fut de même pour le paiement du blé aux paysans, effectué de cette manière, sous menace de réquisition. Bien mieux, en octobre

EL

1927, les autorités soviétiques allaient jusqu’à entrainer des pourparlers avec les concessionnaires étrangers pour gagner leur participation. Aussi pouvons-nous être sceptiques lorsqu'il est annoncé que plus de la moitié d’un emprunt est placé chez les particuliers (Izvestia du 8 décembre 1927), il s’agit en l’occurence d'emprunts forcés.

D'ailleurs, comment pourrait-il en être autrement quand les taux offerts varient entre 12 et 18 % tandis que l’escompte sur le marché libre atteint 72 %. Cette différence d'intérêt ne peut, quoiqu’en dise M. Liubimov!, être compensée ni par l’exemption d'impôt, ni par l’attrait des lots, ni par la « sécurité » de ces placements.

Le gouvernement de l’U. R. $. $. qui ne parvient pas, malgré tous les efforts déployés, à attirer vers les Caisses d'Epargne, la masse des particuliers, rencontre des difficultés semblables pour obtenir leur souscription aux emprunts publics Mêmes effets, mêmes causes.

Nous pouvons en inférer que le moment n’est pas proche où l’épargne privée participera,sans contrainte, au financement de l’économie nationalisée.

Le problème paraît, dans les conditions actuelles, insoluble, D’une part : Un Programme d’industrialisation qui nécessite la mobilisation de nombreux milliards de roubles. D’autre part : 1° une épargne

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