‹ Le Système d'AristoteChapitre 9 sur 99 · ŒUVRES DE JEUNESSE. DIALOGUES · texte numérisé non relu

ŒUVRES DE JEUNESSE. DIALOGUES

le style. Ce dialogue est une imitation du Phédon. Un passage de Cicéron, dans le De divinations (I, 25, 53) nous apprend à quelle occasion et sur quel thème il fut composé. Un songe avait annoncé à Eudème, cet ami d'Aristote dont nous avons déjà parlé (p. 7, n. 1), une suite d'événements,- dont les premiers se réalisèrent, mais non le dernier qui était son retour à Chypre, sa patrie, après cinq années ; à ce moment même, en effet, Eudème mourut à Syracuse. C'est donc sans doute à son âme que le retour promis par le songe dut être accordé. C'est ainsi que la mort de son ami inspira à Aristote un écrit sur l'immortalité de l'âme. Il démontrait cette immortalité en réfutant la doctrine de l'a me harmonie (fr. 41), et il définissait l'àme comme une forme, efôôç ti (fr. 42). Il s'appu}rait sur l'idée de la réminiscence (fr. 35), et il insistait sur la vie séparée des âmes (fr. 37 et 39). Il allait même jusqu'à maudire le corps (fr. 35 et 36). Si maintenant nous considérons la forme, notons la place faite au récit du songe, par lequel s'ouvrait le dialogue (fr. 32), et, quant au style proprement dit, nous pouvons en juger par un fragment textuel assez étendu (fr. 40), que nous devons à Plutarque (1). Sous tous les rapports, ce dialogue paraît en somme porter la marque platonicienne ; ce qui s'explique par la date à laquelle il fut probablement écrit, peu de temps sans doute après la mort d'Eudème (352), alors que Platon vit encore et qu'Aristote, âgé de trente-deux ans, n'a pas cessé de faire partie du cercle platonicien, bien qu'il n'appartienne plus à l'École. Cependant il y a déjà des nuances. D'abord, pour le fond, on aperçoit dans quelques fragments (35 et 37) des indices d'on ne sait quel naturalisme aristotélicien. D'autre part, il ne semble pas que Y Eudème ait eu les caractères d'un dialogue platonicien : ce ne devait être un dialogue que dans la lettre, mais non dans l'esprit, et selon ce que Cicéron appelle àpurroTéXewv morent : in quo sermo ita inducitur ceterontm, ut pênes ipsum sit principatus {ad Att. XIII, 19, 4). Autrement dit, c'est toujours l'auteur

(1) Voir la traduction de ce fragment en appendice à la fin «l«* la leçon.

qui parle. De même, le style n'est plus celui de Platon : la phrase est trop logique, trop régulière ; ce n'est plus de la conversation, c'est du style oratoire et non exempt de recherche, ni d'apprêt. On ne s'étonnera guère, après cela, des jugements de Cicéron sur la langue d'Aristote : /lumen aureum orationis fundens Ariétoteées, écrit-il dans les Académiques (II, 38, 119), à propos, semble-t-il, du dialogue dont nous allons parler tout à l'heure ; il loue les « ornements » dont elle se pare [De fin. I, o, 14), et il va même (ad AU. II, 1, 1) jusqu'à vanter les Aristotelia pigmenta ! (1)

Le Depl çptXoo-oçpîaç doit, semble-t-il, dater d'un peu plus tard. Il est encore écrit très brillamment et dans une manière qui veut être platonicienne : ainsi le fragment 14 renferme une transposition de l'allégorie de la caverne. Mais, poulie fond, Aristote est déjà plus lui-même (2). D'abord Aristote se prononce contre la théorie des Idées et notamment contre les Nombres idéaux (fragrn. 10 et 11) ; puis il affirme non seulement l'impérissabilité, mais l'éternité du monde aparté ante (fr. 17, 18). Il y donnait, paraît-il, une histoire du développement de l'humanité qui, tout en admettant les déluges périodiques, n'était plus platonicienne en ce qu'il n'y avait plus de commencement. Le goût de l'histoire et de l'érudition, en même temps que le sens critique, se montraient aussi dans cette partie du dialogue : ainsi, dans le fragment 9, les doutes sur l'authenticité des poèmes» attribués à Orphée.

A côté des dialogues, mais en l'en distinguant, il faut mettre le UpoTpeimxoç. Il n'est pas certain en effet que ce fût un dialogue, car l'ouvrage était, nous dit-on, non pas dédié, mais adressé à Thémison, prince de Chypre, non pas 0ep.»lccov, TipoTypaçô^evoç, niais ttcoç ®£jû<ytûva Ypacoôuevoç : ce qui s'expliquerait bien difficilement s il s'agissait d'un dialogue.

(1) Il est vrai d'ajouter que, dans le second de ces texte?, Cicéron ne l'ait pas de différence entre Platon et Aristote, auquel il joint Théophraste. Cf. p. 47, n. 4 et d'autres textes dans Zeller, lit. 1.

(2) Ainsi que T'établit Zeller, p. 59, n. i, seconde moitié de la note (p.60sq.).

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