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NATURE DE LA LOGIQUE

tote, est la science d'un savoir qui n'est pas identique à l'être, mais qui constitue, en face de l'être, un ordre distinct. Et c'est pourquoi aussi la logique, qui ne serait déjà que la théorie du savoir, n'est pas même purement et simplement théorique : elle n'étudie pas des lois suivant lesquelles le savoir se constituerait automatiquement et de lui-même ; elle formule plutôt des règles dont l'application réussit, encore que ces règles soient, bien entendu, fondées en raison. En un mot, la logique n'est pas une science pure ; elle garde quelque chose d'un art. C'est bien ce qu'entendaient les Péripatéticiens en disant qu'elle est un instrument pour faire la science. On pourrait dire encore qu'elle est pour Aristote une science normative : autre façon d'indiquer qu'elle s'adresse à l'individu et le regarde comme l'auteur de la connaissance. Ainsi, pour Aristote, la logique est bien distincte de la métaphysique, de la métaphysique proprement dite et comme il l'entend, ou science de l'être. Il faut remarquer en revanche qu'elle ne se distingue pas, ou qu'elle se distingue mal pour lui, de ce que nous appelons la théorie de la connaissance. 11 n'a pas songé à mettre à part de la métaphysique et de la logique à la fois, pour en faire une science purement théorique, l'étude de la connaissance quant à sa portée et à sa valeur : la théorie de la connaissance est restée mêlée pour lui avec la logique. Valeur de la science et procédés pour obtenir la science, cela réuni fait l'objet d'une seule étude. Mais dans cette étude la principale place revient aux procédés pour obtenir la science.

C'est bien comme la connaissance de ces procédés que les textes d' Aristote nous invitent à nous représenter la logique. Voici trois considérations, empruntées à Zeller (1), qui l'établissent assez bien : 1° l'objet de la dialectique est de nous enseigner à déduire, sur toutes sortes de sujets, des syllogismes fondés sur des prémisses plausibles (2). En

(1) Zeller, p. 185-187.

(2) Top. I, 1 <léb. : ri ftsv tioqOcti; t»;; -o^axzùoL^ aéOoâoj sûptfv, «y' ^4 QWtltrifttêtt vuXkovlÇtiTdcu ittpl rcavroç ro-j irportOcvrot xooS).riu.<x.7o; î£ ÎMÂÇeuv, /.où «Jro'. Voyov ùni%WT€Ç uloOij tp«û[Uv v-Evavrtov. — 3. dëb. : iÇoum o; Ttkieoç -e;j u.ïfJoào'j. ÔT«* ov-oiw; 'iyj.tu.fj ûvrctp i-\ oqroptxrji xoù ioLTOir.rjq

vertu de la correspondance qui existe entre la dialectique et l'analytique, celle-ci doit nous mettre en possession des moyens de déduire des syllogismes fondés sur des prémisses nécessaires. 2° L'ensemble des traités de logique d'Aristote donne bien l'impression que ce qui commande tout le reste, c'est l'étude du procédé qui procure la science, savoir la démonstration ; et d'ailleurs le début des Premiers analytiques eux-mêmes indique que tel est bien l'objet de la recherche d'Aristote logicien (I). 3° La Rhétorique (I, A, 1359 b, 10) nous parle d'une fotaAutUttq stcwt/"^/;, ce qui est le nom authentique de la logique selon Aristote. Or qu'estce que àvaÀiisiv ? C'est ramener une chose à ses éléments, ou en général à ses conditions. L'avaXotoo) |«urni[«ï, c'est donc la science qui nous apprend à remonter aux causes, c'est-à-dire à constituer la science. — En somme donc la logique d'Aristote est une méthodologie, à laquelle est intimement unie une théorie de la connaissance.

