XVTURE DE LA LOGIQUE
Ib-riv (1), puisque tout cela suppose, et même comme à demi dégagée, une certaine notion de la science. Avec Socrate et Platon, pendant que d'autre part la géométrie achève de se constituer, les réflexions de la pensée sur elle-même s'accroissent tout à coup prodigieusement en importance et en nombre. Il s'en faut de peu qu'elles se réunissent chez Platon en un corps de doctrine. Toutefois ce n'est pas lui, c'est Aristote qui opère avec pleine conscience l'abstraction du procédé hors de ses applications et qui réduit définitivement en un sj^stème les réflexions abstraites rassemblées. Aristote lui-même s'est rendu compte et de ce qu'il devait en la matière, à ses prédéces seurs, ou du moins à Socrate, et de son originalité comme créateur de la logique. Les deux textes auxquels il faut se référer à ce propos parlent de la dialectique plutôt que de la logique en général, et cela est vrai, semble-t-il, même du second, par lequel se termine VOrganon. Mais on comprendra plus tard, quand on saura comment Aristote définit la dialectique, que c'est précisément dans celte partie de la logique qu'on voit le mieux à quel degré d'abstraction il a dû s'élever pour dégager les lois du raisonnement. Le premier texte est au chap. 4 du livre M de la Métaphysique, 1078 b, 25-27 :2) : Socrate ne sait pas encore séparer le syllogisme d'avec l'essence dont le syllogisme part ni se rendre compte qu'on bâtirait aussi bien un syllogisme en partant d'une essence fictive opposée à l'essence réelle, et que ce syllogisme conclurait aussi légitimement que l'autre, bien que d'une manière opposée. L'autre texte, De sophisticis elenchû, 34, 184 a, 8-b 3, n'est pas moins net (3). Aristote se reconnaît, et c'est à juste titre, comme le fondateur de la logique.
(I) Vorsokr. fr. S, v. ib sq. (v. 70, Karslen) : ... r, Jg xpfatc nspt
(i) A la suite du texte cité p. 79, n. 1: J/a>«XTix^ yùp ter;çùî o-J-m tôt' flv, uorn SàvaaQcti xcù ;/wpi? toû tî îoti rênicnrrfa J~t7xon;tv, xai twv HavTÎwv il o a.jz/1 îniT-rrxri.
(3) Kcù nepi aïv rùyj pr.roov/.'.Vj i>r.r,ctyj. iro/Aà xai ira).suà Ta Ifyâptva, nipi S'î To-j avX).o~(iÇEr7Qca 7ravTt^*>ç ojosj û%otm npôrapw iYio Xfattv, à^).' y rpiëy Çqroûvrc; 7r<Aùv xj>6vov nrovoûftrv. On peut, il est vrai, connue
Quelle conception s'est-il faite de cette science qu'il a fondée ? Nous dirons tout à l'heure qu'il y a de l'empirisme dans la logique d'Aristote, et comment en eût-il été autrement dans une science qui débutait? Mais il ne résulte aucunement de là qu'Aristote ait conçu la logique comme un prolongement de la psychologie. Un disciple des Sophistes aurait pu entreprendre de décrire, par exemple, la succession des états d'esprit par lesquels passe un géomètre qui établit un théorème. Mais rien n'est et ne devait être plus loin des intentions d'Aristote, disciple de Socrate et de Platon. Il conçoit l'objet de la science comme étant le nécessaire, et la logique comme faisant connaître les procédés nécessaires de cette pensée du nécessaire. Reste seulement à savoir en quoi consistent ces procédés nécessaires, dont la logique entreprend l'étude théorique ou enseigne le maniement pratique.
La manière la plus simple de donner à la logique un objet nécessaire, c'est de la considérer comme formelle. Et l'on a dit effectivement qu'Aristote est un des partisans de la logique formelle. Si l'on sait prendre avec quelque rigueur cette notion d'une logique formelle, elle doit s'interpréter, semble-t-il, dans le sens adopté par Hamilton. Dire que la logique est formelle, cela veut dire qu'elle est la science de l'accord de la pensée avec elle-même, ou de la conséquence. La pensée apporterait avec elle la loi de non-contradiction, et, sans s'inquiéter du contenu quelconque des notions et des propositions, elle les transformerait sans autre souci que de ne pas se contredire ; la logique serait la science des lois de ces transformations, toutes lois dérivées de celle de non-contradiction. Cette manière de voir est étrangère à Aristote. Il n'a aucunement l'idée d'une loi de non-contradiction qui flotterait au-dessus des choses. La loi de non- contradiction est pour lui une nécessité, non de la pensée, mais des essences mêmes,
nous l'avons indiqué tout à l'heure, croire avec Thurot (op. cit. App. 1 : Aristote s'est il désigné comme l'auteur de la théorie du syllogisme ? p. 195-197) que ce texte se rapporte ;'i la dialectique plutôt qu'à la logique.
