HYPOTHÈSES SUR LE M0UVE3IH\Ï
fait-il qu'il y ait pour certains êtres des intermittences de mouvement et de repos? . . . . n
Tout est éternellement immobile, ou tout est éternellement en mouvement, ou encore certaines choses se meuvent et d'autres sont en repos. Cette dermere hypothèse se subdivise à son tour de la façon suivante : les choses qui se meuvent éternellement, et celles qui sont en repos V sont éternellement ; ou bien il y a pour toutes des alternatives de mouvement et de repos ; ou bien enfin certaines choses sont éternellement immobiles, certaines autres éternellement en mouvement, et d'autres encore, tantôt en mouvement et tantôt en repos. Voila tous les cas quon peut concevoir. Le but et le terme de 1 étude que nous poursuivons seront atteints si nous établissons que, de tous ces cas, c'est le dernier qui se présente et doit so présenter dans la réalité (3 déb.-^ a. 32\ - La doctrine de l'immobilité universelle repose sur une erreur de iuj^ement, puisqu'elle veut substituer l'entendement aux sens dans une question qui est du domaine de ceux-ci. Ln supprimant tout mouvement elle supprime la nature entière, en crovant peut-être n'en supprimer qu'une partie ; ce n est pas Urphvsique seule qu'elle rend impossible, mais presque toutes le^; sciences et toutes les opinions; car ces deux manières de connaître supposent presque toujours le mouvement. Enfin le physicien n'est pas oblige de la réfuter ; car la phvsique part de la donnée du mouvement y2od ^r, 30./, (>\ ■ Les partisans du mouvement universel s éloignent moins de l'esprit de la physique. Mais, selon Aristote qui nous hvre, en les réfutant, des aperçus intéressants et de conséquence sur sa dynamique, ces ]»enseurs se trompent -ravement dans le raisonnement qu ils emploient pour soutenir leur thèse là où elle ne peut plus s autoriser du témoigna-e des sens. D'après les partisans du mouvement universel, lorsque les sens ne nous montrent plus de moiA^ement, il y en a encore ; et ils raisonnent comme ceux qui croient à la division infinie en acte du décroissement d'une pierre sous l'action des gouttes d'eau, ou de la fente d'une pierre par l'effet d'une racine qui se développe dans une fissure. De ce qu'une certaine quantité de gouttes d eau
a enlevé pendant tel temps telle quantité de pierre, ils infèrent que la moitié de cette quantité de pierre a été enlevée parla moitié de la quantité de gouttes d'eau. Mais il en est ici comme dans l'action de tirer à sec un navire. On ne saurait admettre, selon Aristote, qui évidemment ne distingue pas entre les résistances et la masse, que, si tel nombre d'hommes fait avancer le navire avec telle vitesse, une partie quelconque de ce nombre d'hommes le fera avancer avec une vitesse proportionnellement réduite. Il estime que, si le nombre des hommes employés est trop faible, aucune vitesse ne pourra être, en quelque hvpothèse que ce soit, imprimée au navire (1). Il faut donc^s'en tenir au témoignage des sens ôt ne pas chercher, sous un mouvement donné, une infinité de mouvements élémentaires, ni, par conséquent, vouloir remplacer l'immobifité. quand les sens la constatent, par des mouvements élémentaires insensibles. La divisibihté des sujets qui subissent le décroissement ou l'altération n'entraîne pas la division de ces opérations elles-mêmes. L'altération par exemple peut avoir lieu d'un seul coup (àfjcôa yivETa»), c'est-à-dire qu'elle peut s'attaquer simultanément à toutes les parties d'un sujet : telle la congélation. Cela posé, il est facile de réfuter la doctrine du mouvement universel. Une altération a un commencement, un milieu et un terme. On constate des repos quant à l'altération. On en constate aussi quant à la translation. Et le repos dans la translation est même nécessaire pour tous les corps qui ont atteint leur lieu naturel (253 />, 0-251 a, 3). - Puisque le mouvement universel est, en fin de com"^te, inacceptable comme I immobilité universelle, devons-nous admettre qu'il y a des choses éternellement immobiles, d'autres éternellement en mouvement, et qu'il n'y en a point qui passent par des alternatives de mouvement et de repos? Cette hypothèse est condamnée, comme les précédentes, par le témoignage
(1) Cf. Phys. Vif, 5, 250 «, 15-i9. - Le passage que nous nnalysuns est un peu conlus, parce qu'Aristote entremêle la division d'une nction dans le temps avec la division d'une force et de ses effets en l'-u'lies, et nous en avons simpliûé l'exposition.
