‹ Le Système d'AristoteChapitre 69 sur 99 · LA THÉORIE DE L'ÊTRE · texte numérisé non relu

LA THÉORIE DE L'ÊTRE

qu'on voudra réunir ces diverses réalités pour constituer avec elles une réalité, par exemple l'homme, on n'y parviendra jamais car, chacune des Idées, qu'on la considère d'ailleurs maintenant ou qu'on ne la considère pas comme un universel, étant un être à part, l'homme sera formé du bipède, du pluripède, de l'animal pourvu de pieds, de l'animal, etc., et tout cela, au lieu de faire un être, ne sera jamais qu'un agrégat d'êtres [Metaph. '/., 14). Donc les Idées ne sont que des abstractions : il est impossible que la substance et ce dont elle est la substance soient deux choses à part: les formes intelligibles sont en puissance dans les formes sensibles, et il n'y a rien qui existe à part des choses sensibles et étendues (1). Bref Aristote se montre profondément pénétré de l'esprit nominaliste lorsqu'il examine la conception que son maître s'est faite du réel. Il condamne de la façon la plus expresse le réalisme platonicien.

Mais cette critique du réalisme platonicien n'est encore qu'un préambule, et il s'agit de voir comment Aristote a, pour sa part, conçu et défini le réel. Il semble qu'il a conçu et défini le réel de deux points de vue différents, celui de la sensation et celui de la raison, de sorte qu'il restera finalement à se demander lequel de ces deux points de vue compte le plus et quel est, en dernière analyse, aux yeux d'Aristote, le réel le plus réel. — Qu'Aristote ait regardé les sens comme nous révélant des réalités, c'est ce qui ne saurait être un instant mis en doute. Rappelons-nous, par exemple, comment il prend en pitié ceux qui voudraient contester l'existence des êtres naturels, alors que leur existence nous est attestée par les sens (cf. p. 21)9). L'attitude des Eléates et des Mégariques, qui ne veulent pas déférer au témoignage de la sensation, est, pense-t-il, au-dessous de la critique. Placé k ce point de vue sensualiste, Aristote

(1) Metaph. A, «>, 991 b, 1 (M,5,i079 h, :'>:>) : îr« Joïiivj «v àowarov

taxi "/vol, 7/jv o-jtlc/.-j y.'/.i ou n OÙ via. mt-ï r:r.>; XV ai i<?î'ai zw -auyav.rf.rj où ace t J£»aiî sisv ; Lie (in. III. 8, 432 a, 3 : èrrei aï oùi't npàyua oùOiv ïi-i zaoù. -v. utytàn,.. zù. m'i.iOftZv. y.î/'ooi'j'j.ij'iJ, h roi; dozvi rot; KiafliîTOÎ; t«

VOfl75< îlJTl. . .

Aristoto 26

402 LE SYSTÈME DARISTOTE

déclare que le réel, c'est ce qui tombe sous la sensatiou , à savoir le sensible et l'individuel. Qu'est-ce que la substance première, la seule vraie substance, par rapport à laquelle les genres n'ont qu'une substantialité seconde et empruntée? C'est un homme ou un cheval : voilà ce qui n'est ni attribut d'un sujet ni astreint à résider dans un sujet (1) ; voilà ce qui existe en soi-même d'une existence séparée. Or qu'est-ce qui fait l'individualité et quel est le fond, quelle est la première propriété de la substance première et individuelle? Ce qui fait l'individualité, le caractère coextensif à elle, c'est l'unité numérique (2). L'universel commence ou finit avec l'espèce dernière : au-des- 'sous d'elle, il y a l'infinité des individus (3), dont chacun se distingue des autres parce qu'il est comme une unité dans un nombre. Aristote ne fait qu'exprimer autrement la même pensée quand il dit : oo-a àpi9p.w icoXXà, uXtjv è'ysi (Metaph. A 8, 1074 a, 33 ; p. 268, 1). De sorte que, en un mot, sa doctrine de l'individualité revient à dire que ce qui fait l'individu c'est la matière. Se demander quel est le fond dernier de la substance individuelle, c'est seulement se poser en d'autres termes la même question : qu'est-ce que l'individu ? La réponse d' Aristote est aussi la même. La première et plus fondamentale propriété de la substance, c'est, étant numériquement une, d'être capable de recevoir comme attributs les contraires (Cat. 5, àa, 10 ; p. 103, n. 1). Comme ce qui reçoit ainsi les contraires sans perdre son unité c'est la puissance et la matière, la substance individuelle doit donc sa première et plus essentielle propriété à la matière. Par conséquent, voilà la réalité du sensible délinie par la matière. Ce qui réalise les uriiversaux, c'est gu'ils viennent résider dans une matière ou, pour mieux

