QUATRIÈME LEÇON
LES DIVERSES CLASSES DES ÉCRITS D'ARISTOTE. LES ÉCRITS PUBLIÉS ET LES AUTRES
Tous les écrits d'Aristote que nous possédons, du moins ceux qui sont authentiques, présentent les plus étroites analogies internes pour la composition et pour le style ; à quoi il faut ajouter qu'ils sont reliés entre eux, comme nous l'avons déjà vu, par des références multiples. Ces écrits forment donc une classe unique. Mais ils étaient loin de constituer l'œuvre entier d'Aristote. Des écrits d'un caractère différent, sans parler des poèmes ni des lettres, formaient, à côté des précédents, une ou peut-être plusieurs classes distinctes.
Une première distinction à établir, et qui ne soulève pas de difficultés, est celle des cr'jyypà^|xaTa TJVTayjAaTixà et des cruvyûà^[jiaTa •j7co[J.vïi;jLaTt.xà. Les premiers sont les écrits méthodiques, réguliers, pourvus, comme dit Elias ou le pseudo-David, d'une entrée en matière et d'une conclusion avec une rédaction suffisante ; à quoi nous ajouterons : sauf inachèvement. Les seconds étaient des recueils de notes, que Fauteur destinait à son propre usage et qu'il aurait fallu soumettre à un nouvel examen pour en faire des ouvrages réguliers. D'après un renseignement qui remonte à Alexandre, les jTrofjivYijjLaTixà n'étaient même pas consacrés un par un à des sujets spéciaux, mais il arrivait quels même écrit traitait de plusieurs sujets à la fois. On ne peut mieux dire que c'étaient de purs recueils de notes. Après cela, il ne faut pas s'étonner que, selon Simplicius, les uTîojjL^/YljjiaTtxà fussent tenus en médiocre estime et que per-
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sonne ne s'avisât d'aller y chercher des textes capables de faire foi pour l'établissement de la pensée d'Aristote (1). Aucun des écrits qui nous restent ne paraît appartenir à la classe des j-o^vYjîjaT'.xà : à peine pourrait-on y ranger la première partie du livre A de la Métaphysique, Nos Problhnes eux-mêmes ne peuvent être considérés comme équivalent à un exemple d'écrits hy])omnématiques\ car, puisque Aristo te renvoyait souvent à ses /^/oô/^^me^ authentiques comme à un livre connu du lecteur, ils avaient donc été publiés, au moins à quelque degré, et n'étaient pas des notes pour son usage propre, tzoôç uTrotjLvr.cr'// olxs'lav. Le De Meiisso etc. est inauthentique (p. 21, n. 3) ; et d ailleurs, quoi que Zeller paraisse en penser, il ne présente peut-être pas très sûrement les caractères requis. C'est donc exclusivement parmi les ouvrages perdus qu'il faut chercher les uTTopr^fAaTuà. Il est vraisemblable que les extraits des Lois de Platon, les extraits du Timée, les extraits d'Archytas, les Problèmes tirés de Démocrile (cf. ibid.) appartenaient à cette classe. Zeller a sans doute eu raison de douter, même avant l'apparition de la Wok^iv.y. 'AOrjva'. )v, qu'il y fallût mettre les tSk^izVj.^. Et, quant au -. tàya^oj, le fait qu'il est employé par Alexandre comme une source sérieuse, nous paraît rendre plus que douteuse sa parenté avec les UTwOjjL^/rjuaT'.xà.
Une seconde distinction à faire parmi les écrits d'Aristote . est celle des écrits publiés et des écrits non publiés. Cette distinction résulte d'abord des témoignages extérieurs, puis des textes d'Aristote. Elle résulte implicitement des témoignages extérieurs, parce que ceux-ci nous parlent, en considérant en lui l'écrivain, d'un Aristote dont il est impossible que les ouvrages de notre collection aient donné l'idée, dont l'idée par conséquent doit dériver de la lecture d'ouvrages appartenant à une autre classe. Mettons que Quintilien ait lu la Rhétorique et les Topiques ; Cicé-
(1) Ammonius in Cat. 4, ^, Busse (sur ce commentaire, voir infra, p. 51, n. i) ; Simplicius Cat. 4, 14, Kalbfl. (Sc/ioi. 24 a, 4i) ; Elias {otim David) Cat. 114, 1 sq., Busse {Sc/iol. 24 a, 37). Cf. Zeller, p. 110, n. 2.