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ments dont lexistence nous est garantie par 1 cv.den-e
r/nsble savoir la translation forcée et l'accro.ssemen
a tran l'at^n forcée, parce que celle-ci suppose avant elle
e rpôs du mobile en son lieu; Vaccroissement, parc que
a. cfoTssement résulte de la nutrition, qui unpbque 1
rtn la rforcée, puisque la nutrition t-nsporte en ha.
Z horizontalement des aliments c est-a-d. e des orps
Lurds dont le mouvement naturel est ve^ le bas Lnfm
'"i^î^ rrprn:ir;vr S ïSotii
■nlnt -irve Uèfre ce qui n'était pas et passer au C rTcf qlétaU Lsi il n^y aurait rien qui commen- ^rrqui cLudètre. Si l^, Ses 1^=1^1 \ rr^t-^aTt^r'l'eUrp'rs^nte^ uneTnération ou une corruption P^^^-»-;^ " ^jl^tn.
ruEa£n\: tôt': les hyp^hèses pos.hlesX^^^ no^s nermet daiouter, en passant, contre 1 hypothèse de l im Eu é universelle, que reconnaître - mouve.^ nt 1 itrP de Dhénomène imaginaire et d objet d une opmujn feu se c£ avouer qu'il existe effectivement pu.squ nmSnat'on et lopinion sont des mouvements (l). Nou venons en outre qu'il ne nous reste plus qu'une hypoth.c !^inpr à savoir que toutes les choses sans exception ;:ra;::; paVdï altLnatives de mouvement et de rep<.. Désormais notre recherche tendra a établir que si certa nés choses sont tantôt en mouvemen et tantôt en re^o. L n'est pas là le sort commun de toutes choses et qu .1 )
(1) Cf. /)e an. lU. 3. 428 6, 10 sqq. : ... * »'>?—« """'^ "'
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DÉMOxNSTRATlON DU 'PREMIER MOTEUR
a aussi des choses toujours en mouvement et des choses toujours en repos, ou plutôt toujours immobiles (1) (254 a, 15 à la fin du chap.).
Jusqu'ici Aristote n'a fait que poser les préliminaires de la démonstration du premier moteur. A présent il va entamer cette démonstration proprement dite. Le premier point qu'il va établir, c'est que toute chose mue l'est par quelque chose, c'est-à-dire qu'il faut distinguer, de quelque façon que la distinction doive se préciser plus tard, entre le moteur et le mû. Laissant de côté les choses mues par accident, considérons les choses qui sont réellement le sujet d'un mouvement. Ces choses peuvent se diviser, d'une part, en choses mues par elles-mêmes et choses mues par autre chose ; d'autre part, en choses mues par nature et choses mues d un mouvement forcé ou contraire à la nature. — Mais il est à la fois urgent et délicat d'établir des rapports exacts entre ces deux classifications. Dire qu'une cKose est mue par elle-même et qu'elle est mue par nature, cela semble ne faire qu'un, puisque la nature est un principe interne de mouvement. A leur tour, les choses qui sont mues par autre chose coïncident aisément avec les choses mues contre nature, puisque le moteur qui meut un mobile contrairement à la nature de ce mobile est, par définition, extérieur à lui. Cependant tout ce qui est mû par nature n'est pas mû par soi. Sans doute tout ce qui est mû par soi (jcp' £7.j70'j) est mû par nature. Ainsi, bien que parfois certaines parties des animaux soient mues contrairement à la nature, comme lorsque des parties terreuses de l'animal sont portées vers le haut au moyen
(i) uà/Aov Os oL'AVJTi-v. Èizu v.ii, d'il Théniislius, dans sa paraphrase de la P/if/s. 420, 17 8p. Il est hautement prohahle que c'est pai* négligence qu'Arislote a écril ici (254 /;, 3) : t« S'r,oi-j.ù-j kii. Au début du ch. (253a, 29), il avait écrit : rà /zkv «et... à/.îvïjra coat. Au surplus tout l'enseinble du livre VIII nous oblige à croire qu'il s'agit dans sa pensée du moteur immobile, et non pas de la terre, toujours en repos au centre du monde. Car quel intérêt majeur y aurait-il à appeler si fortement l'attention sur elle? Le repos de la terre ne joue aucun rôle dans la démonstration du principe premier du mouvement. Le rôle le plus inférieur est joué par la sphère de la lune, représentant le mû qui ne meut plus rien.
