‹ Le système d'Aristote [microform]Chapitre 4 sur 102 · JN · texte numérisé non relu

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lote resta vingt ans auprès de Platon, perdrait tout son sens. A° Aristote se range lui-même parmi les Platoniciens, quand il emploie la première personne du pluriel pour rapporter des opinions platoniciennes (1). 5° Le célèbre passage de V Éthique à Nicomaqiie, où Aristote parle avec tant d'élévation de la peine qu'il ressent au moment de sacrifier, en philosophe, à la sauvegarde sacrée de la vérité ses sentiments personnels d'amitié à l'égard du fondateur de la doctrine des Idées, ce passage témoigne encore d'un affectueux et profond respect pour la personne du maître (2). 6** On peut ajouter que Théocrite de Chios reproche à Aristote d'avoir quitté V Académie pour la Macédoine (3). 7^ Enfin, d'après Strabon, Xénocrate accompagna Aristote dans ce voyage à Atarnée dont il sera question tout à l'heure, et il conserva par la suite avec lui d'amicales relations. Si Aristote avait manqué, aussi gravement qu'on le dit, à ses devoirs envers son maître, les faits qui viennent d'être rapportés seraient en contradiction avec ce qu'on sait du dévouement absolu de Xénocrate à l'égard de Platon (4). — On a cru, il est vrai, trouver une preuve du ressentiment que les procédés d' Aristote auraient inspiré à Platon dans le silence de celui-ci à l'égard de son élève. Mais comment aurait-il pu nommer Aristote dans des entretiens socratiques ou qui, d'une façon générale, sont supposés antérieurs à Platon luimême (5) ? Au surplus, on tend aujourd'hui à penser.

(1) Par ex. Metaph. A, 9, 990 6, 8, 22 : ... xaG" ov; toottouç Sàixyxtuvj on sort rà sttîïj... — xarà uvj tîqv uTzoïri^t'^, xa6i' yjv ihui fai/.S'^j rà; î<y £«;... Autres références dans Zeller, 15, 3. Il faut observer, de quelque façon qu'on doive expliquer le fait, que cette façon de s'exprimer ne se rencontre que dans les livres A et B de la Métaphysique et qu'elle ne se retrouve plus dans les passages du livre M où il y a identité de contenu avec le livre A.

(2) I, 4, déb. : il faut examiner le concept universel du Bien, xaÎTTcp Trpoo-avrovç zîjq rotoÛTï;; ÇïjTijo-aw; ytvoixsvïjç otù tô vCkouç dvâouq

TÂÇ uAïiBsiKq xat rù otxsZa àvatosîv, âXXwç zz x«t ytXoffo^ou; ovtolç •àu^oïv Y«p ÔvTOiv filovj, ôo"iov izooTtuàv Tflv akinbuav.

(3) Voir le texte dans Zeller, 15, 6. Cf. supra, p. 3, n. 2.

(4) Zeller, p. 16, et n. 1 et 2.

(5) Ibid., p. 13, n. 3.

depuis les nouvelles recherches sur la chronologie des dialogues, que plusieurs d'entre eux contiennent au moins des allusions aux objections élevées par Aristote, dans l'Académie même, contre la théorie des Idées. A la vérité ceci ne prouverait pas des relations amicales. Mais, sans insister plus qu'il ne convient sur ce que la tradition nous apprend de l'estime en laquelle Platon aurait tenu la pénétration de l'esprit d' Aristote et son zèle pour l'étude (l), il semble que les preuves précédentes doivent suffire : la vivacité de la critique n'a pas empêché l'estime et l'amitié chez le maître, le respect et l'admiration de la part du disciple.

Rien dans tout cela malheureusement ne nous renseigne sur les études d' Aristote à T Académie. Nous n'avons aucun détail, et nous sommes réduits à penser qu'il n'a pu manquer d'y apprendre tout ce qui s'y enseignait. Peut-être at-il accordé à l'étude des sciences de la nature plus de développement qu'on n'avait coutume de le faire dans l'école de Platon (2). 11 y a joint aussi sans doute une étude plus attentive de la rhétorique. Dès cette époque il donna probablement, sous le patronage de l'Académie, des leçons de rhétorique, pour lutter contre l'enseignement d'Isocrate (3), et c'est là, semble-t-il, ce qui a donné naissance à la tradition mensongère d'après laquelle, comme on l'a vu, il aurait ouvert, du vivant de Platon, une école rivale de philosophie.