Le plan de la logique d'Aristote suit immédiatement de cette manière de la concevoir. Déjà nous avons vu, dans le début des Premiers analytiques, quelque chose qui ressemble fort à une indication de ce plan. Philopon ne fait que développer cette indication dans le passage suivant où le plan en question est présenté de la façon la plus sûre et la plus lumineuse (2) : « Nous voulons connaître la démonstration. Mais la démonstration est une sorte de syllogisme ; nous devons donc chercher, avant de nous attacher à la démonstration, ce que c'estquele syllogisme pur et simple. Le syllogisme pur et simple est, comme l'indique son nom, quelque chose de composé... Il faut donc commencer par

'/.«(. T&iv TOIQV'MV <?VVKUï(»V. TO'JTO S'iVri TO SX. TOOV bj§ iyOU.VJ OiV 7T01ÊÎV «

7roocuooûu.e0a.

(i) I, 1 déb. : TT/swrov stTTEcv mai ri. y.a'i rivo; êotîv rt o~-/.é-li:< on ~êot iiroSei^fj x«t èniarv) >xr,i coToosiXTix^ç.

(2) Schol. 38 a, 15. A la vérité, le morceau que Brandis a publié dans les Scholia sous le nom de Philopon, appartient au commentaire des Catég. qu'on désigne sous le nom d'Ammonius (cf. p. 51, n. 1 et Busse, p. X) ; encore faut-il noter que le texte suivi par Brandis dans ce passage n'est peut-être pas le meilleur (p. H, 1 et dans Vappar. crit. 1. 3).

apprendre de quels éléments il se compose : ces éléments sont les propositions. Celles-ci se composent de sujets et d'attributs. » Ainsi nous sommes amenés à considérer comme l'objet initial de la logique l'étude des notions séparées dont la proposition est l'assemblage. En un mot la logique doit débuter par l'étude des catégories. C'est cette étude qui va maintenant nous occuper.

Les catégories ont pour caractère extérieur — et c'est ce caractère qui leur assigne leur place au début de la logique — d'être des choses qui sont dites en dehors de toute liaison (1).

Mais que sont ces choses qui sont dites en dehors de toute liaison ? D'abord, ce ne sont pas des mots ; ce sont des notions. C'est ce qu'indique, à notre avis, le début des Catégories. Ce début en effet est la distinction des opovuua et des TJvojvj;j.a. Si Aristote fait ici cette distinction des homonymes et des synonymes, c'est sans doute afin de nous avertir qu'il ne faut pas considérer comme se rangeant sous la même catégorie les choses qui n'ont en commun que le nom. Par exemple un homme et un homme en peinture ne sont pas l'un et l'autre des substances ; mais le premier seul est une substance (2).

Ainsi les catégories sont des notions. Mais quelle sorte de notions ? 11 ne faut pas songer un instant à y voir avec Kant des formes de la pensée, fût-ce des formes subjectives d'attribut, et non de jugement ou d'attribution; car ce subjectivisme est étranger aux anciens, et à Aristote plus qu'à aucun autre.

Rangeons donc les catégories parmi les notions qui expriment quelque chose de l'être, et, pour trouver ce qu'elles en expriment, considérons d'abord le mot même de catégorie. Le sens classique du mot xa-r^yops^v. comme terme technique chez Aristote, est celui à' at tribut' r. On ne voit point que le mot signifie jamais énoncer. Ainsi une caté-

(1) Cdt. 2 dtib. : :wv XgYopmriv r« un x«rà ffvjAirXox^v Xtycrett, rà q'oLjvj Tvarr/ox/jç. rà fùv ouv /.arà QtffA7rXoxi$v oiov avOo'.j-oç racygt, avdoeu- 7roç vtxcjç, Tvt o âviu avu.T:/o/.ô; otov âv6/9&>7ro(j jîo'j;, -.n/ti, ytxâ.

(2) Les noms dérivés indiquent les modes de le substance, les autres

u'ios.