DÉMONSTRATION DU PREMIER MOTEUR
d'un saut, ou lorsque des organes sont détournés de leur position OU de leur fonction normales, le& mains par exemple étant employées à marcher, il faut dire que, dans son tout, l'animal se meut conformément à la nature ot par nature. Mais, si tout ce qui est mû par soi est mû par nature, la réciproque n'est pas vraie. Car être mû par soi c'est encore bien autre chose que d'être mû par nature. Être mû par soi cela n'appartient qu'aux êtres animés et implique Téi^ale possibilité de continuer de se mouvoir ot de s'arrêter. Or ce mouvement, qu'Aristote aurait pu qualifier de libre pour en faire ressortir le caractère distinctif, ce mouvement libre n'appartient pas aux êtres naturels, mais inanimés. 11 faut donc, en défmitive, classer les êtres quant au mouvement en êtres mus par nature et en même temps par soi, êtres mus par nature sans être mus par soi, susceptibles \n\v conséquent d'être mus en quelque façon par autre chose, et enfin êtres mus contrairement à ia nature et, dès lors, par autre chose. •C'est dans la dernière classe qu'apparaît le plus irréfra-ablement cette vérité qu'un être mû est mû par quelque chose. Mais la même vérité ressort encore assez bien de la considération des êtres qui se meuvent par soi dans toute la force du terme. Car ce qui les meut a beau être dans eux, on n'est cependant pas tenté de le confondre avec ce qui est mû : lame se présente tout de suite comme f analogue du matelot qui meut le navire. On ne rencontre l'obscurité et fincertitude que quand on arrive aux êtres mus par nature sans être mus par soi : il est difticile de voir comment ceux-là sont mus par quelque chose l r/éh.-^lVà a, 2: cl. 255 a, 5-11). — Le mouvement de ces êtres n'est pas un mouvement forcé ; et cependant on ne peut leur attribuer le mouvement libre, ni même discerner d'aucune façon, dans leur essence d'êtres continus et homogènes (c-jvsys^ t-- xr. <7j;jL'i'j£ç), im agent qui meut et un patient qui est mû. Toutefois il y a une solution à la difficulté. Elle est fournie par la distinction de divers degrés dans l'acte ou dans la puissance. Celui qui apprend et celui qui possède la science sans se livrer présentement à la spéculation sont tous les deux en puissance par rapporta la science. Seule la science
qui s'exerce est pleinement actuelle. Pourtant celui qui possède la science sans ajouter l'usage à fhabitude n'est plus en puissance, par rapport à la science, dans le même sens que celui qui apprend. Il a déjà un premier degré d'actualité. La science est en lui, et, si rien ne fen empêche, si par exemple la volonté ne l'arrête pas, cette science passera à facte plein de la spéculation. En somme il y a trois degrés dans réchelle de la puissance et de l'acte. On peut donc distinguer trois degrés dans l'existence d'un corps simple. Il y a par exemple le feu existant en puissance dans fair : il est au feu réalisé comme celui qui apprend est à la science. Il y a ensuite le feu réalisé, à qui il manque encore d'être dans son lieu propre : à ce degré, le feu est comparable à la science en habitude ; il se rendra en son lieu propre, si rien ne l'en empêche. Il y a enfin le feu en train de brûler dans son lieu propre. Mais, s'il en est ainsi, on peut dire qu'un corps naturel comporte doublement d'être mû par quelque chose. Le feu est mû d'abord par l'agent qui l'actualise ; il est mû ensuite, s'il y a lieu, par la cause qui supprime fobstacle par lequel il était empêché de gagner son lieu propre ; car renverser la colonne qui soutient un corps grave ou enlever la pierre qui maintient sous l'eau une outre gonflée, c'est bien encore mouvoir le grave ou le -léger. Et, quant au mouvement propre du corps simple, celui par lequel ce corps, devenu lui-même, va se placer en son lieu, ce mouvement, qui nous intéresse ici particulièrement, n'est que la suite de celui par lequel fagent initial fait apparaître, par exemple dans le feu en ])uissance, c'est-à-dire dans l'air, la forme ou habitude du feu. Le mouvement naturel des éléments a donc son moteur, et même son moteur externe. Ainsi la proposition est vraie sans exception, que tout ce qui est mû est mû par quelque chose (225 a, 2 à la fin du chap.).
