LA NATURE ET LE MOUVEMENT
La théorie des causes, puis celles de l'infini, de l'espace, du vide et du temps n'étaient encore que des préliminaires de la physique. Nous sommes maintenant en face du phénomène fondamental de la physique, le phénomène du changement, et de la cause primordiale et spécifique de ce phénomène, la nature. Nous étudierons donc dans cette leçon la nature et le changement.
Ainsi que son nom l'indique, la physique a pour objet propre la nature ; en d'autres termes, se proposant de connaître par les causes comme toute science, la cause à laquelle elle veut ramener, au moins eji dernière analyse, les phénomènes qu'elle étudie, c'est la nature. Un phénomène physique aura reçu son explication la plus profonde quand on aura fait voir qu'il a sa source dans ce principe qu'on appelle la nature. Qu'est-ce donc que la nature ?Pour le dire en gros d'abord, la nature est un principe interne de mouvement et de repos.
La première question qu'il faut se poser, semble-t-il, après avoir ainsi indiqué d'une façon sommaire en quoi consiste la nature, c'est celle de savoir si la nature existe. Nous nous souvenons en effet qu'une science, selon Aristote,. commence par une définition de mots et que cette science doit ensuite supposer ou établir d'une façon quelconque qu'une réalité répond à la définition proposée. La physique paraît donc avoir pour première tâche d'établir qu'il existe telle chose qu'une nature. Comme il n'y a pas
LA NATURE
de cause de mouvement sans mouvement, ni de mouvement sans mobile, la question se diviserait en deux : y a-t-il des choses en mouvement et, comme la cause de ce mouvement, une nature ? A la première partie de la question, Aristote répond en somme dans les chapitres 2 et 3 du premier livre de la Physique, et aussi dans tous les passages où il s'occupe djDs arguments de Zenon (VI, 2 et 9; VIII, 8). On sait qu'il réfute Zenon avec le plus grand soin au moyen de la distinction de l'infini en acte et de l'infini en puissance. Mais, au pren^ier livre de la Physique, où il réfute aussi la doctrine éléatique de rimmobiiité, il procède plus sommairement et il consacre plus de développement à Texamen de la doctrine de l'unité de l'être qaà celle de rimmobiiité. C'est que l'examen des thèses éléatiques ne lui paraît pas relever proprement de la physique. Tout en reconnaissant que l'étude de ces thèses a son intérêt (1) et qu'il peut arriver à leurs auteurs de soulever par accident des difficultés vraiment physiques, il estime que le physicien n'a pas à discuter longuement avec eux Cela revient à dire que le physicien n'a pas à établir les principes de la physique. Pourtant on ne voit pas que, comme métaphysicien, Aristote se soit davantage préoccupé de les étabhr. La vérité est que l'existence d'êtres en mouvement lui parait aller de soi. Il n'y a pas même besoin d'en apporter une démonstration indirecte en réfutant ceux qui le nient. D existe des êtres en mouvement : l'induction, c'est-à-dire Texpérience, le prouve de la façon la plus manifeste (2, 185rt, 12-14). — Lorsque, au 11^ livre de la Physique, Aristote arrive à la seconde partie de la question, à savoir 1 existence de la nature sous le mouvement et les mobiles, il procède encore de la même façon. On n'a qu'à considérer c«ux des êtres qui sont dits exister par nature, des animaux, des plantes, des corps simples : on constate de la manière la plus évidente que ces êtres présentent avec les autres une différence marquée qui est précisément de se
(1; Phys. î, 2, loo rr, 20 ; ïyji yào ^t/os-oj/iscv â axâ^^t;. Le mot '^t/oTo»ta a ici le sens de investigaliô, fout à fait comoie dans Pol. IIÏ, \t, 1282 b, 23 ; cf. Bonitz, Ind. 820 b, 58.