Aristote 7

98 LE SYSTÈME n'ARISTOTE

gorie, ce serait un attribut (1). — On peut faire à cette manière de voir deux objections, dont la première est facile à lever et dont la seconde ne porte pas, — parce qu'elle prouverait trop. La première objection, c'est qu'un attribut fait partie d'une proposition et qu'une catégorie est une notion prise à part. — Sans doute, répondrons-nous, une catégorie n'est pas un attribut dans sa fonction d'attribut ; mais c'est une notion qui peut devenir un attribut. — La seconde objection est que la première des catégories, ou la substance, est précisément ce qui ne peut être attribut de rien. — On pourrait dire que la substance seconde s'attribue à la substance première comme sujet (Cat. 5, 2 a, 19), et que la substance première peut elle-même devenir attribut par accident : cette chose blanche est Socrate (Pr. an. I, 27, 43 a, 33). Mais ces deux réponses seraient sans valeur. Ce qu'il faut dire, c'est qu'il est impossible de trouver une notion qui convienne à la fois aux autres catégories et à la substance, que dès lors celle-ci constituera toujours un ordre à part et que tout ce qu'on peut faire est de définir l'ensemble des autres catégories : autrement il n'y aura aucune définition possible des catégories en général. Peutêtre d'autre part faudrait-il ajouter que, si les catégories renferment la substance, ce ne serait du moins que la substance seconde. En effet la science discursive, qui procède par notions, par attribution d'universaux à un sujet, ne peut pas porter sur un être qui n'a rien de commun avec les universaux. Cette substance ne peut jamais être que la substance seconde, et non pas la substance première. Sous ces réserves donc les catégories sont des attributs possibles, et, selon la distinction que fait le 2e chapitre des Catégories, elles sont xa9' yiroxetpévou, et non èv ûjcoxst.ijivfo. Etre ev uTroxs'.piévco, c'est résider dans un sujet, sinon à titre de partie intégrante de ce sujet, du moins comme devant y trouver un siège et un support : ainsi la grammaire est

(1) Pr. anal. I, 27, 43 a, 29 : il y a des êtres qui ne sont attributs de rien ; il y en a d'autres qui sont attributs, mais ne reçoivent pas d'attributs antérieurs à eux. rà cTcor« pzv xar' «Xktd-j y.azr,yopiïToci, xecTCt âï toûtwv %Kkx npÔTîpov où xa-nyoptirou.

dans l'âme. Ce qui est, comme les catégories, xa9' utzoy.z:aivo'j, ce qui est attribut d'un .mjet, c'est ce qui admet des parties subjectives (des espèces subordonnées), ou ce qui peut entrer comme partie logique dans la compréhension d'une notion ; en un mot c'est un genre. Les catégories sont donc des genres et, de fait, Aristote les appelle souvent les genres de l'être, xk yévr\ toû 5vroç(i). — Qu'est-ce maintenant qu'un genre pour Aristote ? C'est quelque chose qui peut se retrouver, à titre de fond commun, en plusieurs termes différents ; ces termes, sous l'aspect considéré, diffèrent par le plus et le moins seulement : ainsi les oiseaux, voilà un genre. Et par contre on ne fait pas un genre avec de simples ressemblances de rapports : ainsi les plumes et les écailles sont les unes à l'oiseau ce que les autres sont au poisson, mais cela n'autorise pas à faire rentrer, quant à l'enveloppe qui les revêt, les poissons et les oiseaux dans un même genre [De part. an. I, \ déb.). Ainsi un genre est un contenu réellement commun; un genre est, autant que cela est possible à un universel, quelque chose de réel. Puisque les catégories sont des genres, elles sont donc chacune un élément réellement commun dans les choses qui participent de chacune ; elles expriment des déterminations réelles de l'être.