Quelle conclusion faut-il tirer de cette proposition relativement à la condition et à la manière d'être du moteur? C'est ce qu'il s'agit maintenant de rechercher. Que tout soit mû par quelque chose, cela comporte deux sens. On peut entendre, ou q'ue le mû reçoit immédiatement l'action du moteur, ou qu'il la reçoit par fintermédiaire d'un moteur-
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DÉMONSTRATION DU PREMIER MOTEUR
mû, ou de plusieurs moteurs-mus. Soit la seconde hypothèse : une pierre est mue par un levier, le levier par la main, la main par l'homme. Comme il faut que la série des intermédiaires soit finie, on arrive à un moteur premier, ou qui meut directement. Si celui-ci est mû par quelque chose, il faut que ce soit par lui-même (o r/^'/;.-2oG a, 21). Supposé que Ton renverse en quelque sorte la procédure précédente et que, au lieu de remonter du mû au moteur, on essaye de partir du moteur pour aboutir au mû, on voit bien encore que Ton ne peut aboutir, si la série des intermédiaires n est pas finie, qu il est nécessaire de s'arnUer et que, par conséquent, le moteur d'où on est parti est bien uu moteur premier (256 a, 2Ub, 3). — Un nouvel argument Ta nous conduire à la même conclusion. Supposons que toute chose nme le soit par un moteur-mû. De deux choses l'une : ou bien ce moteur-mù est mû par accident, ou bien il est nécessaire qu'il soit en mouvement, encore que son mouvement soit emprunté. Dans le premier cas, la supposition que le moteur-mû ne serait pas en mouvement peut être fausse et condamnée par les faits; pourtant elle reste possible (cf. De caelo I, 12, 281 b, 2 sqq.) ; par suite, il serait possible aussi que le mouvement ne fût pas; or' nous savons que le mouvement est nécessaire (2oG b, 3-13). Dans le second cas, on se heurte à des difficultés non moins graves. Sans doute, si le moteur-mû est nécessairement en mouvement bien que son mouvement soit emprunté, le mouvement nécessaire du monde ne reçoit aucune atteinte. Mais quel mouvement possède le moteurmû? Est-ce celui qu'il communique ? Ce serait concevable si les moteurs-mus recevaient eux-mêmes le mouvement en question d'un moteur d'un autre ordre. Mais l'hypothèse est précisément qu'il n y a que des moteurs-mus. Si donc le moteur-mû est mû lui-même du mouvement qu'il communique, autant dire que ce qui enseigne la géométrie l'apprend en même temps. La forme à transmettre n'est possédée nulle part. Dira-t-on que le moteur-mû est niû d'un autre mouvement que celui qu'il communique ; qu'il imprime une translation par exemple, et que lui-même, pendant ce temps, n'est pas transporté, qu'il est altéré ;
que le moteur-mû qui l'altère subit à son tour l'accroissemenl, et non l'altération? Comme les espèces de mouvement sont en nombre fini et que force est bien de s'arrêter, il y aura dans la série des moteurs-mus un moteur altère, en même temps que le dernier d'entre eux jouera le rôle d altérant. La contradiction, un instant éloignée, reparaît. L'absurdité de la doctrine selon laquelle tout moteur est mû se manifeste d'ailleurs plus clairement encore de la façon suivante. Si tout ce qui est susceptible de mouvoir est susceptible d'être mû, il faudra que, soit directement soit indirectement, tout ce qui est capable de guérir soit -uéri, tout ce qui est