Le système capillaire sanguin
L’organisme des animaux , sauf dans les degrés inférieurs de la hiérarchie zoologique , est parcouru de canaux ramifiés dans lesquels circulent les principaux liquides de l’économie. L’ensemble de ces canaux peut être considéré comme une véritable cavité intérieure close de toutes parts. Dans les cas les plus simples un seul système de canaux suffit aux conditions d’existence ; mais du moment où les fonctions se spécialisent , on voit tel liquide affecter tel ordre de vaisseaux et les vaisseaux eux-mêmes présenter des modifications spéciales en rapport avec le liquide qu’ils mettent en circulation. C’est ainsi que dans les cas les plus complexes , le liquide principal , concourant au mouvement de composition et de décomposition, le sang , un autre liquide très-général, la lijmphe , et enfin le liquide provenant de l’absorption intestinale, le chyle , suivent des voies particulières. Dans les vaisseaux du sang comme dans ceux de la lymphe , il faut distinguer des organes spéciaux d’impulsion , les cœurs ; des canaux de distribution, artères , veines, lymphatiques , chylifères enfin des canaux de pénétration répandus dans l’intimité des tissus , sous forme de réseaux déliés , les capillaires.
En considérant donc ici, d’une manière particulière, l’appareil de la circulation du sang , nous dirons que les capillaires sanguins sont les dernières ramifications que le sang parcourt dans les différentes parties d’un organisme, ramifications qui se continuent, d’une part, avec les artères; d’autre part , avec les veines.
La continuité des capillaires avec les artères et les veines étant ainsi re-
connue, il nous serait difficile, pour le moment, d’établir où commence et finit un tel système de vaisseaux. J’espère néanmoins que les détails que je donnerai plus loin sur leur structure permettront d’atteindre à cet égard un assez haut degré de précision. Il importe cependant, dès le début de ce travail, de considérer le système capillaire sanguin comme un sujet d’étude parfaitement distinct, proposition que je m’efforcerai d’établir dans le cours de cette thèse, aussi bien au point de vue anatomique qu’au point de vue physiologique. Dès le milieu du dix-septième siècle, des observations positives permirent de reconnaître que le sang artériel ne s’épanche pas, suivant la notion vague des anciens, dans le parenchyme des organes , mais suit, entre les artères et les veines, des voies fixes dans leur direction et leur forme. Toutefois ce n’est qu’à partir de Bichat que la considération spéciale du système capillaire fut inaugurée, malgré de très-grandes imperfections anatomiques. Depuis, tous les bons esprits se sont rangés à cette manière de voir, et je regrette d’en excepter ici Muller, qui, tout en reconnaissant certains caractères spéciaux des capillaires, n’admet pas la distinction de Bichat. Pour lever l’objection qu’on pourrait appuyer du nom de ce physiologiste, je ferai remarquer que le sujet même de ma thèse , tel qu’il a été posé , implique un sentiment analogue à celui de Bichat, sentiment que les travaux positifs d’anatomie et de physiologie me paraissent appuyer aujourd’hui d’une manière irrévocable.