Mais, si les catégories sont des genres, ce sont des genres qui ont quelque chose de caractéristique. Elles diffèrent des autres genres en ce qu'elles sont les genres /es plus généraux possibles. Comme le disait le passage des Premiers analytiques que nous avons cité tout à l'heure, elles sont les premiers attributs des choses. Ce caractère des catégories est ce qui en fait le mieux saisir la signification et l'importance. Pour Platon il semble que, depuis les individus jusqu'à rUn et à l'Être, il n'y avait qu'une seule et (inique hiérarchie de genres et d'espèces, avec un genre suprême qui se retrouvait jusque dans les dernières espèces. Aristote rompt absolument avec cette manière de voir. Il divise l'être en plusieurs genres irréductibles ri incom-

(1) En quoi faisant, il est clair qu'il ne prétend pas faire de la substance un genre.

municables. Ces genres sontdéjà très généraux sans doute, et ainsi le savoir, qui porte toujours sur des universaux, pourra s'élever très haut. Mais il n'y aura pas d'universel suprême et unique d'où l'on puisse faire découler tout le reste. Il y aura des genres coordonnés entre eux, sans passage de 1 un à l'autre (1).

Cette irréductibilité des catégories assure la réalité qu'elles possèdent comme genres, puisqu'il n'est plus à craindre qu'elles soient, comme le genre suprême unique de Platon, vidées de tout contenu par une abstraction sans limites. Cependant, en tant qu'elles sont, malgré tout très générales, les catégories d'Aristote peuvent être appelées formelles, dans un sens qui approche de celui où l'on parle d'une logique formelle. Elles peuvent aussi être qualifiées de déterminations logiques. Et en effet le logique pour Aristote, c'est ce qui est très général : c'est en ce sens qu'il oppose une recherche logique, ÇrjTeïv Xoyixwç, à des considérations spéciales, Xôyoî. càxeïoi (Bonitz, Ind. 432 6, o). Aussi est-ce avec raison que le traité des Catégories figure parmi les ouvrages de logique, et Zeller a commis un contre-sens en voulant renvoyer la théorie des catégories à la métaphysique. Il est bien entendu qu'il n'y a rien de purement formel et de purement logique dans Aristote ; mais les catégories sont justement ce qu'il yade plus formel et de plus logique, ce qui en thèse générale est le plus éloigné de l'individu. Or c'est sur un individu que roule la métaphysique.

De la nature des catégories découlent plusieurs conséquences, qui permettent de lever certaines objections ou d'éclaircir la pensée d'Aristote. — Puisque les catégories sont des genres, c'est-à-dire quelque chose qui a un contenu réel, Aristote a dû en exclure, ainsi qu'il l'a fait, l'Un et l'Etre qui n'ont aucun contenu parce qu'ils conviennent à tout (2). Ce sont ces termes qui s'élèvent au-dessus des caté-

(1) Metaph. A, 28 fin : oùdï ykp Taùra «vaquerai o'Jr et; «lïyly. orr' tîq h rt. Cf. K, 9, 1065 6, 8 et Phys. III, 1, 200 b, 34.

(2) Voir p. ex. Metaph. B, 3, 998 b, 21 : raùra yàp (l'Un et l'Etre) xari 7r«vrwv f/,«) terra *> é+r'-r,, ^j-,-^^^*..^, x ^■'■■v »7n,i -g §\ T^j ovzuv o-'Jze 70 ev oCzt to 5v etvat "yévoç