(1) Cat. 5 dc'b. : o-jtîv. âé sirtw  Y.voirJjruzdi ts x«i tïO'Ôtw: xai uvJlctu Xzyouévr,..., otov 6 riz, âvOpwTro; o ô tic Î-tto;. Cf. supra, p. 103.

(2) Metaph. B, 4, 999 b, 33 : to yàp àpiô^w h h -6 xaô' Èxaarrcra Xiyetv oiccfipsi oùSiv. ovrw yào léyopzv ~o xaO' Ixkotov ~b àptSjxw ev... Cf. Cat. ~2 s. fin. : onrXùç oz rà âro^a xa/. iv àpiOpy /.«:' ojovjoz ■jtïov.zl'j.ïjw Xéyeroti. ..

(3) Top. H, 2; 109 6, 14: <7X07tîcv Sï xar' ûS-o xa't y.r, zj toi; xneipoiç... Cf. Platon, Philèbe 16 d.

LA THÉORIE DE l'ÊTRE 403

dire encore, dans cette matière ; car une matière prise en général est déjà quelque chose de formel.

Mais est-ce donc vraiment cette conception de la réalité qu'Aristote oppose en fin de compte au Platonisme ? Il serait alors tout.près d'Antisthène. Ce pur sensualisme ne saurait être l'expression définitive de sa pensée. A vrai dire, lorsqu'on s'étonne qu'Aristote ait eu recours à la matière pour définir le réel, il faut éviter de se méprendre et ne pas lui faire dire que" c'est la matière comme telle qui est le réel. Ce qui est le réel, au moment de la pensée d'Aristote qui nous occupe, ce n'est ni la matière ni la forme, c'est le composé des deux. Le ariSvoXov est pour lui, à ce moment, la réalité véritable. Ces pierres, ce bois et ces tuiles, informés par la détermination générale : un abri contre le vent, la pluie et la chaleur; et, réciproquement, cette détermination générale, matérialisée dans ces pierres, ce bois et ces tuiles, voilà le réel (cf. De an. I, 1, 403 a. 29-6, 8). La réalité n'appartient ni à la forme, ni à la matière : toutes deux y contribuent, et il n'y a de réel que par leur union. C'est ainsi qu'il faut présenter la pensée d'Aristote, si Ton veut ne pas la trahir. Toutefois cette doctrine de conciliation n'empêche pas qu'il est permis et même nécessaire de se demander auquel des deux facteurs de la réalité on doit attribuer la contribution la plus considérable ; elle n'empêche pas surtout qu'il faille chercher ailleurs le dernier mot d'Aristote sur la substance.

Si l'on avait proposé à Aristote de faire de la sensation la mesure de l'être, on se représente avec quelle vigueur il aurait repoussé la proposition. Le sensualisme de Protagoras n'a pas d'adversaire plus déterminé : il y voit avec raison l'anéantissement du principe de contradiction et, par conséquent, de la plus essentielle propriété de l'être (Metaph. V ï, 1007 6, 19-25 et 5 déb.). Si L'individualisme est le vrai, ce ne peut être au sens où il s'accorde avec le sensualisme de Protagoras, et réciproquement le sensualisme qui découle de la vraie théorie individualiste de la substance ne saurait être celui de Protagoras. De l'ail, rim de plus éloigné du sensualisme de Protagoras que le sensualisme d'Aristote. Le sens qui ne trompe pas, c'est, selon

