LE MONDE
Après avoir achevé la théorie générale du mouvement et de ses causes prochaines, après avoir rattaché cette théorie à la philosophie première, Aristote passe à l'étude détaillée des êtres naturels. Cette étude se divise en trois parties : l'étude du ciel, qui vient d'abord, est suivie de celle des êtres générables et corruptibles. Mais celle-ci comporte deux subdivisions : l'une est consacrée aux choses qui ne vivent pas, l'autre a pour objet les vivants. L'étude des êtres vivants commence par celle de Tàme, et c'est seulement après le Ilepl ']^uyfjÇ que viennent les traités de biologie proprement dite. A cette différence près qu'Aristote donne place dans ce livre à des recherches plus spécialisées que celles dont se compose sa théorie générale du mouvement, le fl. ^uyviç joue dans l'étude des êtres vivants un rôle parfaitement analogue à celui de la ^jo-ixti àxpoao-u dans l'étude des êtres naturels en général. 11 s'agit en effet, dans le II. ^\iyr\<;^ d'indiquer les principes des activités vitales de chaque degré, et, par le moyen d'une activité supérieure qui s'ajoute aux autres activités vitales comme leur couronnement, de rattacher la théorie des êtres vivants à la métaphysique. Car, de même qu'il y a une cause motrice qui, tout en produisant des effets naturels, n'est plus naturelle, de même il y a une âme qui n'appartient plus à la nature. Pour suivre exactement le plan d' Aristote, nous devrions donc exposer la théorie de Tâme avant de nous occuper de la biologie. Toutefois il n'y aura sans doute nul
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LE MONDE SmÉBAL
inconvénient, après avoir reconnu ce qui y a d artificiel dans cette manière de procéder, à réunir 1 étude des êtres vivants avec celle des êtres inorganiques, pour passer ensuite seulement à l'étude de l'âme. Aussi bien sommesnous obligés de nous contenter d'indications rapides relativement aux vues d'Aristote sur ces deux classes d êtres, de même d'ailleurs qu'en ce qui concerne la théorie du
Âristote divise le monde en deux régions d^négale étendue et d'inégale excellence. Sur la terre et autour de a terre se passent la génération et la corruption L est la l'endroit qu'on a appelé, après Aristote, le monde sublunaire et que lui-même désigne par les mots xaTo> cjsMvyi^ (Meteor, I, 4, fin). Au-dessus de la lune, avco xai py^pi U.'/vYç (ibid. 3, 340 h, 6), s'étend une région immensément plus vaste, où les phénomènes présentent une tout autre ré-ularité et où les vicissitudes de la génération et de la corruption n'existent pas (1). Nous nous occuperons d abord
de ce monde sidéral. .
I e premier point qui doive appeler Tattention est celm de savoir quelle est la nature substantielle des êtres de ce monde supra-lunaire. La question est d'ailleurs pour Aristote autrement compliquée qu'elle ne Test pour un moderne.
En effet les -substances sensibles éternelles ne sont pa^ seulement des corps : ce sont des êtres animés. Nous avons donc à nous demander, d'une part, quel est le corps dont ces substances sont faites, et ce qu il faut penser de 1 ame ■ qui les informe. —Pour déterminer l'essence du corps dont les astres sont faits et même, plus généralement, pour déterminer l'essence des éléments dont toutes choses sont faites, Aristote, dans les chapitres 2 et 3 du livre I du De caelo, procède d'une manière entièrement déductive. La nature, dit-il, est un principe interne de mouvement, et tous les corps naturels sont mobiles. D'autre part, il ne peut manquer d'y avoir correspondance entre les mouvements simples et les corps simples : un corps simple dmt se mouvoir d'un mouvement simple et, inversement, un
(4) Voir Zcllcr, p. 466 et n. 2, où des textes sont ciiés.
mouvement simple requiert un corps simple. On peut \ donc partir de la considération des mouvements pour déterminer le nombre et l'essence des corps simples. Or il n'y a que doux sortes de mouvements simples : le circulaire et le rectiligne. Gomme le mouvement circulaire est le plus parfait des mouvements, il doit donc servir à définir le plus parfait des corps simples. Par conséquent, les astres sont faits d'un élément que sa nature menj du mouvement circulaire (1). Cet élément, dont le mouvement, en même temps que circulaire, est éternel, s'appelle réther(2). De même que la translation circulaire n'admet en elle aucune contrariété, de mêmel'éther n'a pasde contraire. Déjà exempt de génération et de corruption parce qu'il doit être le sujet d'un mouvement éternel, il l'est encore comme n'ayant pas de contraire ; car la génération suppose, au moins par l'altération quelle implique, le passage d'un contraire à l'autre. Toujours au même titre, l'éCher est non seulement inaltérable, mais aussi soustrait à l'accroissement et au décroissement {ibid. 270 a, 13). Bref Téther n'admet pas d'autre changement ni mouvement que la translation circulaire, à laquelle il est destiné à servir de sujet adéquat. C'est pourquoi il mérite d'être appelé divin (3). — Cela, bien entenciu, ne signifie nullement que l'éther soit en luimême autre chose qu'un corps et qu'il recèle des puissances supérieures à celles qui peuvent appartenir à un corps. Nous venons de voir qu'il a une nature. Plus parfaite que celle des autres éléments, cette nature est pourtant du même ordre, et elle n'est pas motrice à un autre titre que les natures des corps graves et des corps légers. Mais l'éther n'est que la matière des êtres sidéraux. Nous som-
(1) De caelo I, 2, 269 a, 5 : ... K^jctyy.-Aîo'j shai n ao^ua â;rAûuv ô ■néfifxî (fépsdbui Tvîv xû>t/&> xîvvjfftv xarà tvîv ékjzotj [«uroi/ PraDll] ovciv. Voir ibid. 268 b, 13-19, 26-269 «, 9 ; 269 ô, 2-6 ; 3, 270 b, 26, jusqu'à la fin du chap.
(2) KtBinp, dont Tétymologie serait, d'après Aristote, v.ù bfvj (courir toujours) et non pas ai'ÔÊiv (brûler), car l'éther n'a rien de commun avec le feu ; cf. ibid. 3, 270 a, 4-25. Voir Zeller, p. 437, n. 5 et 6.
(3) Meteor. I, 3, 339 b, 25 : ro yào «si o-w/za Oiov aaa Qêtov rt tjsv