mouvoir par eux-mêmes. Et Aristote conclut qu'on ferait preuve de faiblesse intellectuelle en demandant une démonstration de l'existence de la nature : aveugle qui ne la voit pas (I, 192 /;, 12 et 193 a. 1-9). Sans doute il ne faut pas oublier qu' Aristote essaie ailleurs de faire sentir que, contrairement à la prétention de Démocrite, des mouvements toujours reçus du dehors et toujours dépourvus de cause interne sont en réalité des mouvements sans cause [Phys, VIII, i'fin). Néanmoins on peut trouver qu'il passe un peu vite sur la réalité de la nature, c'est-à-dire sur la condamnation du mécanisme et l'affirmation du dynamisme ; car il ne s'agit de rien de moins. Mais, à y bien réfléchir, ce n'est pas une constatation des sens qui fonde l'existence de la nature dans le système d'Aristote; c'est tout l'esprit de ce système. La nature ne se constaterait pas, qu'elle n'en serait pas moins incontestable, péripatétiquement parlant; car tout autre principe du mouvement est inintelligible : c'est par elle seule que le mouvement peut être compris.
La question de l'existence de la nature ainsi réglée, il nous faut revenir à la notion de la nature et tâcher de l'approfondir. Ce n'est pas tout à fait sans raison que Zeller se plaint qu'Aristote ne nous donne pas assez d'explications lorsque nous voulons nous faire une idée précise de la nature (1). Quoique la pensée d'Aristote reste peutêtre moins vague que cette remarque donnerait à le croire, il est sûr que Zeller signale justement plusieurs incertitudes et obscurités. Le mot de '^jo-u chez Aristote ne désigne pas seulement le principe de mouvement qui se trouve dans un objet concret limité, tel qu'un bloc d'airain ou une motte de terre, et, d'autre part, il ne désigne pas non plus le principe moteur d'une seule espèce d'objets. En d'autres termes il y a, ou il semble y avoir, une nature universelle et, d'autre part, plusieurs sortes de nature. Lorsque, au VHP livre de la Physique {i déô,), Aristote dit que le mouvement éternel est comme une vie des êtres qui existent par nature {'fÙTei) ; lorsqu'il énonce la proposition fameuse que Dieu et la nature ne font rien en vain {De
(1) Voir Zeller, p. 386, en bas, à 389.
LA NATURE
de cause de mouvement sans mouvement, ni de mouvement sans mobile, la question se diviserait en deux : y a-t-il des choses en mouvement et, comme la cause de ce mouvement, une nature ? A la première partie de la question, Aristote répond en somme dans les chapitres 2 et 3 du premier livre de la Physique^ et aussi dans tous les passages où il s'occupe des arguments de Zenon (VI, 2 et 9; VIII, 8). On sait qu'il réfute Zenon avec le plus grand soin au moyen de la distinction de l'infini en acte et de l'infini en puissance. Mais, au premier livre de la Physique, oii il réfute aussi la doctrine éléatique de l'immobilité, il procède plus sommairement et il consacre plus de développement à Texamen de la doctrine de l'unité de l'être qu'à celle de Timmobilité. C'est que l'examen des thèses éléatiques ne lui paraît pas relever proprement de la physique. Tout en reconnaissant que l'étude de ces thèses a son intérêt (1) et qu'il peut arriver à leurs auteurs de soulever par accident des difficultés vraiment physiques, il estime que le physicien n'a pas a discuter longuement avec eux Cela revient à dire que le physicien n'a pas à établir les principes de la physique. Pourtant on ne voit pas que, comme métaphysicien, Aristote se soit davantage préoccupé de les établir. La vérité est que l'existence d'êtres en mouvement lui parait aller de soi. Il n'y a pas même besoin d'en apporter une démonstration indirecte en réfutant ceux qui le nient. 11 existe des êtres en mouvement : l'induction, c'est-à-dire l'expérience, le prouve de la façon la plus manifeste (2, 185 a, 12-14). — Lorsque, au W Hvre de la Physique, Aristote arrive à la seconde partie de la question, à savoir l'existence de la nature sous le mouvement et les mobiles, il procède encore de la même façon. On n'a qu'à considérer c«ux des êtres qui sont dits exister par nature, des animaux, des plantes, des corps simples : on constate de la manière la plus évidente que ces êtres présentent avec les autres une différence marquée qui est précisément de se
(1) Vhiis. I, 2, 1^5 a, 20 : lyu yào yt/oc-o^^îscv 'n (TAé-yi;. Le mol yù.oTtiviu a ici le sens de investigaîio, lout à fait coniDie dans PoL ili, \i, 1282 6, 23 ; cf. Bonitz, Ind. 820 6, 58.