ron qui se vante d'avoir lu ces ouvrages ne les connaît peut-être que de seconde main (1). Du moins, selonla remarque de Ch. Thurot (2), les ouvrages de Cicéron, où celui-ci annonce qu'il va suivre Aristote et, par exemple, ses Topiques, ne présentent, quand on les examine de près, aucun rapport avec les textes d'Aristote qu'il prétend suivre. Dans tous les cas, ni les Topiques, ni la Rhétorique même, ne peuvent avoir donné à Cicéron et à Quintilien l'idée qu'ils se font du style d'Aristote. Nous avons déjà cité (p. 20) ces jugements à propos des dialogues. Suavitas est une expression qui revient plusieurs fois chez Cicéron et se retrouve dans Quintilien : pour eux Aristote est un écrivain abondant et orné. Denys d'Halicarnasse de son côté parle de l'agrément d'x\ristote (3). Ce ne sont pas nos écrits scientifiques qui peuvent avoir inspiré une pareille appréciation à Denys ; car ils n'ont que les qualités sévères du style technique, quand même ils ne sont pas gâtés par ce que Bonitz appelle Aristotelis insignis in scribendo negligentia. Nous venons de voir en outre, que les deux Romains avaient à peine touché aux plus accessibles des écrits scientifiques. C'est donc qu'il y avait en circulation d'autres ouvrages d'Aristote, des écrits publiés, au sens le plus fort du mot, publiés jusqu'à atteindre, autant qu'il était alors possible, le grand pubhc. Cicéron avait employé le IIspl odoTocp'la^, YEudème, le n o orp stut ixo; ; il avait employé kussi des ouvrages sur la politique qui n'étaient pas la Politique, peut-être le 7ro)vi':'.xds et le t.. paTW.s'la; (4). Les textes d'Aristote que nous pouvons invoquer pour établir plus précisément et plus directement cette division de ses écrits en publiés et, au moins dans un certain sens, non publiés, sont au nombre de deux. L un se trouve à la fin du ch. 15 de la Poétique : s'^pr.Ta', oà Trspl auTwv ev toî^ sxôeSojxévow Xoyoïç Ixavwç. Ce texte est très formel. Des
(1) Voir Zeller, ibid, et n. 3.
(2) Études sur Aristote (1860), Appendice 13 : Cicéron et la Rhétorique d,' Aristote, p. 260-276.
(3) Les textes sont cités par Zeller, p. 111, n. 1.
(4) Pour les passages où Cicéron se reporte à ces écrits d'Aristote, Toir Zeller, p. 111, n. 2. «
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tentatives qu'on a faites pour en détourner ou en atténuer le sens, aucune ne paraît soutenable. Ni la formule siprjTa^, ni les mots £xo£5o|jl£voi.s Xoyoïs ne conviendraient pour renvoyer à un ouvrage de l'École platonicienne. D'autre part, le renvoi ne peut s'adresser aux chapitres antérieurs de la Poëtiquf^, ni à la Rhétorique : deux opinions auxquelles Rose a renoncé après les avoir successivement soutenues. Enfin Aristote ne peut vouloir dire que la question a été traitée dans ses écrits antérieurs ; car, pour signifier cette antériorité, la qualification de èxosôojjLÉvoi n'eût été ni la plus naturelle ni la plus propre, si l'on songe surtout qu'il n'y a plus opposition, quant au fait d'être et de n'être pas publié, entre les ouvrages qu'un auteur a publiés autrefois et un ouvrage qu'il vient de publier. Il faut donc prendre l'expression £xôeoo[jL£voi Àoyot. dans toute sa force. — Le second texte d'Aristote qui témoigne dans le même sens se trouve au début du ch. 4 du P*" livre du De anhna : il y est question d'une opinion sur l'âme, dont les raisons ont été ex2)osées dans des discours répandus dans le public (£v xo!.v(p y',vo;j.évo^ Aoyoî.;) (1). Bien que ce texte ait moins de précision que le précédent et qu'on n'en puisse peutêtre pas ôter toute espèce d'ambiguité, on arrive toutefois, en le discutant, à reconnaître qu'il renvoie à des ouvrages publiés. L'opinion de Simplicius, que le renvoi indiqué ici par Aristote se rapporte au Phédon, n'a aucune vraisemblance; car une pareille formule serait tout à fait impropre dans une telle fonction et Aristote n'en emploie jamais d'analogues pour renvoyer aux écrits de Platon. Peut-il s'agir de conversations courantes dans le public éclairé? Non sans doute, caria question en jeu est déjà trop délicate, et Aristote se réfère trop évidemment à une réfutation qu'il regarde comme précise et concluante. S'agirait-il de conversations platoniciennes? Non, puisqu'Aristote pouvait se référer à quelque chose de plus saisissable, c'est-à-dire au Phédon, Le renvoi vise-t-il donc des discussions orales dans l'Ecole péripatéticienne elle-même, ou bien encore un écrit
(i) xat 'tÙfi Bi Ttç (Tofa Trxpaâi^ozàt moi ipu^^ç, TriÔavig jutkv noXkoli.,, "/•àfovq ^*ro<rixep cù6ûva; ^c^uxvia xai Toëç év xotvw •^tvopié'joti ).6'/oiç.