Si maintenant nous revenons au cadre chronologique tracé par Apollodore et aux notices biographiques de Denys et de Diogène, nous voyons qu'Aristote, à la mort de Platon, se rend auprès d'Hermias, tyran d'Atarnée et d'Assos en Mysie, avec lequel il s'était lié pendant le temps que celui-ci avait passé dans l'école de Platon. C'est en Thonneur de ce prince, ou en souvenir de lui, qu'Aristote a écrit son

(1) Platon admirait à ce point l'ày^ivoîa d'Aristote qu'il appelait celui-ci, raconte Philopon, voù; rfiç èturpi^Hç, « la tête de l'École ». D'après le Ps. Animon., il le nommait " le liseur » (ô àvayvwo-rï;;). Cf. Zeller, 14, 1 et H 1*, 989, 2.

(2) Zeller, p. 18. ni.

(3) Ibid., n. 2 ei 3.

VIE DARISTOTE

Hymne à la vertu. Hermias fut tué en trahison par les Perses, comme nous Tapprend Aristote lui-même dans l'inscription de la statue qu'il lui avait élevé à Delphes. On ne sait au juste si c'est avant cet événement, ou plus tard, qu'Aristote, après un séjour de trois années auprès de son ami, quitta Assos pour se rendre à Mytilène, en 345/4. Après la mort d'Hermias, il avait épousé la nièce ou fille adoptive de celui-ci, Pythias, dont il prescrit dans le testament que les restes soient réunis aux siens. Ajoutons tout de suite que, après la mort de Pythias, Aristote avait épousé Herpyllis, au dévouement de laquelle il rend hommage dans son testament, en même temps qu'il prend soin d'assurer son avenir et la recommande à ses amis ; c'est elle qui fut la mère de Nicomaque (1).

C'est de Mytilène que, en Tannée 343 ou au commencement de 342, Aristote fut appelé en Macédoine par Philippe pour faire l'éducation d'Alexandre, alors âgé de treize ans (2). Sur l'enseignement qu'Aristote donna à son élève on ne sait rien de précis, et Plutarque est réduit à des suppositions (3).

Après être resté huit ans auprès d'Alexandre, Aristote revint à Athènes, en 335/4, et c'est là qu'il enseigna pendant une douzaine d'années, faisant preuve, aussi bien comme professeur que comme auteur, d'une extrême activité. Il avait choisi pour lieu de son enseignement le Lycée, gymnase attenant au temple d'Apollon Lyci en. Sous les ombra-

{{) Surtout ceci, voir Zeller, p. 20 sq. avec les notes. VHymne à la vertu et Tinscription à la mémoire d'Hermias se trouvent dans les fragments, no* 625 et 624, p. 1583, b et a. Pour ce qui se rapporte au Testament, voir Diog. La., 16 et 13.

(2) Diogène dit, il est vrai, qu'Alexandre avait quinze ans. Mais Apollodore ne pouvait ignorer que ce prince était né le 19 juillet 356. Il y a donc là une altération du texte (cf. Jakoby, p. 339). Quant à la prétendue lettre de Philippe à Aristote au sujet de cette éducation, au moment même de la naissance d'Alexandre, c'est un faux dont il est inutile de parler davantage ; cf. Zeller, 23, 3.