gories que l'Ecole appellera termini transcendent aies. — En tant que les catégories sont quelque chose de réel et d'ontologique, elles excluent en outre des déterminations subjectives comme le vrai et le faux, comme l'acte et la puissance, comme ce que l'École appelle les prédicables : le genre, l'espèce, la différence, le propre et l'accident, ou comme la matière et la forme. On peut dire d'ailleurs que le vrai et le faux, l'acte et la puissance conviendraient à tout, comme l'Un et l'Etre. — En tant que les catégories sont formelles ou très générales, elles excluent pareillement les déterminations plus concrètes, par exemple le mouvement qui est une détermination proprement physique. Le quand et le où, r.o-zk et ttoG, peuvent appartenir à tous les êtres réels, même à l'individu suprême, car il est éternel, àîi, et il enveloppe le premier ciel, domaine propre du divin. — Enfin, puisque les catégories ne peuvent se déduire d'aucun genre, il est clair qu'Aristote ne pouvait que les recueillir empiriquement. Lés tentatives pour trouver le fil conducteur dont il se serait servi sont arbitraires. La première en date et la plus spécieuse est celle de Trendelenburg. Pour lui la table aristotélicienne des catégories se fonde sur une classification des parties du discours : l'où<na, la substance, correspond au substantif; la qualité, à l'adjectif; la. quantité, aux noms de nombre; icpôç ~\, par rapport à, à toutes les formes comparatives et relatives ; noté et -où, quand et où, aux adverbes de temps et de lieu; -ote7.v, -ï/rys'.v, xeîa-Ôau, agir, pâtir, être dans tel état, aux verbes actifs, passifs et intransitifs ; v/i'.v, à la signification propre du parfait grec, exprimant l'état que le sujet possède comme résultat d'une action accomplie. Mais il convient tout d'abord d'observer qu'il n'y a pas trace chez Aristote d'une telle classification des parties du discours. De [il us le parallélisme de cette classification avec la table des catégories est loin d'être aussi exact que le donne à entendre Trendelenburg : c'est ce qui apparaît avec évidence, notamment dans le cas de la relation (1).

(1) Trendelenburg, Geschiehte der Kategoritnlehre (1er Vol. des ffistorische Beitrâge, i>. 23 sqq., 194 sq.), 1846, et Elément a logices

La liste des catégories telle que la donne Aristote, par exemple au début du chapitre 4 des Catégories, est une énumération ordonnée empiriquement : 1° substance, 2° quantité, 3° qualité, 4° relation, 5° où, 6° quand, 7° situation, 8° avoir, 9° action, \d° passion (\). Mais cette énumération est considérée par lui comme complète et comme exacte: il est persuadé qu'il a trouvé le nombre vrai des catégories ou, dans tous les cas, le nombre le plus vraisemblable, car cette liste, exception faite pourtant de Y avoir et de la situation, se retrouve entière en plusieurs endroits (2). Quant aux cinq notions dont il est question à la fin des Catégories, à partir du chap. 12 : opposé, antérieur, simultané, mouvement, avoir au sens d'être propriétaire de quelque chose, on a vu (p. 27) que cette partie du traité, les Postprédicaments, doit être tenue pour inauthentique.

Le développement qu'Aristote a consacré à ses dix catégories est tout à fait inégal en étendue, même proportionnelle : presque rien sur wotsw et icow^eiy, rien sur -où, tzoté, È'ye-.v, ni, en somme, sur xeto-Oat, (3). Pour les autres catégories, sauf pour la subs|ance, le développement est quelquefois de peu d'intérêt, souvent hâtif et artificiel. Rien de difficile, il est vrai, comme une définition de notions, et Aristote avait encore bien peu de prédécesseurs.

La substance est étudiée au chapitre 5. Aristote com-

Arisloteleae, 8e éd., p. 56 sq. — Cf. Zeller, p. 264, n. 2, où l'on trouvera sur la question des indications plus complètes.

(1) Twv xarà ittiSutix* cr-juTr'/oxrçv le^oy-évu-j tx.x<7~o-j QTOiaua'îav cvuatvsi i 7T0T0V ri rrotov ri tvoo; rtr] noù y kotï rj /.£Î<r6xt r; î/ivj f] tto'.îï-j r, tz«.'T~/jiv.

(2) Cf. Zeller, p'. 263, n. 1 et p. 266, n. 3.