d'Aristote qui ait la forme d'une conversation, c'est-à-dire un dialogue ? Cette opinion, déjà indiquée, en partie du moins, par Philopon, est celle d'Ueberweg. Mais en fait, nous allons le voir, Aristote ne renvoie pas à des discussions orales. Reste donc qu'il ait renvoyé à un dialogue. A l'appui de cette manière de voir on pourrait faire valoir que l'expression ev xoww y'.yvo;j.£vois Xôyo'.; peut recevoir, comme le veut Ch. Thurot, le sens de svralç $iaÀ£xTua':ç 7jvôÔo^ (ro/A Vm, 5, 155 a, 32), et que l'expression sùO'jva; o£5wxjia s'appliquerait très convenablement à un examen contradictoire dans lequel la doctrine attaquée aurait été d'autre part défendue. Mais c'est une question de savoir si les mots en question, qui peuvent recevoir celte interprétation, n'en admettent pas d'autre. En fait il n'est pas douteux, puisque les commentateurs nous produisent les textes, qu' Aristote renvoie à VEudème. Seulement, si cet écrit est un dialogue, c'est aussi un ouvrage publié et il reste douteux qu'Aristote ait voulu le désigner en tant que dialogue, plutôt que comme ouvrage publié. C'est même cette dernière désignation qui semble le plus probable ; car le participe présent yiyvo;jL£voi^ ne pourrait s'appUquer à une conversation qui, fixée une fois pour toutes au moyen de l'écriture, est entrée dans le domaine du passé ; il ne s'appliquerait bien qu'à des conversations de chaque jour, sans cesse recommencées et par conséquent toujours actuelles. Or nous avons vu que les faits excluaient une référence à de telles conversations. S'appliquant à VEudème, puisque tel est le fait, le participe présent signifie donc, et c'est un sens très naturel : les discours qui, consignés dans VEudème, sont tombés et se trouvent présentement, par la publication de l'ouvrage, dans le domaine public. Le texte du Traité de l'âme est donc en somme d'accord avec celui de la Poétique pour répartir les écrits d'Aristote en écrits pubHés et écrits non publiés. — Deux autres textes paraissent d'ailleurs confirmer les deux précédents. Dans V Éthique à Nicomaque, Aristote renvoie à des £yx'jxXia(I, 3, 1096 a, 2) et, dans le De caelo, à des £yx'jxX',a cpiXoc-o-^-^aaTa (I, 9, 279 a, 30), qui sont, eux aussi, des ouvrages publiés. Non seulement c'est
Aristote |
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ainsi qu'a compris Simplicius, mais Zeller estime avec raison semble-t-il, que le renvoi de Y Ethique s applique a un passage du dialogue t.. oua.,o^6vYi; et le renvoi du De caelo à un passage du t:. cp'AoTO-pia^ (1).
De la classification des écrits d'Aristote en publies et non publiés ou à peine publiés, nous sommes amenés a celle qui divise les écrits du philosophe en exolénques et ésotéÀgues-, car c'est peut-être la même classification sous des titres différents. Mais le vrai sens de 1 expression âScoT£o.//ol )iYOi a été et est encore notoirement 1 objet de discussions assez délicates. Comme dans la question précédente, nous nous occuperons d'abord des témoignages extérieurs, puis des textes d'Aristote --. Al exception de deux commentateurs néo-byzantins de 1 Etaïque a Nicomaqite, Eustratius et Héliodore de Pruse, qui en endent par lEcoTsp^xolX^yoL, le premier, l'opinion commune (XoyoA-, ^; 3^0) k Xoyu^. Tzapaoo^ec. .à .AviGvi cpa^^, le second, des discussions orales (k^h ^T6(xaT0.- T:po; touç evTuyy^avov- Tac) (2), on peut dire que tous les auteurs anciens pensent que cette expression désigne une classe particulière des écrits d'Aristote. - Le texte le plus détai le que nous possédions sur la classification des écrits dAristote est celui d'Elias, commentateur du vi« siècle, dans le préambule dun commentaire des Catégories qu on attribuait autrefois à David. Il est probable qu'il puise dans Ammonius; car, d'une part, il renvoie à propos d une question connexe au commentaire d'Ammonius sur le nsoi spp.vsw, et, d'autre part, il est tout à fait d'accord avec le commentaire sur les Catégories faussement attribué à Ammonius, mais pourtant dérivé du véritable commentaire d Ammo-
(4) Simplicius De Caelo 288, 34, Heiberg {Schol. 487 a 3) ; cf^le texte de Philopon cité plus haut, p. 48, n. 2. -- Ch. Ihurot, op. cii D 219. — Voir Zeller, p. 442, n. 3 et 444, n. 4. . , .
