LES ESPÈCES DU MOUVEMENT
sance » (1). La définition exprime d'abord excellemment le caractère d'indétermination, de fluctuation et de demiréalité du changement (2). Mais pourquoi le mouvement est-il ainsi quelque chose d'inachevé? Sans doute cest parce qu'il est un passage. C'est aussi parce que ce passage est continu et, partant, enveloppe l'infim. L mhn.te le condamne à être une puissance qui ne peut pas avoir d autre acte que de se développer comme puissance. De ce co e encore Aristote tend, malgré lui, vers 1 ideahsnie Quelle aue soit d'ailleurs la conclusion dernière qu il faille donner à son analyse du changement, que ce phénomène comporte ou non une eristeuco autre que mentale, toujours est-il qu'Aristote en a dégagé l'essence avec une pénétration et une logique parfaites. Le changement est bien le passajje progressif et continu qu il a dit.
Pour achever la théorie générale du changement dans ce qu'elle a de proprement physique, il ne nous reste plus ou'à exposer la division de ce phénomène en ses diverses espèces. Nous avons jusqu'ici employé comme synonymes les mots de changement et de mouvement et c est la une manière de faire dont Aristote lui-même donne 1 exempie (3). Cependant, lorsque ces mots sont considères dans leur usage vraiment technique, ils n'ont plus le même sens. Le mot de changement est un terme générique qui comprend le changement proprement dit et les différentes espèces de mouvement. Tandis que le mouvement se déroule toujours entre des contraires et, par conséquent, dans l'enceinte d'un même genre, le changement a heu entre des termes bien plus radicalement opposés : il a heu entre Fêtre et le néant. En d'autres termes, le changement porte sur la production ou la destruction d'une substance. Aristote l'appelle génération et corruption (yévsTK xai -fôopa).
(U 201 a, 10 : ... ^ -o'^ ^'^^'A^" ^'^^«^ iv-s^i/.sta, ? rotourov, ^hrM'.
cffTtv. Cf.' Zeller, p. 351, n. 1 el 353, n. 1. ,
(2) Phys. m, 2, 201 6, 31 : ... ^ « xévyjrr.; svw^etauiv rt; ctvai «foxi*,
"(sVvoir dans Zeller, p. 352, n. 3, l'indication de divers textes où Aristote donne à xtv^eTiç le sens de fX5t«€o>ii (p. ex. Phys. III, 4, 201 a, 9-19), ou bien emploie ces deux mots comme «ynonymes.
Puisqu'il reste, à le prendre en général, dans les limites de l'être, et que d'autre part, considéré sous ses divers aspects, il se déroule à l'intérieur d'un genre, le mouvement se divise en espèces d'après la liste des catégories. Mais il n'y a pas mouvement dans chacune des catégories. Aristote montre en particulier qu il n'y a pas mouvement dans la relation, ni dans l'agir et le pâtir [Phys. V, 2 déb.). Il n'y a pas mouvement dans l'agir et le pâtir, parce que cela reviendrait à dire qu'il y a mouvement du mouvement : ce qui, selon Aristote, est un non-sens. Pour ce qui est de la relation, elle ne comporte pas le mouvement, parce qu'on peut changer deux relatifs en opérant sur un seul d'entre eux. La raison donnée par Aristote est intéressante, puisqu'elle montre qu'il considère le mouvement comme une propriété du mobile, évitant de se placer jamais à ce que nous appelons le point de vue cinématique. Les catégories qui ne compoitent pas le mouvement éliminées, il en reste trois dans lesquelles il peut s'opérer : la qualité, la quantité et le lieu. Le mouvement dans la quantité, c'est-àdire Y accroissement et le décroissement (au;TG-ti; >.xl cpfjio-î.;), va d'une grandeur inférieure à la normale .à la grandeur normale, ou inversement. C'est dire qu'il s'applique exclusivement, ou au moins le plus proprement, aux êtres organisés pour lesquels il y a une taille exigée par leur nature. Le mouvement dans la qualité, lequel se subdivise en autant d'espèces qu'il y a de qualités sensibles, va d'un contraire qualitatif à un autre, par exemple du noir au blanc, ou même du gris au blanc, ou à tout autre terme moins extrême que le blanc. Ce mouvement s'appelle Yaltération {àXXo'lwa-».;). Le mouvement selon le lieu va en général d'un endroit à un autre (ttôSêv ttoi) {Eth. Nie, X, 3, 1174 «, 30) et, plus spécialement, d'un des contraires à l'autre dans la catégorie du lieu : de l'arrière à l'avant, du droit au gauche, du haut au bas, Aristote, qui paraît inaugurer le mot comme terme technique, lui donne le nom de translation (yopà) (1). Des trois sortes de mouvements
(1) Sur toute cette division des mouvements et sur le changement, voir Phys, V, 4 à partir de 224 b, 35 et ch. 2.
LE SYSTÈME D ABISTOTE
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la plus fondamentale est la translation ; car elle se retrouve sous tous les autres mouvemeuts. Mais oh se tromperait du tout au tout, si Ton pensait qu'Aristote réduit les deux autres mouvements à là translation. Elle ne fait que leur servir de condition et de base, et visiblement, dans la pensée d'Aristote, le plus important des mouvements est l'altération. Cela se comprend sans peine. Car, si le mouvement en général est bien pour lui ce que nous avons cru, il est clair que c'est dans Taltération que se trouve le type parfait du mouvement. G*est en elle qu'on assiste le mieux à l'actualisation progressive d'une forme qui n'était d'abord que puissance. Les trois sortes de mouvement, et peutêtre même le changement, sont au reste susceptibles de se distinguer tous en mouvement naturel (xaTa ©jo-w) et mouvement forcé (3'la, (ii'laios). Le mouvement forcé est celui qui est contraire à la nature (îzapà cpùc-.v). Quant au mouvement naturel, c'est celui qui a son principe dans la ^ù^*a et par conséquent c'est le mouvement primordial (1).
La génération et ta corruption concernent, avons-nous dit, les substances elles-mêmes, ou, comme dit Aristote, le changement va de sujet à non-sujet ou inversement. Si l'on prenait cette déclaration au pied de la lettre, si l'on pensait que les limites du changement proprement dit sont vraiment deux contradictoires, il s'ensuivrait que la doctrine d'Aristote serait trop étroite pour en rendre compte, et que le problème reparaîtrait qui avait effrayé ses prédécesseurs : comment quelque chose peut il naître du néant ou s'y perdre? Mais les déclarations expresses d'Aristote établissent qu'il n'y a jamais pour lui, bien qu'il emploie ces expressions, de génération ni de corruption absolues (2) : il n'y a jamais que passage d'une forme à l'autre de la matière. Ceci, il est vrai, soulève une autre difficulté, mais moins grave. La génération et la corruption se trouvent
(1) Phys, IV, 8, 215 a, 4 : tt^wtov ^'ôv ovv, ôrt Tràda xîvi}atç ^ fia h X«T« ffXKivt, àvotyxïj ^'âv TTS^a ^ ]3t«toç, gtvai x«l tvîv xarà îpyfft» * ;& /asv yào ^éatoç Trapà yua-iv l^riv, À $t iiapù ^ûfftv xjdTioa. r^^ xarà yyiiv. Cf. V, 6, S30ff, 29-31.
(%) De Gêner, et corr. I, 3; cf. 2, dëb, : ôXwç rt êii Ttipï y£vs<7iwç x«l ^Oopâç TQç aTT^iQ; Asxreov...