‹ Le Système d'AristoteChapitre 58 sur 99 · LÀ BIOLOGIE · texte numérisé non relu

LÀ BIOLOGIE

fications dernières les mouvements locaux, les altérations, les générations et les destructions. C'est surtout dans les Météorologiques, dont le i* et dernier livre, assez différent des autres, a pour objet propre, non plus les phénomènes qui se passent autour de la terre, mais les phénomènes qui s'accomplissent sur la terre et à l'intérieur de la terre, qu'il faudrait chercher la physique spéciale d'Aristote, celle où il s'efforce de suivre les faits et de les serrer de près. Tout ce qu'il convient de faire, c'est de signaler la différence assez maftjuée qui sépare cette physique spéciale des spéculations générales de l'auteur. D'une part, quoique la dialectique n'en soit pas absente, l'expérience y occupe une grande place, et, d'un autre coté, les causes auxquelles l'explication des phénomènes est demandée sont souvent moins des causes formelles et finales que des causes motrices et matérielles. Il y a là, en dehors de la philosophie, c'est-à-dire en dehors des recherches conduites par la méthode notionnelle, les rudiments, confus sans doute et obscurs et erronés, mais en revanche déjà très abondants, d'une physique expérimentale (1).

Avec les mixtes nous sommes parvenus au degré le plus élevé du monde terrestre inanimé. Nous passons ensuite au monde des vivants. Ce n'est pas dans ce domaine, comme on sait, que le génie d'Aristote a le moins brillé. Souvent des biologistes de profession ont célébré l'étendue des connaissances d'Aristote et la profondeur de ses vues. Certaines parties de {'Histoire des animaux et surtout les traités des Parties des animaux et de la Génération des animaux sont rangés par ces biologistes au nombre des ouvrages qui font le plus d'honneur à l'esprit humain \'l).

Résumons d'abord la conception aristotélicienne de la vie. t Parmi les corps naturels, dit Aristote, les uns ont et les autres n'ont pas la vie. Nous appelons vie le l'ail, de se

(1) Voir G. Ltodier, La physique de Straton de Lampsaque (1891), p. 124-127. Cf. aussi plus haut, p.79el p. 239.

(2) Voir, par exemple, G. Pouchet, La biologie aristotélique (4885).

nourrir, de s'accroître et de décroître par soi-même » (l). Comme l'accroissement n'est possible que par l'assimilation des aliments, c'est donc le fait de se nourrir qui est le caractère le plus élémentaire et le plus indispensable du vivant. « On ne dirait pas mieux aujourd'hui, écrit M. Pouchet (2)... Aristote y reconnaît [dans la nutritivité] aussi bien que nous le phénomène fondamental de la vie. » Toutefois il faut tâcher de ne pas se méprendre. Si la nutrition est dans l'être vivant quelque chose de très caractéristique et de très indispensable, elle ne constitue pas pourtant le fond et le secret de la vie. La nutrition en effet, aux yeux d'Aristote, n'est pas, pour parler le langage moderne, un simple phénomène physico-chimique. Certains ont pensé, dit-il (De an. II, 4, 416 a, 9), que le feu explique le fait de la nutrition, et lui-même ne se fait pas faute d'appeler la digestion une coction (-é-Liç) et d'invoquer pour en rendre compte une chaleur, déjà spéciale il est vrai, la chaleur animale (3). Cela n'empêche pas que le feu, bien loin de suffire à l'explication, n'est ici qu'une cause adjuvante (o-uvatTiov) et que la cause véritable est l'âme. Et comme Aristote, ainsi que nous avons eu occasion de l'indiquer ailleurs (p. 314), n'a pas songé à conserver le mécanisme en le subordonnant aux autres causes, l'àme intervient dans la fonction élémentaire de la vie tout autrement que l'idée directrice de Claude Bernard : on peut être sûr qu'elle joue le rôle d'une cause efficiente. Il faut donc, à vrai dire, définir un vivant non pas un être qui se nourrit, mais un être animé, et chercher le principe de la vie dans l'àme : sorti 8s 7) ùvyr\ ~o-j Çûvtoç onwjjux-poç akia xal y-pyjn (De an. II, 4, 415 b, 8). Ainsi Aristote est, en matière de théorie de la vie, ce qu'on appelle un animiste. A plus forte raison est-il, comme d'ailleurs dans toute sa physique, un finaliste décidé. L'origine d'un vivant, comme on sait, doit toujours être cherchée, d'après

(i) De an. II, 1, 412 a, 13 : -r&iv <?'» yvaixâv ri uïv ïyn Çwcv, ta £'ovx tyji ■ Çwiàv <?k ~kiyaaz-j -r,-j ôt sotov [ou <?t' etûroà] rooyijv x«t aCf|»ffiv scsci yèiffiv. Cf. 2, 413' a, 20 sqq.

(2) Op. cit., p. 24.

(3) Pour les textes, cf. Bonitz, lad. 591 a, 17.

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