2)^Cf. Zeller, p. 445, n. 4^ Les commentaires d'Eustratms (en.^^ 1050-4420) et d'Héliodore (vers 4367) ont été pub hés P^ ^- "^^1^" dans la collection des Commentaria, vol. XX (cf. p. 298, 28-d4 c vol. XIX, pars 2 (p. 23, 38). Ce dernier commentaire était autretois attribué à Andronicus de Rhodes ; cf. plus bas, p. 62.
nius (1). Parmi les écrits (TjvTayixaTuà, nous dit Elias, les uns sont auT07cp6(ju>T:a, c'est-à-dire qu'Aristote y parle seul, s'adressant au lecteur : aussi ces écrits portent-ils encore la qualification d'àxpoa|^a-uà ; les autres sont des dialogues et reçoivent la qualification d'exotériques : ôiaXoYt.xà â xal s^wTspwà XsyovTa'.. Les ouvrages acroamatiques, tels que la cpjo-LXTi àxpoa^nç sont écrits pour les lecteurs aptes à la philosophie, les ouvrages exotériques pour ceux qui n y sont pas aptes. Aussi, dans les écrits acroamatiques, Aristote eniploie-t-il des démonstrations nécessaires et, dans les écrits exotériques,. procède-t-il par des raisons simplement propres à persuader (ôià TuiGavcov eixotw;). — Simplicius dit, dans son commentaire sur la Physiqiie : ^^^-^y-p-^^c U ecTTt. Ta xoivà xal ol £vô6;wv TrepaivojjLsva, àXXà p, àTtoOEUTua ^rfiï àxpoaaaTixà (2). Ailleurs il dit, en précisant moins, que les s^w-spixà étaient destinés à la foule et il les identifie avec les syxjxX'.a (3). — D'après Elias (pseudo-David), Alexandre opposait aux àxpoajjiaT'.xà les o'.aXoYuà,^ sans qu'on nous dise positivement qu'il identifiait les oiaXoyixà avec les sÇwTspwà. Elias ajoute que les dialogues différaient des écrits acroamatiques par le fond même des opinions, touchant l'immortalité notamment. Si on croit avec Zeller que le commentateur a mal compris, il
(1) Zeller, p. 117, n. 2 et 118, n. 1 (cf. III 2S 314, 1). Cf. Elias (David) Cat. 113, 17-117, 11, Busse, et, pour la question parliculière de la distinction entre les écrits acrosaiatiqnes et les exotériques, H4, 15 (Sc/iol. 24 a, 18 ; b, 10). Le commentaire d'xVmmonius sur VHermêneia, cité par Elias 114, 9 [Schol. 24 b, 5), a été publié par Busse (Comm. gr., IV, 5), ainsi que celui sur les Catégories (IV, 4), lequel, à vrai dire, n'est qu'une rédaction d'élève d'après les leçons du maître (cf. la préf. de Busse, p. V) : c'est donc l'œuvre d'un Pseudo- Ammonius. On y trouve, 3, 20-5, 30, la même classification des écrits d'Aristote que chez Elias (le ps. David), mais moins développée
(2) P. 695, 34 (cf. 8, 16), Diels. De même Philopon, Phys. 705, 22, éd. Vitelli.
(^) De Caelo (référence indiquée p. 50, n. 1). De ce dernier passage il faut encore rapprocher celui où Philopon. dans son De anima (143, 22, éd. M. Hayduck, Comm. gr. XV), dit que les dialogues sont au nombre des I|wt£oïx«, et que les èÇwre^ixa sont ainsi appelés parcequ'ils ne sont pas écrits tt/jôç toù; yvîjdéowç àxooarâç. Cf. Zeller, P- 115, n. 4.
52 LE SYSTÈME D ARISTOTK
reste qu'Alexandre reconnaissait l'opposition de méthode mentionnée par Elias, le pseudo-Ammonius et bimpli-
cius (1). 11 4 • i ♦
Passons maintenant des commentateurs d Ans ote aux
autres témoins et remontons aussi haut que possible dans l'ordre chronologique. - Clément d'Alexandrie oppose parmi les écrits d'Aristote les s^coTso'.xà et les xoiva ts xa. iicoTsov/.à. Si les sTa)T£p'.xà prenucut chez lui un sens mystique, c'est là une circonstance accessoire qui n est d ailleurs pas propre à Clément : nous allons la retrouver ailleurs. Lt du reste,malgré toutesonintelligence, Simplicius lui-même, sous la pression du milieu, n'hésite pas à écrire cette proposition déraisonnable qu'Aristotea affecté l'obscurité dans ses écrits acroamatiques (2). Plutarquo, qui donne aussi la même note mystique surlesàxpoaaar/.