CATALOGUES DES ÉCRITS D'ARISTOTE
authentiques (i). Il n'en demeure pas moins douteux que Hermippe ait fourni le fonds commun des catalogues de Diogène et d'Hésychius.
Notre troisième, ou, si l'on veut, notre second catalogue, présente un caractère très différent. On y cite, incidemment Apellicon et Andronicus (2), et presque tous les ouvrages de notre collection s'y trouvent. Yl Éthique à Nicomaque peut avoir été oubliée et les Parva naturalia peuvent avoir été réunis, pour abréger, sous les titres de deux d'entre eux, confondus d'ailleurs en un seul : De memoria et somno (3). Ge catalogue ne nous est d'ailleurs parvenu qu'incomplet. Il nous a été transmis par deux auteurs arabes du xiu" siècle (4), Ibn-el-Kifti et Ibn-Abi-Oseibia, qui déclarent l'avoir emprunté à un certain Ptolémée, de la province de Rome. Ce nom n'est pas inconnu des écrivains grecs. David dit que Ptolémée, qu'il confond, il est vrai, avec Ptolémée Philadelphe, évaluait les ouvrages d'Aristote à mille livres. Or nous connaissons l'existence d'un péripatéticien du nom de Ptolémée, dont divers indices nous permettent de placer la vie entre 70 au plus tôt et, au plus tard, 220 ap. J.-C. ;
(1) Sur ces divers points, voir Chaignet, Essai sur la psychologie d'Aristote (1884), p. 76, n. 1 et p. 77, n. 2 : le texte, traduit dans la première noie (et qui provient d'un commentaire des Catégories qu'on attribuait autrefois à Ammonius [le fils d'Hennins et L'élève de Proclus, vers 500; cf. Zeller, III 24, 893 sqq.], mais qui doit être restitué à Philopon [Jean d'Alexandrie, surnommé Philopon, disciple d' Ammonius, vers 530]) est particulièrement intéressant : cf. Philopon (olim Ammon.) in Categ. 7, 2:1 éd. Busse {Comment, in Ar. r/r. XIII, 1 ; Srholia publiés par Brandis dans le vol. IV de l'éd. de Berlin, 28 a, note). Voir aussi Elias (olim David) in C.at. 128, 5-9 éd. Busse (XVIII, I ; Schol. fir.,28 a, 13-16) et Simplicius Cat. 8, 22-24 éd. Ivulbfleisch (VIII ; Schol. 28 a, noie). — Elie et David, probablement chrétiens comme Philopon, sont, à ce qu'il semble, des élèves d'Olympiodore le Jeune, disciple lui-même d'Ammonius : cf. Zeller, III 2\ 917, 4. Sur Simplicius, élève d'Ammonius et l'un des meilleurs commentateurs d'Aristote [vers 530], voir Zeller, iùid., 909 sqq. — Ci', aussi infra, p. 07 sq.
(2) N«s 80 el90 dans les Fragm. de Rose, p. 1 169 sq. Au iv 87 on reconnaît en outre le nom d'Artémon (cf. infra, p. 10).
(3) No 40. Cf. Zeller, op. cit.. p. 55, a. 3.
(4) Cf. Rose, p. 1469, note placée en tête du catalogue en question.
16 LE SYSTÈME [/aRISTOTE
c'est celui-ci probablement qui est l'auteur du catalogue. Il faut remarquer que l'évaluation à mille livres des œuvres d'Aristote est celle même d'Andronicus. Telle que les deux auteurs arabes nous la donnent, la liste de Ptolémée ne contient plus que cinq cent cinquante livres environ poulies quatre-vingt-douze ouvrages cités (1). Peut-être, de l'identité primitive des chiffres et de la citation du nom d'Andronicus, pourrait-on induire avec quelque vraisemblance que le catalogue incomplet qui nous est parvenu par l'intermédiaire de ces auteurs arabes est, au fond, un reste du catalogue même d'Andronicus.
Quoi qu'il en soit, et même dans l'hypothèse la plus favorable, il faut avouer que nos catalogues, même celui de Ptolémée, ne peuvent pas nous être d'une grande utilité. Celle qu'on attendrait d'eux, ce serait d'établir l'authenticité des ouvrages qu'ils indiquent. Evidemment ils ne sauraient nous la fournir. La question d'authenticité ne peut être résolue que par un examen de chacun des ouvrages. Force est donc de les parcourir tous. Nous commencerons par les ouvrages non scientifiques, et, puisque nous n'aurons pas à revenir sur ces ouvrages si ce n'est d'une façon tout accidentelle, noÉ profiterons de la revue que nous allons entreprendre pour faire connaissance avec eux, du moins avec les plus caractéristiques d'entre eux.
Il ne semble pas qu'Aristote ait écrit un grand nombre de vers. Diogène (n° 145) et Hésychius (n° 138) mentionnent deux poèmes dont on ne sait pas si ce sont ceux dont les fragments nous sont parvenus. Ces fragments paraissent authentiques. L Hymne à la vertu est d'une assez belle allure. Mais ce n'est ni du lyrisme de génie, ni de la poésie philosophique comme celle de Cléanthe (2).
Le catalogue arabe (n° 90) nous dit qu'Andronicus a connu vingt livres de Lettres ou peut-être seulement vingt lettres. D'autre part (n° 87), on nous parle de huit livres de Lettres, réunies par un certain Artémon. Ces lettres étaient célébrées comme des modèles. Il semble bien qu'il ne nous en reste
(1) Zeller, p. 54, n. 2 et p. 55.
(Y) Zeller, p. 56, n, 1.