(3) Cat. ch. 9 : 7roisîvet nirgu* admettent la contrariété (ér/t a uffer, refroidir ; être échauffé, être refroidi), ainsi que le plus et le moins. Le xEïT0ai (11 b, 8 sq.) se dénomme *r«pMvûfu»ç «776 rûs 0é<t£mv; c'est pourquoi on en a parlé au chapitre de la relation. Cf. 7. 6 b, 41-14 : «vxx/t«riç, ot«<ti;, -/.ixOédpK. 'le coucher, la station droite ou assise) sont des positions, des fts'«siç, mais non oc/kxsêtôo», eerrôat, xaôvjo'Sat [être couché, être debout, être assis dont les noms peuvent sembler en effet déj'ivés de ceux des Sfrets correspondantes, et 8;'cri; est un k/jôs Tt ; un autre exemple mettrait ceci très clairement en lumière, à l'envers, retiverse. — Sur tto-j, r>o~i, ij^stv Aristote se borne à déclarer que manifestement il n'y arien d'autre à dire, sinon à rappeler les exemples donnés antérieurement.

mence par distinguer entre les substances premières et les substances secondes \déb. à 2 #, 19). Parmi les substances secondes, l'espèce est plus substance que le genre (2 b, 7-28). Il n'y a d'ailleurs que les espèces et les genres qui soient des substances secondes, parce que seuls ils expriment l'essence des substances premières, quand on dit par exemple de tel homme, substance première, que c'est un homme, un animal ; au contraire, des termes tels que blanc, (il) court etc. ne donnent pas l'essence (b, 29- 3 a, 6). Tandis que la substance première n est, comme on l'a vu, ni èv ûtcoxei^svio ni xaO' uitoxeipévou, le sujet ne pouvant être ni dans un sujet ni attribut d un sujet, la substance seconde en revanche n'est pas Iv •j-oxî'.usvw, car l'homme n'est pas partie ou fonction de tel homme particulier, mais elle est xa6' uwoxetjiévou (a, 7-21). De plus la substance seconde ne signifie pas le particulier et l'individuel, "réôe Tt, elle est un universel, plus ou moins d'ailleurs selon qu'il s'agit de l'espèce ou du genre et selon le degré d'élévation de ce genre. Elle signifie une qualification, un îtoviv, à savoir le icowv de la substance première, mais non un -o'.ôv qui ne soit que cela, comme le blanc par exemple (3 b, 10-23). Ajoutons que les substances, tant premières que secondes, n'ont pas de contraires (b, 24-32) et qu'elles n'admettent pas le plus et le moins (à, 33-4 a, 9). Enfin ce qui, plus que tout, est le propre de la substance, c'est l'aptitude à recevoir en elle les contraires, tandis que cette aptitude fait défaut à toutes les autres catégories : il est impossible en effet qu'une couleur, une action, sans perdre leur unité et leur identité numériques, c'est-à-dire leur individualité, soient le sujet de contraires, comme blanc et noir, bon et mauvais (4 a, 10, ad fin.) (1).

(1) Ce morceau est d'une importance capitale : en voici le début (a, 10-21) : fiuktvru o- to\ov 7Â; •û<r£a( âoxti sîvai ro tccJtôv xsu îv àoiOuû ryj rûv tveatrUtv ei>a» ocy.Tixov, oIoj érri jxkv r&iv gTa),«v oùx Slj i/oi ri; ro Toioûro frpotvcyxstv, ôa-j. ulï] tiavj oùaiat, ô iv ùoiQuû ôv twv ivavTtuv âix.- Tt/.ov èariv, o'ov ro yo'Luv-, o iariv iv xa'e. rccvràv Toi àoiGuù, ovx carat fovxôv y.y.i (jô.av, oùS' n ajrii itpâZii xai p.irx :w àotOuû oJ/. tarai ycrj),»j xai TT:o-j'j<xia. ' wcaOrw; Sï xai ini -u>v i'ù.'.rj, ôtu fx/j ùatv oùo'iai, h âé yt o-Jai.% iv /.ni reevrâv àoiOu.'y 5v oextixov râv évavrtwv jotîv, oFov 6 riç âvOaco-

