ET, EN PARTICULIER, SES DIALOGUES
Nous possédons trois catalogues des ouvrages d'Aristote, reproduits tous les trois par Rose en tète des fragments dans l'édition de Berlin. Les deux premiers sont ceux de Diogène et de l'anonyme de Ménage. Mais on voit au premier coup d œil que celui-ci a beaucoup de parenté avec celui-là. Des 146 titres de Diogène, 132 se retrouvent dans l'anonyme, et, parmi les titres ajoutés par ce dernier, quelques-uns ne sont que des répétitions ou des variantes de titres mentionnés par Diogène. Si l'on tient compte en outre du fait que certaines particularités dans la notation des titres se rencontrent chez les deux auteurs à la fois, on ne peut douter que l'un ait copié l'autre, ou qu'ils aient eu une source commune. Selon l'opinion de Rose (1), c'est l'anonyme qui a copié Diogène, et, d'après Rose encore, suivi par Zeller (2), l'anonyme c'est ici Hésychius de Milet (vers 500 ap. J.-C).
Ce? deux conjectures ne sont peut-être pas des mieux appuyées. D'ailleurs il faut bien reconnaître que le catalogue de l'anonyme, disons le catalogue d'Hésychius, a eu, pour une de ses parties au moins, une autre source que Diogène et, peut-être, une autre source que celle de Diogène. Il s'agit de l'appendice, dont les nos 147-1<>8 (3) eon-
(1) Fragm., p. 14GG, dans les notes.
-2, Op. cit., p. 50, n. :'».
(3) Fragm., p. 1-468 b.
stituent des titres d'ouvrages capitaux et authentiques. Le fait d'avoir ajouté un second appendice, consacré à des écrits apocryphes, en les donnant pour tels (1), parle aussi en faveur d'Hésychius ou de sa source. Quoi qu'il en soit, il reste un fonds commun à Diogène et à Hésychius. Ce fonds est fait pour nous surprendre ; car, s'il mentionne nombre d'ouvrages inconnus ou incertains, en revanche il n'indir que qu'une dizaine, ou, pour tout mettre au mieux, une quinzaine des ouvrages que nous connaissons (2). La source n'en saurait donc être, pour cette raison même, Andronicus de Rhodes, l'éditeur de notre collection aristotélique, ni même, après lui, Nicolas de Damas. Ajoutons que le Ilepl Ippiveiaç, rejeté, à tort ou à raison, par Andronicus, est admis par Diogène dans son catalogue (3). Quelle est donc la source de la partie commune du catalogue de Diogène et du catalogue d'Hésychius ? Zeller conjecture que c'est Hermippe (-4). Hermippe, selon Zeller, se serait contenté de relever celles des œuvres d'Aristote que possédait la bibliothèque d'Alexandrie. S'il a fait cela en croyant être complet, c'est digne de sa sottise, mais non pourtant du soin et du zèle qui lui étaient ordinaires (5). Reconnaissons du reste que cette hypothèse d'une collection aristotélique, fort incomplète à Alexandrie, explique hien le même défaut dans les catalogues de Diogène et de l'anonyme, et qu'une autre explication est difficile à trouver. Cependant l'hypothèse ne va pas toute seule : on s'étonne que la bibliothèque ait été si mal pourvue, car on sait avec quel empressement, principalement sous Pj,olémée Philadelphe, on y recherchait les textes aristotéliciens. Sans doute les faussaires montraient-ils un égal empressement à profiter de ces dispositions, et, en un sens, il est bien vrai que l'abondance des faux implique peut-être l'absence des textes
jl) Ibid., p. 1469 b.
(2) Cf. Zeller, op. cit., p. 52, n. 1.
(3) Zeller, p. 5-1-53.
(4) 11 avait écrit une vie d'Aristote (cf. p. 4, n. 1) et en outre un catalogue des ouvrages de Théophraste, cf. Zeller, p. 53, n. 3.
(5) Cf. V. Egger, De fontibus Diog. Laërtii, p. 25.