mouvoir par eux-mêmes. Et Aristote conclut qu'on ferait preuve de faiblesse intellectuelle en demandant une démonstration de l'existence de la nature : aveugle qui ne la voit pas (I, 192 h, 12 et 193 a, 1-9). Sans doute il ne faut pas oublier qu'Aristote essaie ailleurs de faire sentir que, contrairement à la prétention de Démocrite, des mouvements toujours reçus du dehors et toujours dépourvus de cause interne sont en réalité des mouvements sans cause [Phys, VIII, i'fîn). Néanmoins on peut trouver qu'il passe un peu vite sur la réalité de la nature, c'est-à-dire sur la condamnation du mécanisme et l'affirmation du dynamisme ; car il ne s'agit de rien de moins. Mais, à y bien réfléchir, ce n'est pas une constatation des sens qui fonde l'existence de la nature dans le système d'Aristote; c'est tout l'esprit de ce système. La nature ne se constaterait pas, qu'elle n'en serait pas moins incontestable, péripatétiquement parlant; car tout autre principe du mouvement est inintelligible : c'est par elle seule que le mouvement peut être compris.
La question de l'existence de la nature ainsi réglée, il nous faut revenir à la notion de la nature et tâcher de l'approfondir. Ce n'est pas tout à fait sans raison que Zeller se plaint qu'Aristote ne nous donne pas assez d'explications lorsque nous voulons nous faire une idée précise de la nature (1). Quoique la pensée d'Aristote reste peutêtre moins vague que cette remarque donnerait à le croire, il est sûr que Zeller signale justement plusieurs incertitudes et obscurités. Le mot de '•d^j'jic chez Aristote ne désigne pas seulement le principe de mouvement qui se trouve dans un objet concret limité, tel qu'un bloc d'airain ou une motte de terre, et, d'autre part, il ne désigne pas non plus le principe moteur d'une seule espèce d'objets. En d'autres termes il y a, ou il semble y avoir, une nature universelle et, d'autre part, plusieurs sortes de nature. Lorsque, au VHP livre de la Physique {i déô,), Aristote dit que le mouvement éternel est comme une vie des êtres qui existent par nature ((puia-E»,) ; lorsqu'il énonce la proposition fameuse que Dieu et la nature ne font rien en vain {De
(1) Voir Zeller. p. 386, en bas, à 389.
Là Nature
caelo, I, iyîn) ou quand il écrit [Polit, I, o, 1254 h, 27) que la nature veut faire des corps différents à l'homme libre et à Tesclave, assurément ce qu'il entend par nature, c'est une force partout répandue dans le monde, enveloppant tous les individus. Or la nature ainsi entendue est évidemment un pouvoir malaisé à définir. C'est presque une divinité ou une àme du monde, capable de toutes les tâches parce qu'elle n'est spécialement affectée à aucune, parce qu elle n'est attachée à aucun être en particulier. Cependant, si Aristote admet une àme dans chaque sphère céleste, il est certain qu'il ne saurait admettre une àme du monde qui circulerait de corps en corps, au lieu de résider immuablement en un corps déterminé. Il ne faut donc pas chercher à interpréter dans un sens panthéislique la nature universelle d'Aristote. Il convient d'y voir surtout une métaphore. Toutefois, si c'est peu de chose de pins qu'une métaphore, c'est bien quelque chose de plus. Lorsqu'il s'agit d'un animal ou d'une plante, le principe interne de mouvement, qui d'ailleurs s'appelle exactement àme, et non pas nature, ce principe est individualisé par le corps, ou au moins comme le corps très déterminé où il a son siège. Quand, au contraire, il s'agit de la nature plus proprement dite, du principe de mouvement des corps inorganiques et par exemple des corps simples, on comprend que ce principe devienne quelque chose d'un peu flottant. Car une motte de terre n'a pas une individualité marquée et sa nature est, si Ton peut dire, un morceau de celle de toute la terre (I). D'un autre côté, le mot nature désigne collectivement plusieurs espèces de principes moteurs. Lorsque, par exemple, Aristote écrit la proposition fameuse : où Trào-a r^'jyvi oucri; {De part. an. I, 1, 641 h, 9), ses paroles impliquent certainement que certaines âmes sont des moteurs comparables à la nature, objets, comme la nature au sens étroit, des études du physicien. C'est que peut-être bien y a-t-il quelque chose de commun, un genre commun aux I divers principes moteurs immanents. Quoi qu'il en soit et
(i) Sur ces incertitudes de la Kiguification du mol 'fv^iç, cf. Bonitz^ Ind. 836 a, 18.