Aristote, celui de l'homme normal (1) : première manière de transformer la sensation en intuition rationnelle ; et la transformation est complète, quand on nous dit que la sensation a pour objet, non pas -zb -6oz, mais to Toiôvoe, et qu'elle est intellection (cf. p. 399, n. 1). Le réel, c'est donc ce que saisit l'intellect, bien plutôt que ce n'est ce que saisit la sensation. Corrélativement, si on le considère en lui-même et non plus par* rapport à nous, le réel est constitué bien plutôt encore par la forme que par la matière. Le livre Z de la Métaphysique distingue les trois sortes de substances : la matière, le composé de matière et de forme et enfin la substance formelle, et c'est celle-ci qu'il met très décidément au premier rang. Sans doute le livre Z porte sur la substance comme objet de la définition, plutôt que sur la substance en elle-même. Cependant le livre H, qui est le complément du livre Z, est d'un caractère ontologique, et d'ailleurs ce caractère marque ia fin même du livre Z. On y trouve énoncée une conclusion vers laquelle tend en somme toute la doctrine d' Aristote sur la puissance et l'acte, sur la matière et la forme : la forme de la syllabe, distincte des éléments de la syllabe, est la cause de la syllabe. C'est donc la forme qui est la substance de chaque chose, parce qu'elle est la cause première de l'être de chaque chose (2). Ainsi, à considérer les substances composées elles-mêmes, on voit que ce qu'il y a de plus substantiel en elles c'est la forme : la matière ne joue dans la constitution de ces réalités qu'un rôle subordonné.

Quand même d'ailleurs la part de la forme ne serait pas aussi manifestement prépondérante dans la réalité des sub-

(1) Meiaph. K, G, 1062 b, 35 : ... o-joinors yùp -o «îtô yat-Jêtai toJs ûkt yï-jy.-j roi; 3ï ToùvàvTÎov, fuj $Ufd<xpy.éw» xai Xs^wênjug'vùjv :w hépae»

TO atO"9"/3T"flptOV V.0Ù X.piT'ÔpLOV T&JV ),££0ÉVT(UV %Uf*kV.

(2) Z, 10, 1035 a, 2 : ... oOc-ta Jj xt iïXit /.ai tô eï<?oç /.«î ro va rovrwv... Sur la primauté de la forme, cf. 3, 1029 a, 5 (eilé p 268, n. 7). — Ce qui fait que la syllabe est quelque chose en dehors des lettres, voyelles ou consonnes, dont elle est composée, c'est la cause qui fait que telle matière est syllabe et précisément telle syllabe, 17, 1041 b, 11 jusqu'à la fin du chapitre, et surtout b, 27 : oOo-ia (J'sxâo-rou ptv

toùto * tovto yào KtTtOV RUÛTOV TOV etvat.

l'être en tant qu'être -405

stances composées, cela serait de peu d'importance, puisque ces substances ne sont pas encore ce qu'il y a de plus substantiel et que, selon Aristote, l'être en tant qu'être ne doit pas être cherché parmi elles, ni mémo, à proprement parler, au fond d'aucune d'entre elles. L'objet de la philosophie première, dit Aristote, est l'être en tant qu'être (1). Mais il ne faut pas croire que l'être en tant qu'être est un universel, un caractère commun à tous les êtres. Ici Aristote appelle à son aide une dernière fois la distinction de l'unité générique et de l'unité d'analogie. Tous les êtres ont de l'être. Mais ce qu'ils ont de l'être n'est pas une partie, même conceptuelle, de l'être. C'est l'identité du rapport qu'ils soutiennent, chacun avec ses attributs ou les autres êtres, et du rapport que soutient l'être en tant qu'être avec ses propres prédicats. Si l'être, en tant qu'il se retrouve à propos de tous les êtres, peut être dit universel, c'est d'un genre particulier d'universalité : il est universel parce qu'il est premier et fondement d'analogie (2). L'être en tant qu'être, étant premier, devient un type, il est imité par d'autres êtres. Chacun d'eux se règle sur lui. Mais il est h part d'eux tous, et cela réellement, non logiquement ; et le vrai nom de la philosophie première, c'est Théologie (E, 1, 1026 a, 18). En un mot, l'objet de la philosophie première est un individu. Or cet individu, comme Aristote le répète sans cesse avec des expressions diverses, est une pure forme (cf. p. 407, n. 2). 11 est une pure forme, parce que sa fonction est d'expliquer les autres êtres et que la véritable explication consiste à invoquer la fin et, en dernière analyse, la forme. La forme explique tout le reste et se suffit à elle-même.