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un principe qui est à l'œuvre dans les choses. On doit même ajouter que ce principe n'est pas, au fond, une généralité qui, dans le monde des essences, soit comme une essence qui enveloppe et pénètre des essences subordonnées. La loi de non-contradiction prend en chaque sorte d'essences, ou même on chaque essence, un caractère spécial : c'est, par exemple, l'impair comme impair qui repousse la division par un multiple quelconque de deux. Chaque essence a sa loi de non-contradiction, à elle adaptée et à elle propre. Ainsi, pour Aristote, la logique n'est pas même formelle en ce sens qu'elle aurait pour objet un genre suprêmement général et qui envelopperait tous les autres. — Il est vrai qu'Aristote a faitf dans les Premiers analytiques, une théorie du syllogisme, dans laquelle cette forme essentielle du raisonnement apparaît comme dégagée de tout contenu. Mais d'abord il faudra demander à la métaphysique si le syllogisme est, à proprement parler un procédé général, ou s'il n'est pas seulement l'équivalent d'un procédé général. Ensuite les Premiers analytiques ne sont pas toute la logique d'Aristote. Le syllogisme, tel qu'ils l'étudient, convient indistinctement à toutes les sciences et, qui plus est, à la dialectique aussi bien qu'à la science. Mais, à côté des Premiers, il y a les Seconds analytiques ; ou plutôt ce sont ceux-ci qui sont la cause finale de ceux-là. Or les Seconds analytiques étudient non plus tout syllogisme, mais le syllogisme démonstratif seulement, c'est-à-dire celui qui s'adapte aux exigences de l'objet de la science.
Aristote, ainsi opposé à la logique formelle, aurait-il donc absorbé la logique dans la métaphysique et conçu la Logique comme la science de la pensée nécessaire en tant qu'identique avec l'être, en un mot à peu près comme les Hégéliens, qui la définissent la science de l'idée pure? Les notions, prises en elles-mêmes et élevées au-dessus des contingences du inonde sensible, se constitueraient et s'enchaîneraient d'une façon nécessaire; cette constitution et cet enchaînement des idées pures seraient L'objet du savoir, ou le savoir puisque c'est tout un, et la logique serait elle-même l'idée de ce savoir. La constitution de cette idée
et son expansion en enchaînements d'idées subordonnées seraient bien entendu, eux aussi nécessaires, et si étrangers à toute contingence qu'ils se feraient comme au-dessus de l'individu et sans l'intervention de l'individu. — Bien que Prantl ait essayé de retrouver une conception de ce genre dans Aristote (1) on peut affirmer qu'elle n'est pas aristotélicienne. Aristote a dit sans doute que la science est identique à son objet. Mais cette identité s'explique plutôt par l'absorption de la pensée dans son objet, que par le fait que l'objet serait luiymême, au fond, un moment de la pensée. Ensuite, Aristote n'étant pas notionaliste jusqu'au bout à la façon de Hegel, ou même de Platon, l'être sur lequel porte la métaphysique n'est pas le même que celui sur lequel portent les autres sciences et la logique : l'être de la métaphysique est une substance première ; l'être qu'atteignent les autres sciences en tant qu'elles raisonnent, et par conséquent l'être qu'atteint la logique, n'est jamais en somme que quelque substance seconde. Si donc on pouvait dire, en un sens, que chez Aristote la logique est la science de l'idée, il ne s'ensuivrait pas qu'elle serait la science de l'être. Ce serait plutôt le contraire. Enfin, un peu peut-être par le sentiment, qui ne lui est pas tout à fait étranger, qu'il y a au fond de l'individu de la liberté, et beaucoup par la raison qu'il est disposé, étant dans une certaine mesure empiriste, à faire une part à la contingence brute, Aristote, en fin de compte, distingue le connaître et l'être et estime que la connaissance est l'œuvre de l'individu, ou du moins qu'elle se fait dans l'individu et ne se laisse pas détacher de lui, si ce n'est par abstraction. C'est donc le savoir humain, et en tant qu'humain, que sa logique prend pour objet. A la vérité le savoir vise, au nécessaire, mais c'est en l'extrayant du contingent, et la logique étudie les procédés, nécessaires en eux-mêmes, par lesquels le nécessaire est extrait du contingent. Mais ces procédés nécessaires s'accomplissent au milieu des opérations psychologiques de l'individu et ne s'en séparent que par abstraction. C'est pourquoi la logique, aux yeux d'Aris-
(1) Prantl, Geschichte der Logik, I, 136; cf. Zeller, p. 187, n. I.