Passons aux catégories autres que la substance. — La quantité, le ttoo-ôv (c. 6) comporte deux distinctions importantes : 1° la distinction de la quantité discrète (ttot. Swopwjjievov), les nombres, les éléments du discours, et de la quantité continue (tcoo-ov o-uveyéç), constituée par des parties dont les extrémités sont communes, ligne, surface, solide, temps, lieu (déb. — 5 «, 14); 2° la distinction entre les quanta formés de parties qui ont une position les unes par rapport aux autres (ex Géo-tv syévviov tioo^ aXkr^ka -ttôv Iv aOroïç |ioplwv), ainsi les lignes, les surfaces etc., et d'autre part les quanta qui ne sont pas formés de telles parties (oùx s; syôvrtov Oéc'.v), la série des nombres, les moments du temps, les mots du discours (a, 15-37). Aristote distingue encore entre les ïtoc-à xa9 auxà, dont il vient d'être question, et les uoa-à xatà a-u^ësêrjxôç : ainsi c'est par accident que la couleur, l'action, le mouvement sont des quanta, en tant que l'une s'étend sur la surface, que les autres se déploient dans le temps {a, 37 — b, 10). Le tcoo-ôv n'admet pas la contrariété : peu et beaucoup, grand et petit sont des relatifs ; c'est surtout par rapport au lieu que la quantité offre l'apparence de la contrariété, ainsi le haut et le bas, etc. (b, 11— -6 a, 18). Il n'y a pas davantage place ici pour le plus et le moins : une longueur de trois coudées ne peut pas être plus longue qu'une autre longueur de trois coudées (b, 19-25). Enfin ce qui caractérise proprement la quantité, c'est renonciation égal, inégal; partout ailleurs il ne peut être question que de similitude {b, 26 ad fin.}. — Le relatif ou ~p6ç ti est étudié dans le ch. 7. Est relatif ce qui se réfère à autre chose (xrcep è<mv érspcov... -/, -repô^ êtepov) : double de, semblable à, plus grand que, etc. Parmi les relatifs, il faut compter les dispositions peruianentes (eÇiç) ou passagères (oiâ9scr!.<; ; cf. 8, 8 b, 27), la sensation, la science, la position (déb. — 6 b, 14). Certains relatifs, vertu et vice, science et ignorance, admettent des contraires, mais non certains autres : double, triple (b, 15-19). Il en est de même pour le plus et le moins ; car,

7roç, sî; -Ac/.i 6 wjtôî wi, ôts ukv Ivjy.b; 67't $k aî).aç yiverai, xat Gepjxoç y.w. ^/u^po;, xa't yau).oç /.ai tttov (Jato;.

s'il y a des degrés dans la similitude, par contre le double ne peut être plus ou moins double (6, 20-26). Tout relatif, bien énoncé, a son corrélatif (ivtvo-rpéipov) : maître, esclave, double, moitié (ô, 27-7 6, 14). Entre les corrélatifs il y a souvent, comme dans les deux exemples précédents, simultanéité naturelle (5ja« rr, tpiiréi) ; mais il n'en est pas toujours ainsi, car l'objet de la science ou de la sensation (to èrcwTïjTov, 70 aMrffoywv) peut exister antérieurement à l'une ou à l'autre. D'autre part, tandis que la non-existence ou la suppression de l'objet entraîne celle de la faculté corrélative, la réciproque n'est pas vraie (1)(^. 15-8 a. 12). Enfin c'est une question (àiropta) de savoir si le relatif est seulement ce qui se réfère à autre chose. Si en effet le relatif peut être quelque chose de plus que ce rapport, alors au moins les substances secondes seront quelquefois des relatifs; car la tête et la main, non en tant que telle ou telle [ce seraient alors des substances premières), mais en tant que tète et que main, seront la tète et la main du corps. Toutefois la vérité est que tout l'être du relatif est proprement dans la relation (8 a, 32, 39 : l<m Se to etvtti 70'.; -po; 7'. 7a'J70v :w itpôç ~'. ruoç sye'.v) et que qui sait un des termes sait le tout de l'autre : par exemple, le doubie est le double de ce qui en est la moitié ; au contraire la connaissance de la tète et de la main ne donne pas la connaissance totale du corps (a, 13 ad fin.). — La qualité, le to'.ôv (c. 8) a plusieurs acceptions. Une première espèce comprend Y'içi^ et la o'.àôsa-'.;, que nous avons déjà ou ù mentionner à propos des relatifs : de la première Àristote donne comme exemples la science, la vertu; de la seconde, la chaleur et le refroidissement, la maladie et la santé (déb. 9 a, Kl). En second lieu, c'est l'aptitude ou l'inaptitude naturelles à faire, à subir une action ou à y résister (8ûvau,tç ©ua"txY| r\ àojvay.a to'j fcotîpreu 7'. paôicoç y, uijSèv -;j.z-fi':t) : ainsi L'aptitude à courir facilement dans un coureur; chez l'homme sain ou L'homme maladif , l'aptitude ou l'inaptitude à n'être pas affecté par les causes de