Nous reviendrons tout à l'heure sur l'être en tant qu'être pour le considérer en lui-même et approfondir son essence. ( ummençons par comparer cette essence avec celle des autres êtres. Que les autres êtres doivent plus ou moins

(1) Metaplt. r, i di'but : ït-u ï-ivrour, -i; r) Qzbipv. ro îv r, ov *«'( ?à -ryj-.x ÛTrapyovTB x«0' coro. . .

(2) Metaph. F-, 1 fin : ... xai xaOoÀov Q-jm; ôzt npùrr) . l'our l'uni- TCrsalité d'analogie, voir p. 397, n. 1.

leur réalité à la forme, cela, avons-nous dit, importe peu, puisque le premier de tous les êtres est forme pure, de sorte que la suprématie reste inéluctablement à la forme. Cependant il y a quelque chose de choquant dans le fait que l'individu suprême soit une forme pure, tandis que les autres sont des individus précisément par leur matière. C'est là dans le système d'Aristote une incohérence qu'on ne peut nier. Mais il reste à savoir si, tout en étant une vérité historique, elle est aussi une vérité philosophique; si, en d'autres termes, elle est exigée par l'esprit du système. Il semble bien qu'il n'en est rien. Tout dans le système, nous avons essayé de le montrer, est orienté vers la forme comme aussi vers l'affirmation de l'individu ou, mieux encore, des individus. Le point faible, nullement exigé par la logique de la doctrine, est la théorie de l'individualité. Entre les deux conceptions de l'individualité qui se trouvent dans la lettre d'Aristote, une seule est compatible avec les principes directeurs de la pensée aristotélicienne : l'individualité de Dieu lui vient de ce qu'il se suffit ; c'est parce qu'il a une réalité positive pleinement suffisante, qu'il est un être séparé (1). Au contraire c'est par des caractères négatifs que s'expliquerait l'individualité des autres individus : ce privilège de l'existence séparée, qui est en lui-même réellement un signe d'excellence et de réalité positive, leur viendrait d'un défaut. Cette manière de voir platonicienne se comprend dans Platon, qui ne place pas très haut dans son estime l'individu. On ne comprend pas qu'Aristote l'ait adoptée. La logique lui aurait conseillé d'en adopter une autre. Il aurait dû, obéissant au mouvement d'ensemble de sa pensée, définir tous les individus par la forme. Parla matière il aurait pu expliquer pourquoi

(1) Metaph. A, 7, 1073 a, 4 : ... gorty oùaux. -ic, àtôtoç xoù àxtvrçroç v.v.'i v.zyjiïcn<jy.iv(\ :wv aîffô/jr&jv. . . Cf. 10 déb. et K, 1, 1064 a, di'j, 1. Le divin est ce qui se suffit, De caelo I, 9, 279 a, 21 : ... -r,-j upiczriv ïyoj-v. [se. ràxîî a, 18, c'est-à-dire les natures divines qui sont audessus du premier ciel] Ç«àv r.cà <xvz«.px.i<T7d-rlv... cf. a, 35 ; Eth. Xie. X, 7, 1177 a, 27 : ij ts Xeyope'vi] «ÛTapxEtK Trepi riiv OîwpvjTtzvjv [se. oiaywy^v] àv enj, et la vie théorétique est précisément celle de Dieu (Metaph. A, 7, 1072 b, 14). Cf. aussi Eth. N. I, 5 (7), 1097 b, 7 sq.

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les individus sensibles ne sont pas des dieux, c'est-à-dire pourquoi ils ne sont pas des êtres suffisamment séparés, indépendants, individuels ; car ces trois mots expriment la môme notion. Il ne pouvait demander à la matière d'expliquer ce qu'il y a de positif dans l'individu : un tel mode d'explication revient en effet à traiter l'individualité comme une infirmité. Les Platoniciens d'Alexandrie, qui lui doivent tant d'ailleurs, ont été plus aristotéliciens qu'Aristote quand, éclairés, il est vrai, par la doctrine stoïcienne des raisons séminales, ils ont admis une Idée de Socrate, une Idée de chaque individu (i). Si Âristote avait rompu sur ce point avec son maître, toute sa doctrine de l'être se serait aussitôt éclairée d'une vive lumière et développée d'un bout à l'autre dans un parfait accord avec elle-même. Elle eût été partout anti-universaliste ou individualiste, sans cesser d'être un rationalisme, puisqu'elle eût été partout formaliste. La notion de la forme, complètement rectifiée, eût été sans hésitation envisagée du point de vue de la compréhension.