capable de bâtir, bàti. Donc il est Tmpossible qu'il n'y ait que des moteurs-mus, c'est-a-dire des moteurs intermédiaires. Il faut qu'il y ait un moteur immobile, ou, si le premier moteur est «^^ il faut du moins qu'il ne soit mû que par Im-même (2o() ^^^■^J-^''^^ a Ti\. — Accommodons-nous de la dernière hypothèse, et voyons comment se meut un moteur qui se meut lui-même. Tout mobile est continu et divisible ; un moteur-mÛ peut donc se diviser ; or, sous peine d'être mû du même mouvement que celui qu'il donne, il faut qu'il se divise en une partie mue et une partie motrice. D'ailleurs, comme moteur, il est en possession d'une forme ; il ne peut donc pas être en même temps mobile, c'est-à-dire prive de la forme dont il s'agit et seulement capable de la recevoir. Donc il faut distinguer dans le moteur qui se meut luimême ce qui meut et ce qui est mû. Dira-t-on que les parties du moteur qui se meut lui-même sont toutes mues et motrices à la fois, parce qu'elles se meuvent rcM^.proquement ? Mais alors le mouvement et la forme n ont plus d'où partir. D'ailleurs, si chaque partie na pas do soi, mais tire de l'autre, le mouvement, alors le mouvement est en chacune d'elles accidentel, c'est-à-dire que le mouvement pourrait ne pas exister. Enfin chacune des parties recevrait de l'autre le même mouvement qu elle lui donne. Quant à prétendre que c'est seulement une partie du moteur qui se meut elle-même, cela n'avance à rien, pmsque cette partie devient le moteur se mouvant Im-meme et que les mêmes difficultés renaissent à son sujet. Donc le
moteur qui se meut lui-même ne reçoit de lui-même sou mouvement que par accident. Il se meut lui-même en tant que le mobile est chez lui considéré comme indistinct du moteur. i\Iais en réalité il contient imc partie mue et une partie motrice immobile (257 a 27-258 a, \\). — On arrive à la même conclusion en considérant quels éléments il faut pour constituer une chose se mouvant elle-même. Rlle peut renfermer une partie F, susceptible d'être retranchée parce que <*ette partie était purement mue. Le reste AB est encore une chose se mouvant elle même. Si la partie A est telle qu'on ne puisse la supprimer sans supprimer le mouvement, A était donc un moteur inmiobile, et B, un pur mobile. Il n'y avait point unité entre ces deux parties, elles ne faisaient que se toucher, ou du moins le moteur touchait le mobile i\). Si l'on peut retrancher quehiue chose de A et de B sans empêcher le mouvement do subsister dans les parties restantes et contigurs d"A et de 15, les touts A et B n'en étaient pas moins en acte, et, avant que la division changeât la nature des fragments enlevés, les parties inté- <^rantes du moteur qui se meut lui-même. D'ailleurs, si Ton veut diie que le tout AB n'est pas immédiatement un moteur qui se meut lui-même et qu'il n'est cela que par la présence en lui d'une partie de A et dune partie de B, le^ moteur se mouvant soi-même, ainsi déi:ai>é, reste toujours composé d'un moteur immobile et d'un mù (258 a, 5-/>, î). Il est donc évident que le moteur premier est immobile, soit qu'on arrive directement à ce moteur immobile, soit qu'on le dégage par analyse du moteur se mouvant luimême. — Cette conclusion est de nature à satisfaire la raison. Car voici une considération particulièrement frappante d'où résulte directement l'existence d'un moteur immobile. Nous constatons l'existence de moteurs-mus et d'un mû qui ne meut plus rien ; il est donc rationnel, pour ne pas dire nécessaire, qu'il existe un moteur immobile. Ce que le mù purement mù est au moteur-mù, le moteur-mû doit lêtre au moteur immobile. Anaxagore a eu le senti-
(1) L'agent doit toujours tous^hcr le patient ; mais la réciproque n'est pas vraie, De gen. et corr. I. (>, 323 a, lîl-33.