àdans la lie d Alexandre, distingue ailleurs les ^^z^^^ des autres ecri s et en même temps il identilie les siomp.xà avec les dialogues : o.^y-côv sE.oTxo.xcov o'.aAÔvcov, dit-il. Aulu-Gelle oppose les àxooaT.xà ' et ' les sicoT30.xà ;3). - Avec 1^ témoignage d' Aulu-Gelle nous quittons l'époque des Antonms pour passer à celle d'Auguste. Strabon nous dit que les écrits exotériques d'Aristote n'étaient pas propres à permettre a ceux qui n'avaient pas d'autre aliment de philosopher véritablement ((.'Ao^o'^slv 7rpayîxaT.xc;i.-) ; ceux-là ne pouvaient qu'amplifier des thèses (es^E^Xr.x'/J'l^sw) : ce qui consacre a distinction des deux classes d'écrits, en faisant des écrits exotériques des ouvrages dialectiques. Cicéron dans le De finihnP^vi qu'Aristote et Théophraste ont laisse deux genres
(1) Cat. 115, 3-5, Busse (SckoL 21 /., 3:^; ; cf. ZoUcr, ^^^^J'^^ même opinion est rapportée par le ps -Ammonms, mais sans qu Alexandre soit nommé (rr/z; asv o>. .. 4, 20). „. ^ ^ ,j. ,.• ,, r,
(2) Clément, Strom. V, 575 A ; Simphcius, PA//5. 8, 18, Uiels. i.i-
Zeller, p. U6, n. 3 et 4. . mIo r 4/' X\
(3) Plut. Alex.l'.Adv. Col. U, 1115 b. - Aulu-'.clle i\ . At AX, 5 • « EHcTso rx« dicebantur quae ad rhetoHcas meditationes facuh tatemque argutiavum (ces derniers .nots sont à remarquer) ^•*'^^/^"' ' Zrerum notiUam conducebant, «xpoart.à aut^vn vocabantur m Uàus philosophia remotior subtiliorque «^^'^«^f ^7. ^f X^.,^^. naturae contemplationes discéptatzonesque dialeciicas pectine
bant. » — Cf. Zeller. 115, 6, 7 ; 116, 3.
LES DIVERSES CLASSES DES ÉCRITS
d écrits dont l'un popnlariter scriptum guod* £Hcu-cp!.x6v appellabant. Dans les Lettres à Alticus, il dit que à chacun de ses livres du De Repiiblica il a mis des prologues : nt Aristoteles in Us quos sEtoTsouo'Js vocat (1). S'il fallait prendre au pied de la lettre les mots appdlahaat et vocat ^ nous aurions ici le témoignage d'Aristote lui-même. Quoi qu'il en soit, Strabon est né avant la mort d'Andronicus, et Cicéron n'est pas seulement le contemporain deTyrannion; Tyrannion a donné des leçons aux fils de Cicéron (2). Le témoignage de Strabon et surtout celui de Cicéron sont donc des plus autorisés. Il y a plus encore : nous avons un témoignage antérieur à Andronicus lui-même. En effet Andronicus connaît les deux prétendues lettres échangées entre Alexandre et Aristote au sujet de la publication de certains écrits de celui-ci (3). Puisque, selon l'auteur de ces prétendues lettres, Alexandre se plaint de la publication des écrits acromatiques (oJxopOwç s-o'lrjo-aç exooÙs "^o*^; àxcoa- Ttxoj; Twv Aoywv), il fallait donc que, dès le temps de cet auteur, la distinction des écrits d'Aristote en acroamatiques et exotériques fût consacrée. Au reste, dans la Rhétorique à Alexandre, on voit déjà le j>rétendu Aristote faire mystère de cet écrit; et la lihélorique à Alexandre paraît avoir été connue des premiers bibliographes d'Alexandrie (4).
Après avoir suivi la division traditionnelle des écrits d'Aristote en acroamatiques et exotériquesjusqu'à l'époque la plus rapprochée de lui que nous avons pu, il nous reste à considérer les passages d'Aristote lui-même où il a parlé des « discours exotériques ». Nous aurons du reste à en rapprocher quelques textes d'Eudème. ' — Il y a quatre interprétations principales de ces textes : 1^ L'ancienne interprétation de Zeller, qui était déjà celle de Saint Thomas.
(1) Strabon, XIII, 1, 54, p. 609. — Cic. De /?n.^V, 5, 12; ad Atl. IV, 16, 2. - Cf. Zeller, ll.*5, 2, 3, 5.
(2) Sur Tjrannion, voir plus bas p. 63 sq.
(3) Pour ces lettres, voir les textes déjà cités d'Aulu-Gelle et de Plut. Alex, Cf. Zeller, 116, 2 et 4 et supra, p. 10, n. 3.
(4) Rhef. ad Alex. 1, 1421 a, 26 sqq. Cf. Zeller, 116, n. Z fin et 78, 2.