à quelques rapprochements que nous devions être conduits tout à l'heure, il est certain que la nature, au sens technique où Aristote l'entend, n'est pas plus le principe moteur d'un être organisé qu'elle n'est un pouvoir sans siège
défini.
Mais ce n'est pas tout que d'écarter ces incertitudes et ces obscurités un peu extérieures. Il y a autre chose à faire, et Aristote nous fournit d'autres précisions pour déterminer l'idée de nature. « La nature, dit Aristote, est un principe et une cause de mouvement et de repos pour la chose en quoi elle réside immédiatement et à titre d'attribut essentiel, et non pas accidentel, de cette chose » (1). Un premier éclaircissement de cette définition va résulter pour nous d'un commentaire quasi littéral de ses divers éléments. — Tout d'abord, comment la nature est-elle un principe de repos en même temps que de mouvement ? La nature n'est quelquefois qu'un principe de mouvement : il y a en effet un élément, l'éther, qui circule sans cesse en vertu de sa nature. Lors donc qu Aristote écrit que la nature est un principe de mouvement et de repos, il faut entendre : de mouvement ou de repos. Mais peu importe. Ce qui demande explication, c'est que le repos ait, aux yeux d'Aristote, besoin d'un principe. Ce n'est pas parce qu'il considère le repos comme un état d'équilibre entre des forces opposées. C'est pourtant parce que le repos participe en quelque façon du mouvement. Il ne faut pas confondre en effet le repos avec une immobilité quelconque. Ce qui n'est pas susceptible de mouvement est immobile, mais n'est pas en repos. Le repos est l'immobilité de ce qui pourrait être mû. Le repos est donc postérieur au mouvement (2). En un mot il est la privation du mouvement^ et, comme toute privation, il n'est pas une pure négation, mais une négation déterminée. C'est pourquoi le repos ne peut s'expliquer que par une certaine intervention du principe du
(1) Phys. II, 1, 192 b, 20: ... o-Ji^q rv5ç yOffswç uo/J^ rivô; xai «triaç
«ruugsSflxo;. Cf. Zeller, p. 386, n. 6.
(2) Ibid. m, 2, 202 a, 4 : 'îi yàp ii xtvïjat; ^r.i^yii, tovtw t, ofxivvTicL hoîtxiK, VIÏI, 9, 265 a, 27 : ... i} Se (rrâffiç èfOctpaévïi xtvYjTiç.
