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voir qu’on y peut distinguer deux parties: l’une concerne les relations proprement physiques des choses; l’autre concerne la substance des choses. La première est la théorie du mouvement, la mécanique, l’autre est la théorie de la matière. Dans cette leçon nous nous occuperons de la première. |
Descartes a plus fait que personne pour introduire dans la physique l'idée d’une explication mécanique des phénomènes. Prise en général, cette idée est sans doute une acquisition définitive de l’humanité, et par conséquent, en tant que Descartes a contribué à promouvoir cette idée sous sa forme générale, son œuvre a été d’une importance capitale et décisive. L'explication mécanique des phénomènes permet seule, ou permet la première, de saisir partout l'existence du déterminisme et de comprendre le jeu de ce déterminisme. Voici ce que nous voulons dire. Si le passage d’un phénomène à un autre se fait conformément aux formules de la mécanique, 1l est clair que ce passage est complètement déterminé et
qu’on est sùr d’avoir bien saisi toutes les conditions de
ce passage, dans la mesure donnée où on veut saisir ce passage, laissant de côté au besoin des circonstances concomitantes, mais qui ne font pas partie du déterminisme mécanique dans le changement que l'on considère. D'autre part, ce déterminisme complètement saisi est en même temps particulièrement rationnel et intelligible, le seul même, selon beaucoup de penseurs, qui soit rationnel et intelligible; il est intelligible, puisqu'on y applique la déduction mathématique et que l'on peut, suivant l'expression chère à Descartes, expliquer les effets par les causes, les expliquer au sens fort du mot. Au contraire, tant qu'on n'a pas la garantie et comme la contre-épreuve des formules mécaniques, on n'est jamais sûr de n'avoir pas laissé échapper quelque condition essentielle et on ne comprend pas le comment de la détermination d'un fait par un autre. Voilà quels
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sont les services rendus par l'explication mécanique.
Mais ces services, elle peut les rendre sans avoir besoin pour cela d'admettre que tout est mécanique dans les phénomènes, et encore moins, qu'il n'y ait rien que de géométrique ou de quasi géométrique dans la mécanique. D'une part, en effet, un dynamisme, comme celui de Newton et de Kant, admet comme base de la mécanique certaines données qui ne sont nullement de nature géométrique, et cela n'empêche pas un tel système d'expliquer mécaniquement les phénomènes, en bénéficiant de tous les avantages que nous avons reconnus à ce genre d'explication. D'un autre côté, il peut se faire que le passage de la chaleur au mouvement de translation, par exemple, soit réglé par les formules de la mécanique, sans que pour cela la chaleur soit en elle-même un fait de mouvement, telle sorte de mouvement vibratoire des molécules. Du moins il y a des savants philosophes qui ne voient aucune impossibilité à relier des phénomènes non mécaniques par une relation mécanique. Le passage d’une forme de l'énergie à une autre se fait conformément au principe de la conservation : Ce que sont en elles-mêmes ces formes, on peut le laisser de côté sans rien perdre du bénéfice de l'explication mécanique, et même, dit-on, en faisant un gain considérable de positivité. Il faut même faire encore un pas de plus, dit-on quelquefois. Un phénomène qui comporte une explication mécanique en comporte in abstracto une infinité. Cela démontré, on ajoute qu'il n'est pas scientifiquement possible et qu'il est sans intérêt de choisir entre les explications possibles, qu'il suffit de savoir qu'il y en a une. On voit que la thèse générale, qu'il faut expliquer mécaniquement les phénomènes, est loin d'impliquer que tout dans le monde se réduise au pur mécanisme.
Tout en ayant incontestablement contribué au progrès de l’idée générale que nous venons de dégager, ce n’est
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ho “DAS OR ED pu : 5 os .) SEAMENR cette à idée générale que Descartes a compris l'explication mécanique des phénomènes: il a voulu que tout dans le monde fût, de fond en comble, mécanique, et que, dans la mécanique elle-même, il n’y eùt que des éléments géométriques ou quasi géométriques. Ainsi le voulait le principe des idées claires, des idées claires qui sont quelquefois chez Descartes,
nous l'avons déjà senti ailleurs, des idées imaginative-
ment claires en même temps qu'intellectuellement. Pour
constituer toute la physique avec des idées de ce genre,
Descartes a dû prendre le parti d'exclure de sa mécanique toutes les données d'apparence plus ou moins mystérieu$esqu'on pourrait bien symboliser par des quan-
tités, mais qui sont en elles-mêmes autre chose que des
quantités. Pour Descartes, à tort ou à raison, de telles données seraient des mystères, des qualités occultes, et il ne veut rien souffrir de tel à aucun prix. Bref, sa mécanique ne veut faire appel qu'à des considérations cinématiques, sans cesser pour cela de prétendre exprimer adéquatement les relations concrètes des phénomènes. De cette attitude générale viennent les succès et les insuccès de la mécanique cartésienne.