LES DIVERSES CLASSES DES ÉCRITS
ii I
« Discours exotériques » aurait le sens de considérations extérieures à la question traitée, ouvrages autres que celui où Ton traite la question ; 2° Tinterprétation actuelle de Zeller : les ouvrages donnés au public, c'est-à-dire les ouvrages qui circulent hors de l'École péripatéticienne, â^wTco'^/.o': signifiant alors précisément le fait d'être en dehors d'une région donnée, comme dans l'expression de la Politique, rqiùzzof.y,y\ àp/;/i, une pvov'mce étrangère; ou bien les ouvrages qui, par destination, s'adressaient au public, comme Aristote parle, dans la Politique aussi, des £;wT£pwal ^ûà;£i;, des actions par lesquelles on sort de soi pour poursuivre un but ^j:/mte ; 3M'interprétation de Ch. Thurot : écrits
ou discussions orales d' Aristote dont la méthode était la dialectique ; 4<> l'interprétation de Ravaisson : écrits d'Aristote dont la méthode était la dialectique, et la forme extérieure, le dialogue. —Nous ne parlons pas de l'interprétation trop simple, qui entend par £;coT£pvxol AÔyoi l'opinion commune, fut-ce celle du public cultivé. On verra tout de suite, à la lecture de quelques-uns des textes d' Aristote, d'abord que les siojTsp'.xol Xôvoi qu'il invoque ne sont pas toujours d'accord avec l'opinion la plus commune, ensuite qu'il ne se référerait pas à l'opinion commune, comme à un travail antérieur qu'il est désormais dispensé de renouveler et dont il n'a plus qu'à employer les résultats (l).
1" On ne voit pas pourquoi Aristote ne se serait pas contenté de l'expression qui lui est si familière: sv aÂXoi; ; si sçtoTspwol Aoyoi a le sens, non seulement d'autre, mais d'étranger à la question, il est bizarre qu'Aristote ait dit des choses, souvent importantes, précisément dans un ouvrage « étranger à la question ;>. Mais il y a plus : l'interprétation vient échouer devant un texte sur lequel nous aurons à revenir, Phi/s. IV, 10, 217 ô, 30 ; car tout le monde tombe d'accord que les sïw-rep'.xol Xoyoïdontil est question
(1) Zeller, 123, 1, 125, 1 et 119, 2. Ch. Thurot, op. cit. (app. 5 : I)e ta valeur de V expression ai i^wreoixol ^ôyoe, 209-223) p. 220. Ravaisson, Esèai sur ta Métaph. d'Arist., I (1837), p. III, liv. I, ch. 1, surtout 224 233. — Les textes de Polit, allégués par Zeller sont II, 10, 1272 b, 19 et VII, 3, 1325 6, 22, 29.
dans ce texte ne sont pas autre chose que les développements qui suivent, dans la Physique même, jusqu'à 219 a, 2,
2** Zeller reconnaît avec la plus grande impartialité que certains textes (notamment Polit. III, 6, 1278 ô, 30 et Eth, N. VI, 4, déô.) souffrent une autre interprétation que la sienne ; que, pris en eux-mêmes, ils pourraient renvoyer même à l'opinion commune. 11 y en a deux, Polit, VII, 1, 1323 fl, 21 et Eth. Nie, I, 13, 1102 a, 26, qui lui paraissent appuyer très fortement son opinion : ils disent tous les deux qu'il faut se sernir de ce qui a été établi dans les discours exotériques. Or cela ne peut pas s'appliquera l'opinion commune, ni même à des discussions orales d' Aristote; car il n'est pas vraisemblable qu'Aristote ait pu renvoyer d'une façon si pressante et si précise à de simples paroles, c'està-dire à quelque chose d'instable et d'un peu vague : les indications qu'il s'agit d'employer doivent être très définies et très faciles à retrouver dans leur intégrité. Ajoutons que la vraie raison sur laquelle compte Zeller, c'est que son interprétation est d'accord avec la tradition qui remonte au-delà d'Andronicus. — ; Mais, quelle que soit la force de ces raisons, quelque satisfaction qu'il faille en fin de compte trouver moyen de leur donner, le texte déjà mentionné de la Physique est pour l'interprétation de Zeller une pierre d'achoppement surlaquelle elle se disloque. Zeller convient très franchement que, dans ce texte, £^(07cp!.xol Xoyoi ne peut pas signifier les ouvrages donnés au public. Dès lors il devient malaisé de soutenir que la même expression présente ailleurs cette signification, directement et par soi (1).
3° L'interprétation de Ch. Thurot ne se suffit peut-être pas à elle-même. Mais elle a le mérite, comme le dit l'auteur, de s'appliquera tous les textes. Ch. Thurot prend pour point de départ le texte d'Eudème {Eth. Eud, I, 8, 1217 6, 22) où l'expression EÇtoTepLxol Aoyoi est opposée à Xoyot. xaxà oiXococoiav. Quel est l'opposé de oiXoo-oQia dans Aristote? C'est 8iaX£XT!.x7), la discussion des opinions communes, fondée sur des opinions communes S'/evSoÇcov. Donc l'expression en question signifie : discussions dia-
(1) Voir Zeller, 119, 2 (119-122).