Mais nous n'avons encore fait qu'esquisser le contour extérieur de l'individu suprême. 11 faut pénétrer un peu plus avant dans son essence, nous demander ce qu'est au fond l'être en tant qu'être. Ce fond de l'être en tant qu'être se présente, semble-t-il. sous trois caractères : c'est la forme, la forme concrète., et enfin la forme vivante (2).

(Il Voir Plotin, Ennéade V, vu, par ex. 1 : ... ei pùsv ksi Soixpârijç

XOÙ 'l'J/j, ïw.oy-'j-j;, ïircr.t Uj-o<7',>/.pv-rt; xetô' ô r, ty*>~/Jr, 7.v.Hi/.v.G-.'/. -/.ai îxî? • si oovx àst, v'.û.'/. 5X'ÀOT£ a)./7î ytvcTca 6 -oorcoov Zoj/.oarvrç olo-j 6 llvtfcr/ooaç y; ri: v.'/j.oç, oùx.S'1 ô y.c.5-'/.acr75< o-jto: v.v.v.il. Sur cette conception dans la doctrine stoïcienne des raisons séminales, cf. Némésius Nat. hum. 38, p. 277). Arnini. St. rrt. frrujm. n. 625, H, p. 490, 16). (2) C'est la forme pure et l'acte pur, Metaph. \, 8, 1074 a, 35 : rà <Jî ri r,v stvac ov/. i/u û\ï)v ro irpûrov ' hirs).é%eta yao . h ioci. y.-A Xovu xaè usjih'j.', Ta TrrjùTO-j xjvoûv.. . 7, 1072 a, 25 : ... v.i'lm xai o-'j-ic/. /.ai ivépyua ovaa. Cf. />, 8 : 0, 1071 b, 19 sq., 22 et tûep. C'est une forme vivante, ibid. 7, 1072 b, 26 : xeei Ç<wi fe y' jr.v.p/v. • h yùp -jq-j hépytut Çwij, sxïîvoç oï rt i'jiry/et.'x ■ ijipyn.x os r, /.?.<)' etùri)* ixïivoti Z'->'ô ùpivm /.où «tôto;. ftxftvj ai) [Bonitz, au lieu de St] rov Qéôv etvai Çyo-j ài<?tov

aotTTOv, ùtzî Ç'-rï, /.ai ottùv iwv/ji^ xai oûvi.o; ùfrapysi t<7j Oc'û. roûro yào ô 0eoç. Cf. 6, 16 sq. ; /)e eae/û 11," 3, 286 a, 0 ; I, 9, 279 i rw/wa,

p. précéd., note).

Aristote était trop pénétré de l'esprit de la philosophie conceptuelle pour céder, lorsqu'il s'agissait de définir la réalité suprême, à la tendance qui le reporte souvent vers le réalisme des Physiologues, en haine de celui de Platon. Il fallait bien qu'il définit par la forme le principe souverainement explicatif et souverainement réel. C'est ce qu'il a fait de la façon, non seulement la plus expresse, mais aussi la plus conséquente et la plus consciente. Il ne se contente pas de dire sans cesse que Dieu est tout en acte. Il écarte encore de lui la quantité (1), ce qui, à moins de réussir à rendre intelligible la quantité elle-même, était le moyen décisif de donner à cet être des êtres une essence conceptuelle. Si les Idées de Platon ne sont pas dans le lieu, le premier moteur est inétendu, et même, puisqu'Aristote distingue du temps l'éternité, Dieu, tout en durant peut-être, n'est pas dans le temps au sens ordinaire des mots (2). Il est donc bien entendu qu'il ne reste au fond de l'être suprême aucune trace de matière ou de support. Mais cette façon de définir la réalité suprême ne constitue pas, par elle-même, un progrès sur Platon. On n'en saurait dire

(1) Voir supra, p. 4U2 le texte de Metaph. A, 8, 1074 a, 33 et 7, 1073 a, 5- 11 : dans ce dernier passage Aristote renvoie à une démonstration antérieure, #sJïçxtki os v.oà on pu'ysôoç o-j^av ï/jcj hdéyzza.1 rawTKjv tàv oùatav [se. tàv àîiïtov /.ai âxcvqrov] ; c'est celle de la Physique, VIII, 10, 267 b, 17 à la fin (voir p. 349 sa;.).

