LE MOUVEMENT ET LE PREMIER MOTEUR
La $u(7',xT. àxpôac7^ est destinée à exposer ce qu'il y a de fondamental aux yeux d' Aristote dans les phénomènes naturels et dans leurs causes. Or ce n'est pas par leurs détails secondaires que ces phénomènes et ces causes se rattachent à la philosophie première : c'est par ce qui constitue leur fond commun. VoUà pourquoi Aristote n attend pas d'avoir achevé la physique pour en montrer le lien avec la métaphysique. Avant de passer à l'étude spécifique des divers phénomènes naturels et de leurs causes, étude qui est l'objet du De caelo, du De generatione et corriipliane et de tous les traités qui suivent sur les choses, non vivantes et vivantes, du monde sublunaire, il s'élève, dans le dernier livre de la ^m^iA axpôacriç elle-même, non seulement jusqu'au phénomène le plus haut entre les phénomènes naturels, jusqu'au mouvement le plus parfait de tous, mais encore jusqu'à la source de ce phénomène, c'est-à-dire jusqu'à une cause dont l'action seule est na-tureUe, tandis que cette cause prise en elle-même ne 1 est plus (1). Et en effet, tout en agissant dans la nature (ce qui va de soi, car le mouvement, actualisation du mobile, est dans le mobile \Phys. III, 3 rféô.]), cette cause n'est pas dans la nature ou, autrement dit, n'est pas une nature, parce qu'elle est la forme en pleine possession d elle-même,
(1) Phys. H, 7, 198 a, 35 : ^ttral ^k ai àpx«è «^ xtvoûdoi yvffixûç, wv (i irépu. où fvcevAïi.'»
l'existence du premier moteur
■,it:
de sorte qu'il n'y a point Je matière attachée à elle et qu'elle n'est point un principe immanent (1).
Le dernier livre de la «ï^jo-'z/y) àxp6a(nç est donc déjà presque une étude de métaphysique : « La connaissance de la vérité sur ce point [c'est-à-dire non pas même encore sur la cause suprême du mouvement, mais sur l'éternité du mouvement et la manière dont il faut l'entendre] sera utile, dit Aristote, non seulement pour la science de la nature, mais encore pour l'étude dont l'objet est le premier principe » (2). Ainsi la 4>'jcr'//7, àxcoao-^ touche immédiatement à la métaphysique. Pourtant elle n'entre pas dans le domaine de la métaphysique proprement dite, et l'on aurait tort de croire que le livre VIII de la Physique fait double emploi avec le livre A de la Métaphysique . D'abord en effet la à>'jo-ixr, àxpoao-',;, comme nous le verrons, si elle établit l'existence du premier principe, n'en détermine la nature que d'une façon incomplète et même négative. Sans doute elle nous dit bien, et surtout elle suppose constamment, que le premier principe est forme et purement forme. Toutefois ce qu'elle fait ressortir, c'est l'aspect négatif de ce principe formel. Elle nous dit qu'il est sans étendue. Elle ne nous dit pas que cet être inétendu, c'est l'esprit. Seul le livre A de la Métaphysique développera cette détermination positive du premier principe. Mais il y a plus. Le dernier livre de la Physique et la Métaphysique diffèrent dans la démonstration de l'existence même du premier principe. Il s'agit sans doute dans la Métaphysique d'expliquer l'action des êtres naturels, c'est-à-dire le mouvement. Cependant ce n'est là que l'objet accessoire de la Métaphysique. Son objet principal est de rendre compte des substances mêmes, le mouvement s'expliquant ensuite par les âmes et les natures, formes immanentes des substances. Le premier principe est donc proprement, dans la Métaphy-
(i) ou 7«|9 €/£c xivÂffswç «o^À^ £v «Orp, ajoute Aristote immédiatement après les mots cités dans la note précédente.
(2) Phys. VIII, 5, 251 a, 5 : ttoô spyou yàia oj ^ôvov rpôç tàv Trgoè ^Oaccjç Biùipica iStiv tijv (BÙTÔBitav, èiklà xai npii tîqv ^xcôo^ov tàv T^tpl t^Ç
siq^ie, la cause, la raison d'être des substances et, seulement'd'une façon indirecte, la cause du mouvement. Ce qui peut masquer la différence entre le point de vue de la JuTixTi àxûoaTiç et celui de la Métaphysique, c'est la mamere dont se présente pour Aristote l'explication des substances. Les substances ne peuvent être créées; car, aux yeux d'Aristote, la création n'a aucun sens. La matière est éternelle, la forme l'est aussi, et à plus forte raison. Expliquer une substance ne peut donc plus signifier qu'une chose : c'est montrer comment telle matière prend telle forme. Mais la matière prend une forme par le mouvement et, quand il s'agit d'une forme substantielle, par la génération. Le principe qui rend compte des substances n'est donc qu'un principe moteur. Mais la démonstration de Texistence du premier moteur a déjà été donnée par la Physique et, par conséquent, il se trouve que, sur ce point, la Métaphysique trouve la tache toute faite. De fait le livre A ne fait que reprendre ou résumer la démonstration de la 4)u(r!.xr, àx^ooa^iç. Cela n'empêche pas que c'est seulement par un détour que les deux ouvrages arrivent en fin de compte a coïncider en ce qui regarde la démonstration du premier
moteur. . ,,
Telle que le présente le VHP livre de la Physique et telle que nous voudrions l'exposer, cette démonstration est longue et laborieuse. Peut-être ne sera-t-il pas inutile d en tracer d'abord le sommaire. Aristote établit en premier lieu Féternité du mouvement et réfute les objections qu'on y a faites (ch. 1 et 2). Il examine ensuite si et jusqu'à quel point les divers êtres participent à l'immobilité et au mouvement (ch. 3). Après ces préliminaires, la démonstration proprement dite commence. Les êtres naturels eux-mêmes ont besoin d'être mus par quelque chose (ch. 4). Entre le dernier mû et le premier moteur il peut y avoir des intermédiaires ; mais on doit aboutir à un premier moteur, que celui-ci se meuve lui-même ou soit immobile. Mettons qu'on aboutisse à un moteur qui se meut lui-même; un tel moteur se décompose en un mû purement mû et un moteur immobile. Ajoutons que l'existence d'un moteur immobile apparaît en outre directement comme rationnelle et neces