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mouvement. — Un second caractère de la nature, c'est d'être un principe de mouvement pour la chose en quoi elle réside, un principe interne ou immanent. C'est par là que la nature se distingue de l'art. Bien que l'art accomplisse des œuvres que ne fait pas la nature, il n'est cependant qu'une imitation de la nature {Pliys: II, 8, 199 a, 15 et 2, 194 a, 21), et là chose artilicielle se distingue de l'être naturel, précisément par cette infériorité qu'elle est figée et ne tend vers aucune destinée ultérieure, qu'elle est, en d'autres termes, privée de toute spontanéité : un manteau ou un lit ne renferme, comme tel, aucun principe qui le porte à changer ; si une chose artificielle tend à changer ce n'est pas en tant qu'elle est ce qu'elle est, c'est en tant que faite de terre, d'eau ou de quelque mixte {Phys, II, 1, 192 A, 15-20). Un médecin qui se guérit lui-même se rapproche de la nature en ce que le principe de son action est en lui [ibid. 8 fin). ISous allons voir pourtant qu'il n'atteint pas encore au degré de perfection de la nature ; mais enfin, pour autant que le principe de son action est interne et spontané, il est comparable à la nature. En résumé, pour comprendre le sens et la portée du caractère d'immanence qui appartient à la nature, il suffît de dire avec le livre A de la Métaphysique (3, 1070 a, 7) : « Fart est principe en une autre chose (àp/Ti sv à>.X(o), la nature est principe dans la chose même (apy3 sv aù-ûw) ». — Nous venons d'indiquer qu'il manque encore quelque chose au médecin qui se guérit lui-même, pour être principe de son action comme la nature Test des mouvements qu'elle imprime à l'être naturel. Ce qui manque au médecin qui se guérit lui-même, c'est de posséder le principe de son action en tant qu'il est le sujet qui subit et en qui se développe cette action. C'est par accident que l'agent et le sujet de la guérison se trouvent ici ne faire qu'un. La nature au contraire est dans le mobile en tant que ce mobile est ce qu'il est^ c'està-dire un sujet apte à être mû, et réciproquement la nature, de même qu'elle est exigée par le mobile auquel elle est unie, exige ce mobile (1). — Enfin la nature est dans son
({) Phys. ir, 1, \^ b, î"^-5r, Cf. Themîst paraphr, Phys. Io8, 25 sqq. Spengel.
LA NATURE
sujet immédiatement, en même temps qu'essentiellement. L'art de gouverner les navires, pourrait-on dire, n'est pas dans le navire comme une nature, non seulement parce qu'il n'appartient pas essentiellement au navire, mais encore parce qu'il est dans le navire grâce à un intermédiaire, à savoir le- pilote. Un attribut immédiat n'est pas toujours d'ailleurs un attribut essentiel : par exemple une vertu dans une âme, ou une couleur dans la surface d'un corps. Mais réciproquement aussi un attribut essentiel n'est pas toujours un attribut immédiat. Par exemple l'égalité de la somme de ses angles à deux droits est un attribut essentiel de l'isocèle ; ce n'est pourtant pas un attribut immédiat, puisqu'il n'appartient à l'isocèle que par l'intermédiaire du triangle (1).
Le commentaire que nous venons de donner de chacun des termes contenus dans la définition de la nature a sûrement précisé pour nous le sens de cette définition. Cependant il nous reste encore un progrès à faire. Il s'agit, si l'on veut, de reprendre d'une manière moins littérale l'explicafion du caractère que possède la nature, d'être un attribut essentiel de son sujet, c'est-à-dire d'être contenue dans l'essence de ce sujet ou de contenir ce sujet dans son essence. C'est autour de ce caractère en effet que tourne l'importante et laborieuse discussion dans laquelle Aristote distingue, sans séparer ces deux aspects, la nature comme matière et la nature comme forme. C'est à peine si, de la double conception de la nature : la nature est matière, la nature est forme, Aristote prend la première à son compte, même en lui attribuant un rôle aussi subordonné qu'on voudra. Pour énoncer cette conception, il emploie les mots ooxel, XsysTai {Phys. II, 1, 193 a, 9 et 28), et il ne donne expressément que deux arguments très faibles, empruntés l'un au sophiste Antiphon, l'autre aux Ph3^sioIo^ues en général. Enfouissez un lit, avait dit Antiphon, et, s'il résulte de là quelque génération, ce sera du bois et non un lit qui naîtra. Donc ce qui est la nature, c'est ce qui est le plus loin de la forme, c'est ce qui persiste le plus à travers le
(1) Voir Simplicius, Phys. 267, 22-32 Diels.
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