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lectiques. Cette interprétation reçoit une confirmation éclatante du texte de la Physique : les s^toTepixol li-o^. sont ici sous nos yeux ; ce sont des opinions sur le temps, qui no se déduisent pas du xi scrci du temps. L'interprétation s applique à tous les textes déjà mentionnés de VÉthigue à Nicomaque et de la Politique et, en outre, à MHaph. M, 1, 1076 a, 28. Il y a plus : l'interprétation convient encore très bien à un texte voisin des précédents (Pol. I, 5, 1254 a, 33) et dans lequel Zeller croit évident que les mots £?o)T£p'.-/.a)T£pa; cr-zi-kw; signifient une recherche étrangère à la question présente. En analysant le passage, Thurot montn^ au contraire combien son interprétation s'y adapte. Enfin il y a, à propos de Phys. I, 2, un texte d'Kudème que^ Zeller cite comme une preuve concluante du fait que îcwtepv/o; a parfois dans Aristote le sens que nous venons de dire, ce dont par conséquent il faudrait tirer une objection contre Thurot. Il s'agit de discuter la doctrine éléatique de l'unité de l'être : Aristote montre que, s'il est un en tant que continu, il est, en vertu même de fessence du continu, plusieurs aussi. Puis, dans une. sorte de parenthèse, il passe incidemment à une difficulté tirée non plus de l'essence du continu, mais de la relation du tout et des parties, prise en général : tyv^ o aTiop'lav, écrit-il (185 b, 11), • crtos o£ o'j Tzpos Tov >.6yov. Ce qu'Eudème traduit par s^toTspiy/;i àTTopva.' Simplicius, qui cite le fragment d'Eudème, estime qu'il s'agit en eifet d'une discussion dialectique (ô'.a- AsxTixT. jjiàAAov o'Jcra). Or l'expression d'Aristote, où :ipo; TovXoyo/, ainsi rendue par Eudème, signifie : qui ne se rapporte pas à la définition du continu[\). — Ainsi l'interprétation de Thurot ne rencontre d'obstacle dans aucun texte. Est-ce à dire pourtant qu'elle satisfasse complètement ? Il ne le semble pas. Car il reste toujours, d'une part, que les remarques de Zeller sur la vraisemblance d un renvoi à des textes définis, connus et faciles à trouver, donc à des ouvrages publiés, n'est pas sans force. Et, d'autre part, il y a
(i) Thurot, op. cit., 209-212, 219, milieu. Zeller, 118, n. 2. Le texte d'Eudème (t'r. 6 Spengel) est cité par Simplic. Phys., 85, 23-30, cf. 83, 24-f>7, Diels.
LES DIVERSES CLASSES DES ECRITS
l'autorité de la tradition. La vérité semble être tout d'abord, comme le pense Ravaisson, que les discussions dialectiques auxquelles renvoie Aristote étaient des discussions écrites et n'étaient, en aucun cas, des discussions orales. Mais il faut ajouter autre chose. Ces écrits, dans lesquels x'Vristote employait la méthode dialectique, étaient par là-même des ouvrages destinés au public, des ouvrages qui avaient été publiés. Thurot a donc raison : l'expression sco^Tepixol ).6yo'. désigne un caractère interne de certaines productions d'Aristote. Toutefois Aristote désigne en même temps par là, d'une façon indirecte, mais non moins naturelle pour cela, des ouvrages publiés. Remarquons que cette interprétation est, plus qu'aucune autre, d'accord avec la tradition. Car les commentateurs disent bien, de temps en temps, que les discours exotériques sont des ouvrages dialectiques : Aulu-Gelle dit qu'Aristote enseignait dans ses livres exotériques facidtatem argutiarurn, et Strabon, que les ouvrages exotériques permettaient exclusivement Hi'iv.:, Xt|/.uO'1s£î.v, travail essentiellement dialectique par opposition à o'.Xoto'^s'.v 7:payij.aT'//.a); (p. 52).