DÉMONSTRATION DL PREMIER MOTEUR
ment de cette vérité quand il a voulu que l'esprit, qui est chez lui le moteur, fût impassible et sans mélange (2o6 h,
L'étude de la proposition que tout ce qui est mu lest par quelque chose nous a conduits à reconnaître que le mouvement ne s'expliquerait pas sans un moteur mimobile. Mais le mouvement est éternel. Il faut donc, pour l'expliquer, un moteur immobile éternel. Sans doute û peut y avoir des moteurs immobiles qui ne soient pas éternels Car ces moteurs, tout en ayant une existence bornée dans le temps, peuvent, puisque ce sont des formes, naître et périr autrement que par génération et corruption, c està-dire sans changement ni mouvement. Il ne s agit donc pas de réclamer l'éternité pour tous les moteurs immobiles Mais il est impossil)le que tous les moteurs immobiles soient sujets à commencer et à finir. Car l apparition et la disparition perpétuelles de ces moteurs, et aussi la perpétuité de la génération et de la corruption des corps auxquels ils son^liés, doivent recevoir une explication. Or m l'un quelconque des moteurs immobiles transitoires, m leur ensemble, qui est successif et discontinu, ne peuvent fournir l'explication requise, il faut donc au moins un moteur immobile éternel, qui enveloppe cette inimité de moteurs immobiles transitoires. Et même, s'il y a plusieurs mouvements éternels, il faudra autant de moteurs éternels une de mouvements éternels. H en faudra, de préférence, un nombre fini, ou un seul. Or un seul sufiit, qui sera e principe du mouvement des autres. Ce moteur immobile
(1) <;e i,ass,-..'o in.,.oHant. c|ul ;i «'s analogues .lans la )/«««/>/(. A, 7 Im a. 2f-20 et le /V a„ . lU. 1 ', 133 0, i;!-15 ,1. /cller, p. .S..9 él ,3) .e trouve placé .lans la l'/u/^m. enli-e la première et la
ende partie ,U,u irgu.nent destin, à prouver rex.stenee du moteur ,e mouvant lui-même, et, d'autre p^i-1, la transition par aquc le e nass 4 déhutc ne peut pas être eoilidérce comme se releraul aux mo s qui précédent dans le texte. On semble doue 1res au tonse a uî reTex mple de plusieurs commentateurs, et notan.menl de Ihemistius (i26,'l0; J9, 4 Sp.), qui, malg.^ '.«P.^l^iXltc^rX? transposent ce passage après la lin du ch. 5. Cf. Simpl.ems, f/iys. 122i, 26 Diels {Sc/iol. 433 b. 30).