(3) Les deux lettres d'Alexandre à Aristote au sujet de la publication des ouvrages ésotériques, dont parle Plutarque sont fausses vi materiae, comme on le verra plus tard, p. 53, n. 3. Cf. Zeller, p. 23, n. 4.

ges du jardin il se promenait en s'entretenant avec ses élèves : c'est de cette coutume (TcspiTuaTsiv), et non de l'existence, commune à l'Académie et au Lycée, d'une galerie ou promenoir (TuepiTcaToç), que provient le nom de nepiiraTr^- Tixot, sous lequel on désignait les disciples d'Aristote ; du reste cette dérivation se justifie seule au point de vue de la langue. Il est difficile pourtant de croire que cette coutume fût constante, et que le maître n'y renonçât pas quand son auditoire devenait trop nombreux. D'après Aulu-Gelle, il donnait deux sortes de leçons, consacrant à la philosophie celles du matin, à la rhétorique, celles de l'aprèsmidi (1). — Quelle était, d'autre part, sa méthode d'exposition? Zeller semble croire que c'était le dialogue socratique et qu'il n'y renonçait que par exception. Mais, d'abord, il semble bien que les témoignages contredisent cette manière de voir: les expressions dont se servent Cicéron, Aulu-Gelle, Diogène impliquent la continuité de son discours, et, en outre, Aristoxène dit formellement qu'Aristote indiquait le sujet et traçait le plan de sa leçon, avant de développer les points de détail (2). D'autre part, chez Platon lui-même, nous assistons à une transformation de la méthode socratique d'enseignement par le dialogue : l'importance de la forme dialoguée diminue progressivement et les derniers écrits de Platon sont presque des traités ex professa. Au reste, entre un tel procédé et les tendances générales de la méthode d'Aristote, il parait bien y avoir une incompatibilité essentielle. Le dialogue suppose la maïeutique, ou, ce qui en est l'équivalent platonicien, la réminiscence : il s'agit seulement de se reporter à une sorte d'évidence intime. Pour Aristote, au contraire, enseigner c'est démontrer ; il a l'idée du moyen-terme et de la preuve ; nul besoin d'un retour sur soi de l'auditeur, ni qu'on lui demande son assentiment : on le contraint. — Notons enfin que, pour son

(1) Sur ces divers points, voir Zeller, p 29 (surtout n. 3-5) et 30 (surtout n. 1).

(2) Cf. Zeller, p. 30 sq. Les textes auxquels on vient de faire allusion sont cités par Zeller lui-même, p. 31, n. 2 (cf. 30, 3) et 3; p. 30, n. 2.

enseignement, Aristote eut besoin de collections et de livres. Bien que son testament soit d'un homme pourvu de richesses suffisantes, ses ressources personnelles, même jointes à celles de TÉcole, n'auraient peut-être pas suffi à faire les frais de ce matériel considérable. Il n'est donc pas impossible que, dans ce but, Aristote ait été aidé par Philippe et surtout par Alexandre. D'ailleurs, si vraisemblablement le meurtre de Callisthène dut amener quelque refroidissement dans leurs relations, il semble bien qu'Aristote ait toujours j^ardé de bons rapports avec son élève.

La mort de celui-ci fut pour le philosophe la source de graves dangers. On sait comment la Grèce se souleva contre la domination macédonienne. Sans doute Aristote n avait jamais joué aucun rôle politique ; mais il n'en était pas moins connu pour appartenir au parti macédonien. On l'accusa d'impiété, parce qu'il avait célébré Hermias comme un dieu et, prétendait-on, lui avait, ainsi qu'à Pythias, offert un sacrifice. Mais, comme autrefois pour Socrate, l'accusation couvrait des motifs politiques. Devant ce péril, Aristote quitta Athènes pour se retirera Chalcis, dans l'île d'Eubée, au cours de la troisième année de TÔlympiade 114, selon Apollodore, c'est-à-dire en 323. L'année suivante, probablement pendant l'été, il succombait à une maladie d'estomac, vers le temps où, dans l'île de Calaurie, s'empoisonnait Démosthène (1).

(1) Au sujet de laccusaiion d'impiété, voir Zeller 38, 1 et 21, 1 s, fin. ; pour les griefs d'ordre politique, iôid., 37,2; Aristoclès, en rapportant les divers motifs allégués, ouvertement ou non, pour perdre Aristote, en souligne l'inanité. Sur l'époque et les circonstances de la mort, cf. 40, 3, 4. - Du caractère d'Aristote, en l'absence de témoignages suffisants, il vaut mieux ne rien dire : les inférences à ce sujet sont aussi précaires que faciles.

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