Puisque les écrits exotériques coïncident ainsi avec les ouvrages publiés, quelle était donc la situation des écrits acroamatiques, c'est-à-dire en somme de toute notre collection aristotélicienne? 11 faut, semble-t-il, répondre, avec Zeller, qu'ils n'ont pas été publiés dans toute la force du terme avant la mort d Aristote, mais que cependant ils n'étaient pas restés complètement inédits, c'est-à-dire qu'ils avaient été publiés pour les besoins et dans l'enceinte de l'École péripatéticienne. Le fait le plus considérable, parmi ceux qui doivent nous porter à croire que les écrits acroamatiques n'avaient pas été vraiment publiés avant la mort d'Aristote, c'est la manière dont ces écrits se réfèrent les uns aux autres. Les références d'un écrit à l'autre s'entrecroisent, et cela non pas quelquefois et par exception, mais d'une façon constante. Les Topiques ont dû être écrits avant les Analytiques, et ils sont fréquemment cités par les Analytiques (voy. Bonitz, Ind, 102 a, 32, 37, 39). Mais, à leur tour, les Analytiques sont cités quatre fois dans les Topiques, Le De caelo renvoie (à propos de la droite et de la
LE SYSTEME D .VRÎSTOTE
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gauche du monde) au De incessu animaliwn qui lui est postérieur. Les Météorologiques, qui, à la fin de leur premier chapitre, annoncent pour plus tard les recherches sur les êtres vivants, citent pourtant le De sensu (èv Toîç 7:£pl7à; alTO/jo-E!.;). Le IIspl cp'jTwv est promis comme un ouvrage futur dans les Parva naturalia et dans d'autres ouvrages qui citent V Histoire des animaux ; or \ Histoire des animaux cite le il. cpjTwv comme un ouvrage déjà composé. Le traité Des parties des animaux est cité une fois dans La marche des animaux, et à son tour La marche des animaux cite trois fois le traité Des parties des animaux. Ces références qui se croisent sont trop nombreuses pour qu'on puisse admettre que le futur et le passé y ont été mis à la place l'un de l'autre par l'inadvertance des copistes, et elles sont trop intimement unies au contexte, au moins dans plusieurs cas, pour qu'on puisse les regarder comme des interpolations (l). Mais, si c'est bien Aristote qui les a placées dans ses ouvrages, il faut donc qu'il les ait eus tous à la fois sous la main et à sa disposition, c'est-à-dire qu'il n'ait pas eu à compter avec le fait que les uns étaient publiés, quand il composait les autres. C'est dire que les écrits acroamatiques n'ont pas été à proprement parler publiés du temps d' Aristote. — L'examen du passage célèbre par lequel se terminent les ïotp'.TTt.xol D.syyoi, et avec eux tout YOrganon, conduit à la même conclusion. .Aristote s'y adresse à des lecteurs, mais aussi à ses auditeurs, et évidemment les lecteurs auxquels il s'adresse ne sont pas le public, puisqu'il convie les lecteurs à travailler avec lui à l'amélioration de sa logique, ou au moins des Topiques (2) : ce sont peut-être des auditeurs de demain. L'ouvrage est donc publié pour l'usage d'un cercle restreint. Le livre A de la Métaphysique, ou -sol twv t^o^tj/îù^ Xeyojjiévwv, si souvent cité par Aristote comme un ouvrage qu'on a en mains, n'a pour-
(4) Voir Zeller, p. 126 sqq., principalement 127, 3, 4; 128, 1, 3, 4; 129 et n. 2.
(2) 33, fin : zl âï ^xévsTat Osxoraasvoi; •jutv... i^siv h fxiôo^oç txavuç Tzapù, Ta; oQ^aç TrpayfxaTsîaç ràç ex 7rap«<yoargwç •<;uÇ/3a£vaç, )ot:rôv âv sÏïj TTCcvTwv ûpiwv 7} T(ôv ^cxpoa^svùv spyov rôîq ixev Tvupukeksi^^évKi ta; fxeôo^oy
tant pas pu être donné au grand public tel qu'il est, sans entrée en matière ni conclusion (1). Enfin les négligences du style, les répétitions et, d'autre part, l'existence parfois d'une double rédaction, comme pour le livre II du Traité de Pâme, s'expliquent au mieux dans l'hypothèse d'une demipubHcation. — Cette demi publication est d'ailleurs la mesure exacte à laquelle il faut s'en tenir. D'une part en effet les écrits scientifiques, tels que nous les possédons^ sont plus que des notes personnelles destinées à des leçons. D'abord ils sont trop soigneusement articulés, malgré leurs imperfections, pour n'être que cela. Ensuite le système de renvois dont nous avons parlé eût été sans utilité pour l'usage personnel de l'auteur. D'autre part, à moins que par impossible les cours d' Aristote aient été dictés, ce qui d'ailleurs nous ramènerait au même point, on ne peut admettre que les traités que nous Usons ne soient que des rédactions d'élèves : ils sont pour cela trop détaillés et surtout trop chargés de détails fins et subtils. Une seconde raison du reste plaide très fort contre cette hypothèse : c'est qu'Eudème et Théophraste, dans des lettres dont nous aurons l'occasion de parler (p. 70), s'entretiennent du texte delà PAy.szf7?/e : il existait donc un texte arrêté et authentiquement aristotélicien de cet ouvrage (2). Ainsi nous sommes ramenés à conclureque les écrits acroamatiques ont été, de la part d' Aristote, l'objet d'une demi-publication. Demi-pubUcation pour les écrits scientifiques ; publication complète pour les écrits dialectiques et, parla, populaires, tel était en somme l'état des ouvrages d'Aristote à sa mort. Nous avons dit au reste que certains ouvrages scientifiques étaient incontestablement inachevés, tels la Métaphysique et la Politique, Peut-être même aucun ouvrage scientifique n'avait-il reçu la dernière main, puisque la demi-pubfication permettait un demiachèvement et qu'elle laissait ainsi le champ toujours ouvert aux corrections.
(1) Zeller, p. 132.
(2) Zeller, p. 132-138.
HISTOIRE DES ÉCRITS SCIENTIFIQUES
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