(2) Pays. IV, 12, 221 b, 3 : . . . t« «si ovra, r, àsi ôwtk, oùx êartv iv Xpôv&ij D'autre part les natures simples qui sont l'objet de la pensée divine sont pensées dans un temps indivisible, De an. III, 6, 430 b, 14 : to <Js p.ri x«rà kqgo-j c/.$iu.ioiro-j à).).à rû eïiï&i vozï sv Uâiuipézto ypovM xai ào iu.ipé-o> zfjc, i|»u%v5ç. . . Ces textes permettent de comprendre le remarquable passage sur lequel s'achève le ch. 9 de Metaph. A, 1075 a, 5 : ïzi Sh \i'nzi-a\. uTtopix si trfc/QeTov to voovusvo-j [l'objet de la pensée divi7ié\ • jxeTaS«X).o£ yv.p 3b [la pensée divine] sv toîç [lipsat roy o1o-j. ri [mais ne faut-il pas dire plutôt] kStttipsrv» 7T«v zb ari i'^ov v\yv ; âansp 6 iaiBpéitivoi vôûç, r, 6 ys [ou en général tout intellect qui a pour objer...] twv truyôsrwv, ïyti êv rtvt xpovw [cf. 7, 1072 b, 15, 25 : pi.ix.pav voôvov rjp.lv, iiç flpuïç ttots']' où yùp Ê^ît to sv sv zcodi c sv zyâi [se. ^oovwj, «/).' sv ôXw Ttvi rô âpiarov, ôv aX).o zt [quoique ce parfait soit distinct de lui ; à plus forte raison si ce parfait était la pensée même qui le pense, comme c'est le cas pour Dieu}' owtws $ zxu uùjt) «ûtvjç r) vovjui; tôv ânuvzot. eùcôva. Cf. Bonitz, Metaph. II, p. 517 sq.

l'être en tant qu'être 409

autant à propos du second caractère fondamental de l'être en tant qu'être. On a quelquefois été tenté de considérer sa nature comme très abstraite, et le fait est qu'Aristote n'a peut-être pas assez fait ressortir combien, dans sa pensée, l'être en tant qu'être est loin de ressembler à l'être de Parménide ou à l'Idée de Platon. En dépit de tendances contraires, l'Idée de Platon est d'autant plus réelle qu'elle est plus générale, c'est-à-dire plus vide. La forme d'Àristote est au contraire quelque chose de concret ; car l'espèce a plus d'être que le genre (1). Dieu, être simple, c'est-à-dire sans parties, comme eût avec raison commenté Leibnitz, n'est pas pour cela un être sans attributs. C'est au contraire l'être souverainement réel (2). Reste enfin un dernier caractère de l'être en tant qu'être, qui suppose les deux autres et les dépasse en excellence et en signification : l'être des êtres, c'est l'esprit (3), Non seulement Aristote l'affirme, mais il a au moins le sentiment, sinon l'idée adéquate, de la portée de son affirmation. Sans doute il a dit quelque part que la pensée, c'est les pensées (4), ce qui paraîtrait ramener le sujet à* l'objet, même après qu'il n'est plus question d'une dualité de l'intelligible et

(1) Ccit. 5, 2 b,1 '. rûv <?'î OêUTSOwv oûcrtûv •j.y'ù.ryj oûcicc -o ilooz -rjj vevouç • è'yytovyào rijç tto'.jtv;; Q»<r£aç éorî».

