LES OUVRAGES DE MÉTAPHYSIQUE
Nous passons aux traités consacrés* à la métaphysique .Nous n'avons pas à revenir sur deux écrits de la| jeunesse d'Aristote, le llepl oùsxrofia/; et le llepl eoyrjç. Nos trois catalogues citent des opio-poî ou opoi ; mais nous n'avons pas à leur sujet d'autres renseignements. Us mentionnent aussi, et Ptolémée avec quelques détails, des 8iaipé<xeiç, qu'il ne faut pas confondre avec les 8uupé<rsi<; dont il a été question plus haut (cf. p. 22); mais rien ne confirme leur autorité. Sans doute, Aristote lui-même parle d'un ouvrage ou morceau d'ouvrage analogue, l'ÈxÀoyTj xwv èvavxûov (1). Mais Alexandre ne savait déjà plus (2) si les mots sxao-'Tj twv Evavutov désignaient un ouvrage particulier, ou un chapitre du traité du Bien. En somme, la métaphysique n'est représentée dans notre collection et ne l'a peut-être jamais ruère été que par un seul traité, celui que nous nommons précisément la Métaphysique. L'ouvrage s'appelle dans le De motn animalium (6,700 b, 9) : —cl ta,; TCptonrjççiXoaro^pva^, et un grand nomhre de textes d'Aristote rendent vraisemblable que c'est là le titre qu'il voulait lui donner (3). Le titre de [j.i-'y. xh tpu<nxà qu'on trouve pour la première fois sous la plume de Nicolas de Damas, d'après un scholie de la Métaphysique de Théophraste, doit remonter à Andronicus, car Nicolas est son jeune contemporain. Ce titre, devenu tout de suite usuel, dérive de l'arrangement matériel des écrits par Andronicus, comme le dit bien Alexandre, et non, comme le voudrait Simplicius, de considérations internes (4). — Parmi nos auteurs de catalogues, Ptolémée cite ta Métaphysique, avec treize livres, suivant la compilation grecque ; l'anonyme la mentionne deux fois (nos 111 et loi) ; il est bien connu que, au contraire, Diogène l'ignore entièrement. Aristote en parle souvent comme d'un ouvrage futur; peut-être même l'a-t-il citée sans indication de titre dans la Physique (1, 8, 191 bt 29; voy. Bonitz, Ind. 103 //,
(1) Metaph., r. 2, 1004 a, i : cf. I, 3, 1054 fl, 30 : îs rfl iuupiau tûw Èvecvr/<uv .
(2) Zeller, p. <ii. n. 1.
(i) Alex. Metaph., 110, c», Ha/duck {127, 21, Bonitz); Simpl. Phys., 1, 17, éd. II. Diels (Comm. gr.,vo\, IX).
Aristote 3
30). Au reste l'authenticité des principaux morceaux est manifeste, et elle résulterait encore des citations qui en sont faites par Théophraste et Eudème.
La question de savoir comment le texte de l'ouvrage s'est constitué a été résolue par Brandis et Bonitz. — Le corps de l'ouvrage est constitué par les livres A, B, r, E, Z, H, ©. — Le livre I (iota) est une reprise et une suite de questions traitées dans les livres précédents, mais assez mal soudée au reste. — Des deux moitiés de K, la première répète B. T, E ; la seconde, depuis le chapitre 8, est une compilation inauthentique de la Physique. — Le cas du livre A est particulièrement intéressant. Selon Bouitz, il faudrait y voir un écrit isolé dans lequel Aristote aurait exprimé, en la rattachant étroitement par les chapitres 1-5 à ses enseignements sur la physique, une partie importante de sa métaphysique, la théorie du premier moteur. Mais tout d'abord, s'il est malaisé d'indiquer dans le livre A des références précises aux autres livres de la Métaphysique, encore faut-il reconnaître, comme l'avait très justement noté Brandis, que la discussion contenue dans le ch. 4 de ce livre a du rapport avec certaines des questions posées dans le livre B, et notamment avec celle, qui ouvre le ch. 3, de savoir si l'on peut admettre que les genres soient erot^ew xal ip^at. De plus, le livre A ne paraît pas avoir le caractère physique que lui prête Bonitz. Il y a en effet dans Aristote une démonstration physique du premier moteur, mais c'est le livre VIII de la Physique qui la donne. Au contraire, ce qui est traité dans A, ce n'est pas exclusivement, tant s'en faut, la démonstration du premier moteur ; c'est bien plutôt la nature de l'être en tant qu'être et spécialement la nature de Dieu. Or le vrai nom de la philosophie première est, comme on le verra (p. 82), théologie. On peut donc soutenir que le livre A traite, et traite seul, le sujet propre et véritable qu' Aristote s'est proposé dans la Métaphysique. Fût-il d'ailleurs une dissertation séparée, il faudrait toujours reconnaître que le premier éditeur de la Métaphysique ne pouvait se dispenser de le faire entrer dans le corps de l'ouvrage. A vrai dire, le livre A, comme on l'a vu, contient deux parties, dont la liaison est rendue manifeste par