éternel, à la différence des autres moteurs immobiles ne sera pas même mû par accident, à la manière d'une ame (6 cléô.''26^ a, 13). — Une seconde preuve de Téternité du moteur immobile se tire de la nature même du mouvement éternel. Nous avons établi que le mouvement est éternel. Mais, pour rtre éternel, il faut qu'un mouvement soit continu ; pour être continu, il fa.ut qu'il soit un, et non pas une suite de plusieurs mouvements ; pour être un, il faut qu'un mouvement porte sur un mobile unique, et, de plus, provienne d'un seul et même moteur; car un mouvement provenant d'une série de moteurs qui se succèdent n'est pas un. Dans ces conditions, l'éternité du mouvement entraine celle d'un moteur immobile (259 a, 13-20). — Enfin l'existence éternelle d'un moteur immobile résulte encore de la manière d'être des autres moteurs immobiles. Ce que nous avons entrepris de prouver, ce n'est pas qu'il y a des principes de mouvement et de repos ; car l'existence évidente d'êtres qui sont tantôt en mouvement et tantôt en repos implique incontestablement l'existence de tels moteurs. Nous voulons établir qu'il y a un moteur aussi éternel qu'immobile et un mobile éternellement en mouvement. Pour y arriver, nous avons montré que, toute chose mue l'étant par quelque chose, il doit y avoir des moteurs immobiles, ou au moins, pour commencer, des moteurs se mouvant eux-mêmes. Or les êtres animés sont évidemment des moteurs se mouvant eux-mêmes, et, par conséquent, c'est chez eux qu'on est tenté de chercher d'abord les moteurs immobiles enveloppés dans l'existence des moteurs se mouvant eux-mêmes. iMais le moteur immobile des êtres animés, celui qui leur donne le mouvement qui dépend d'eux-mêmes, Tame en un mot, ne meut que du seul mouvement local, et ce mouvement, il ne le leur donne que pendant des durées limitées et par accès. Si bien que c'est même le spectacle du mouvement local des animaux qui a suggéré l'opinion fausse que le mouvement peut commencer absolument et de rien. Sans doute il y a bien dans les animaux un mouvement continu et qui est la condition profonde de leur mouvement local. Mais ce mouvement, dû aux aliments et à d'autres agents, ne pro-
DÉMONSTRATION DU PREMIER MOTEUR
vient pas du moteur immobile de l'animal; ^l F^v^ent au contraire du dehors. De plus le moteur mimobile de 1 ammatou l'âme, est mû en quelque façon maigre son immo- Sté II est mû par accident. L'àme se fait changer de Zn accidentellement en déplaçant son corps comn^ un homme pourrait se déplacer avec un levier. Il en résulte qu^l" me, se trouvant transportée dans une certaine région du lieu, mouvra désormais pour faire sortir le corps de cette région et le faire passer dans une autre. En un mot e mouvement qu'elle imprimera sera conditionne par le lieu où elle s'elt accidentellement transportée. Mais un el mouvement ne saurait être continu m P-^-^^un éternel. Pour produire un "--.^-^."^^^f^X^'^^^^^^^ moteur qui reste toujours en soi-même et dans le même Heu C'eit seulement avec un tel moteur, restant toujours dans le même rapport à l'égard de son mobile, qu il peu . y avoir un mouvement immortel et sans pauses. Sans doute si ce moteur, par l'intermédiaire de son mobile toile ransmet son mouvement à des mobiles ayant lux^mêm^^^^ moteurs immobiles, ces derniers moteurs sero^tmis par accident. Toutefois leur condition ne sera pas pareille l celle de l'Ame, parce que le mouvement reçu Knêchera pas leur mouvement propre de rester ce qu il Lt ce Sdi^re continu et éternel. On voit donc que 1 ame des animaux ne peut pas être le moteur immobile dont on a besZ pour ex^liqul réternité du mou..^^^^^^^^ qu^l y faut un nioteur immobile éternel (259 a 20-6 31). - A ce moteur immobile éternel doit obéir immédiatement un mobile éternel, par l'intermédiaire duquel le reste soit mu. Fn effet i Ta âe la génération et de la corruption dans une Lr^^^^^^^ Or elles ne peuvent être produites direc-
fement par le moteur immobile, attendu que etan uiours le même par rapport aux choses, il ne saurait leur mprimer qu'un mouvement unique. Le premier mobile a7contrai?e, ne conserve pas toujours le même rapport :^ZlTc^oses, puisqu'il est mû. Il .Pe^^t do^^^^^^^ un autre mobile d'un mouvemen qui ,^àmeUe à^^^ chan -ements de position dans le mobile qui est le sujet de ce Cutelnt^e second mobile, passant par des positions