(2) Il l'est en tant que forme pure et acte pur, fin suprême et bien suprême, et c'est pourquoi il se suffit ;ï lui-même (cf. p. 406, n. 1). Cf. Metaph. A., 1, 1072 a, 27 : ce qui est souverainement et immédiatement intelligible et désirable, autrement dit ce qui a le plus d'être, est uDe seule et même cbose : toûtuv t« -o-ôtx t« cor*, a, 31 sq. : ... toûtvjç [se. -f,^ a-jcroi^ia; rij; yo'jjrjjç y-y'j sauniv] r, ouata -o:,—rlf /.ai raÛTUÇ [se. ~c; ojil'xç, r, fteckiarcn 7TOWT1}] r, v.-'ir, /.'/.<. /.a?' Ivépyeuicv. 34-6, 1 : dans la même série se Irouvenl le bien et le désirable par soi, xai ïtrciv xpiarov ùlil y ôvôÀoyov rà ttûwtov. b, 10 sq. : s| Kvctyxv; £p« • au sens de 78 ai, ïj'jiyoxïjryj 'j.'O.'.i; uù' ').-'/.'■>;, 13j loTÎvbV xat ç u.'jv.v/.r,, xoùùq, xai oSt-.j; 'M/jt-

(3) Ibicl. 9, 1074 b, 33 : ... -0 ûptaxov ô vouais [lorsque, au lieu d'être, comme en nous, C actualisation d'une puissance, elle est la pensée immédiatement actuelle]* erôtèv àpa voeî [se. 6 «ovç], ic««o i-rri [se. ô woùç] fo xoartorov, /.nci éttiv â yôijfftî vo/i7;'.>; vôioffiç. 1075 a, 3 :

OV;/ cTEOOV OUV OVT*0{ TOV VOODUsVO'J X«î TOJ VOÙ, ÔO"« firç £££( tftïJV, TO «VTQ £775(1 /.Kt q VOÏJTt; TM VQOUUCVU Ut2«.

(1) Zte «n. I, 3, 407 a,l : h $ï vivais ry. vosuara.

de l'intelligent, ni d'une action exercée sur l'intellect par l'intelligible. Cependant ce n'est pas là, semble- t-il, le dernier mot d'Aristote. Il affirme trop ériergiquement la vie de Dieu pour en revenir à faire de lui, par un détour, une Idée platonicienne, une loi morte. Dieu, pour Aristote, est et reste sujet en même temps qu'objet, et l'assertion qu'il est l'esprit mérite d'être prise dans le sens le plus propre et le plus plein. S'il est vrai que les autres êtres imitent le premier des êtres (1), on voit que la philosophie conceptuelle, idéalisme tout objectif chez Platon, tend déjà fortement chez Aristote à passer à l'idéalisme complet, pour qui un être est la synthèse d'un objet ou d'un sujet.

(1) De caelo I, 9, 279 a, 28: ôfcv [à partir de celte substance immortelle et divine qui est la fin de l'univers] xat zoï: ôCù.oiç è^jbtijrsa, roi; ue-j KxoiSésTfepo?, roïç^'àixaupwç, ri sîvoû tî v.oà Çijv C'est aussi sous le rapport de la finalité que le livre A de la Métaphysique, envisage cette action du modèle suprême., 7, 1072 b, 3. 1-i : xtveï 8ï wç ipwasvov... iv. TOiaÛTîjç y.ov. ap'/Jô^ ripzrjTv.i 6 oûp«vô;xal h yuffiç. Par contre, dans le De gen. et corr. I, 3, 318 a, 1 sq.. il la considère comme celle d'une cause efGciente : o3<niç S'ctï-rix; uiïz fiev ôôîv ritv «pjf^v etvotï yoLui-j rijç ■/ i-jï,n -.'■>;... Cf. 7, 324 b, 43 sq. où les deux points de vue sout expressément opposés l'un à l'autre.

INDEX ALPHABETIQUE

N. U. — Afin de ne pas briser le contenu de la table et d'en rendre V usage plus facile, j'y ai introduit les mots grecs et je les y ai classes à leur rang alphabétique, sans tenir compte de l'aspiration et en adoptant les équivalences suivantes : y = g, 8 =: th, x — k, ç = x, ç> = ph, x = ^i V — Ps- — Les termes techniques grecs sont accompagnés de leur équivalent français. Z/astérisque renvoie au mot qui en est suivi. Les chiffres gras signalent les passages les plus importants. — Le titre des ouvrages d'Aristote qui sont mentionnés dans la table y est indiqué en italiques et d'après sa traduction française ; le renvoi permet de retrouver le titre grec. Les écrits perdus sont précédés du signe f et les apocryphes placés entre crochets.

ABSURDE (démonstration ' par 1').

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