(l; TO ufo iirtffTTJTÔv XiutptQsv SUVKVOUÛli ri.-J ir.l'JZ r,u.T,-j. r, ni i-f.-.c/t-C.

. - fltôv oO avvuveupzï.

maladie; dur et mou, c'est l'aptitude ou l'inaptitude à résister à la division (9 a, 14-27). Viennent ensuite les qualités affectives (xcaÔTiTixil Tcoiô-ïr^eç), les unes étant les qualités diverses qui affectent les sens (saveurs, températures), les autres exprimant les affections de leur sujet, la rougeur par exemple ou la pâleur, car le sujet rougit ou pâlit parce qu'il est affecté (àiso TtiOouç, oCa tzôlHoç) (6, 28-10 a, 10). Dans la quatrième espèce de tcgiôv Aristote range la figure (cry^aa, ^opcp-^), ainsi le droit et le courbe (1) (10 a, 11-24). C'est, observe-t-il encore, du nom de chaque qualité que dérive, au moins quand la langue est complète, le nom du quaie correspondant (àTtoTrjçTïoiGr^To? Ttapwvjjjiw; "Xéysxat. tô tcolov) : blancheur, blanc, justice, juste, etc. (a, 27-6, îl). Ajoutons que, dans la plupart des cas, la qualité admet aussi bien la contrariété que le plus et le moins (b, 12-11 a, 14). Enfin le propre de la qualité, c'est d'être dite semblable ou dissemblable (a. 15-19). Il n'y a d'ailleurs aucun inconvénient à faire entrer, comme on l'a fait, dans la qualité des déterminations que nous avons comptées parmi les relatifs, à savoir des scsiç et des Ô'.aôéc-siç. Le quale en effet est essentiellement ce qui appartient à un sujet individuel, et ce sont les qualités de ce sujet qui font son individualité; or ce qui est individuel n'est pas relatif (a, 20 ad fin.). La remarque est importante; elle exprime bien le caractère des catégories aristotéliciennes : ce ne sont pas des morceaux réalistiquement découpés dans les choses, ce sont, des points de vue sur les choses, et une même chose peut être envisagée à différents points de vue.

Du traité des Catégories il faut rapprocher le livre A de la Métaphysique qui contient parfois des indications plus intéressantes et plus mûres. Mais peut-être est-ce en partie volontairement qu'Aristote s'est borné dans le traité des Catégories à des indications très imparfaites. Car, si selon

(1} Il exclut du nrotov des déterminations telles que rare et dense, rude et lisse : elles signifient plutôt, selon lui, la position réciproque des parties constituantes (plus ou moins éloignées par ex.) et sont par conséquent de l'ordre du 7rpoç ri.

toute apparence ce traité était l'introduction à tout le cours de philosophie, il s'adressait à des auditeurs non préparés. Quoi qu'il en soit, ni le sens et la portée générale de la doctrine des catégories, ni la nature de chaque catégorie n'ont été déterminés avec une précision suffisante par notre traité et ces lacunes n'ont été ailleurs qu'imparfaitement comblées par Aristote.

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