‹ Le Système d'AristoteChapitre 57 sur 99 · LES ÉLÉMENTS · texte numérisé non relu

LES ÉLÉMENTS

au centre du monde; l'autre, le loyer, est le feu (De caelo, IV, 2, 308 /;, 13). Mais, entre le grave et le léger absolus, il fallait un grave et un léger relatifs. Il y a donc dans le monde deux éléments secondaires : l'eau, relativement lourde, et l'air, relativement léger (1). Ces déterminations de gravité et de légèreté sont d'ailleurs si purement qualitatives, quoique tirées de la considération du mouvement local, elles sont si étrangères à toute idée de quantité, que, l'air étant léger par rapport à l'eau bien que pesant en lui-même ou par rapport au feu, un corps qui contient de l'air sera, par rapport à l'eau, d'autant plus léger qu'il contiendra plus d'air, fût-ce sous un même volume [De caelo, IV, 3-5) (2). — Mais il y a une autre méthode pour établir les quatre éléments terrestres. Cette méthode, moins générale que la précédente et applicable seulement dans le inonde sublunaire, consiste à partir des données du plus fondamental des sens, le toucher, et des qualités les plus fondamentales parmi celles que le toucher nous révèle, en faisant abstraction toutefois de la légèreté et de la pesanteur. Les qualités tactiles fondamentales, une fois cette élimination faite, sont le chaud et le froid, le sec et l'humide {De g en. et corr. II, 2, 330 a, 24). Les autres qualités se ramènent à celles-là : tels le mou, qui dépend dç l'humide, et le dur, qui dépend de la sécheresse (ihid., 329 6, 32, 330 a, 8). Les qualités fondamentales sont donc au nombre de quatre. Pour avoir les éléments il suffît de combiner ces qualités deux à deux, en écartant sur les six combinaisons possibles les deux qui associeraient les contraires, c'est-àdire des termes incompatibles. Il reste le chaud et le sec, ou le feu ; le chaud et l'humide, ou l'air; le froid et l'humide, ou l'eau; le froid et le sec, ou la terre (ih'nl., II, 3déôi). Il n'y a pas au-dessous des éléments une substance con-

(i) De caelo IV, 4, i!l2 a, 7 : ... rô j3«pù x«i xoùytft Jùo èarrtv ■ xai

yÙ,Q 01 TÔirOl tfÛO, TO UÏGOV Xat 70 -7/a.roj. ïij-l oz Sri Tl X«< 79 utr«;J

roûrwv, ô ftjoôj sxâfipov «ÔtûSv \éy$rai dû-iooj . . . <?ià rovro ïttc ts xxt â).).o fiepù xu). KoOfov, olov ûitùû Y.cà ù.r,o. . . 5, 312 a, 28 : îtr«l j"i<rriv h jxq'jo-j [le feu] o irâcriv inino\ù^ii xat h [la terre] ô k'Âqvj ûçpi77«7«t, «vxy/.o o\io a/.Aa ujv.i '/. /.ai j'^iT-'x-ui. nvi z«t faliroXecÇlt rtvt.

(2) Voir Zeller, p. 4(0 en bai.

362 LE SYSTÈME DARISTOTE

crête plus simple, dans laquelle ils puissent se résoudre et dont ils proviendraient tous (ibiri., II, 5, 332 a, 26). Ils ne peuvent que se transformer les uns dans les autres : ce qui est rendu possible par le fait que chaque élément a au moins une qualité opposée à l'une des qualités de chaque autre élément (ibicl., II, 4, 331 a, 13) et parce que les qualités se divisent en actives, le chaud et le froid, et passives, le sec et l'humide (Meteor., IV, 1 déb.). De cette façon la destruction d'un élément est, du même coup, la naissance d'un autre et réciproquement, la matière se conservant sous le passage des formes (De gen. et corr., I, 3) (1).

Les éléments ne tombent jamais à l'état de pureté sous l'observation [ibid., II, 3, 330 h, 21) et, dans tous les cas, ces éléments ne sont pas les seuls corps du monde terrestre : au-dessus d'eux sont les mixtes. Aristote, dans sa théorie de la mixtion {De gèn. et corr., I, 10), montre ta même tendance hiérarchique qui lui fait affirmer en thèse générale que la forme est autre que ses conditions, la forme de la syllabe par exemple, autre que les lettres (Metap/t.. H, 3, 1043 b, 5-14), et la même préoccupation de la qualité qui inspire sa théorie de l'altération. La mixtion n'est pas un mélange mécanique où subsisteraient dans leur nature première Jes éléments juxtaposés, comme si on avait mêlé de l'orge et du blé. Les éléments mêlés ne subsistent qu'en puissance ; leurs formes s'altèrent réciproquement et une forme nouvelle prend naissance. En un mot la mixtion, pour Aristote, est ce que nous appelons une combinaison chimique, à condition toutefois qu'on ne limite pas cette notion de combinaison par des réserves d'atomiste.

Les éléments et les mixtes sont, au point de vue de la substance, comme les deux moments du monde inanimé selon Aristote. Nous ne pouvons songer à poursuivre dans le détail l'explication des divers mixtes reconnus par Aristote, pas plus que, nous plaçant au point de vue des mouvements et non plus de la substance, nous ne pouvons lui demander comment procèdent, selon lui, dans leurs spéci-

al) Surtout 318 a, 23 : ... rrçv r&5£s -/hoà-j «Mou thaï yévetrùi x««

Page 1