La première notion que Descartes s'attache à définir pour constituer sa mécanique est naturellement celle
du mouvement. Il est à peine besoin de dire que, par.
mouvement, il entend le seul mouvement local. Les autres mouvements admis par l’École lui paraissent absolument inintelligibles, et la définition générale du mouvement par Aristote ne peut pas même, selon lui, se traduire en français (voy. Prince. II, 24 s. in. ; MondeT, XI, 39*—*). Mais l'unique mouvement, le mouvement local, comment faut-il le définir? On le définit vulgairement comme l’action de passer d'un lieu à un autre (Prince. II, ibid.). Cette définition, dit justement Descartes, est mauvaise: quand il y aura de l’action dans le moteur, il n’y en a point dans le mouvement,
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et, par conséquent, il faut de la définition du mouvement retrancher tout ce qui est action. Le mouvement est le transport d'un corps du voisinage de ceux qui le touchent immédiatement et que nous considérons comme en repos, dans le voisinage de quelques autres (Princ. W, 25). Encore ne faut-il pas se méprendre sur le sens de ce mot de transport: pour cela, il faut se représenter le mouvement comme réciproque ; dire qu
le corps AB se meut par rapport à CD, e est aussi bien dire que CD se meutpar rapport à AB (Prince. I, 29-30). Descartes ajoute qu'un même corps peut être considéré comme en mouvement ou en repos selon le repère qu'on adopte, et qu'un corps, qui a tel mouvement par rapport à un repère, a tel autre mouvement par rapport à un nouveau repère, de sorte que tous ces mouvements ou plutôt toutes ces directions se superposent et se com— posent dans le même mobile, en constituant pour lui un seul et même mouvement, si complexe que soit ce mouvement. Mais on peut considérer à part celui des mouvements que l'on veut: on n’a pour cela qu'à prendre comme repère les corps immédiatement voisins du mobile, ainsi que l’a indiqué la définition du mouvement (Princ. 11, 31-32). — Toutes ces explications de Descartes sont en un sens excellentes. En eflet, en isolant ainsi le mouvement de toute action, en Île réduisant à la simple considération géométrique d'une variation de position, en reconnaissant l'indépendance des divers mouvements, Descartes ne fait rien de moins que de poser les bases de la cinématique. En revanche, on peut dire que Descartes se trompe complètement; il se trompe, parce que, en définissant le mouvement comme mouvement, le mouvement ?n abstracto, il croit définir le mouvement tel qu'il est dans les choses, c’est-à-dire dépendant d'un moteur ; il souligne comme à plaisir la confusion des deux points de vue (voy. Princ. I, 30 fn). D'autre part, et
toujours parce qu’il ne veut voir dans le mouvement que l’aspect géométrique, il surajoute au mouvement
géométrique, en passant sans avertir et sans marquer
l'étape, un caractère nouveau, la vitesse (Prince. 11, 33, VILLE, 1, 59°—%), Sans doute il a ailleurs aperçu et même : exagéré la distinction de la direction et celle de la vitesse # dans le mouvement (distinction de la détermination et du mouvement). Mais il n’a pas tenu compte de cette distinction en définissant la nature du mouvement. C’est que la vitesse n'est pas une quantité géométrique: » c'est une quantité intensive, ou, si l'expression déplait, c'est quelque chose qui concentre dans son unité des déterminations quantitatives à dérouler.
« Après avoir examiné la nature du mouvement, dit Descartes, il faut que nous en considérions la cause » (Princ. 11, 36 déb.). Cette cause est double : la cause première du mouvement, celle en vertu de laquelle il y a en général du mouvement ; la cause seconde, en vertu de laquelle chaque partie de la matière acquiert le mouvement qu’elle n'avait pas auparavant. Bien que le mouvement ne soit pas une substance, mais simplement un mode, une façon, une propriété, il a cependant besoin d’être créé, et, par conséquent, la cause
première du mouvement ne peut être autre que Dieu
(voy. Prince. I, 25 fin; 16., 36 ; cf. Sonde T, X1, 40° *;. On voit comment Descartes, tout en réduisant le mouvement à n'être quun mode, en n'y voyant même qu'une relation, le traite comme une réalité: c'est la suite de sa confusion du mouvement cinématique avec le mouvement réel et le commencement de son anti-dynamisme ; il réalise le mouvement, puisqu'il ne veut rien mettre de réel derrière lui. Ainsi érigé en réalité, le mouvement, ne dépendant plus que de Dieu, est proclamé stable comme une substance seconde. La quantité de mouvement donnée par Dieu au monde, une fois créée, ne varie plus (Prince. IT, 36). Ceci posé, la
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tement définie : les causes secondes ce sont les lois suivant lesquelles la somme constante du mouvement se … répartit entre les corps et passe de l'un à l’autre. 9
Les lois dont il s’agit sont au nombre de trois, dont … la première est la plus fondamentale, puisqu'elle est la traduction immédiate de ce qu’il y a de plus général dans la thèse même que la quantité de mouvement est invariable. Nous disons que c’est la traduction ou, si … l’on veut, la première conséquence de la thèse en ques- … tion. On pourrait dire que c'en est, au contraire, le principe; mais dans cette dernière manière de présenter les choses, c'est-à-dire en regardant la première loi comme évidente par elle-même et fondée par elle-même, on ne reconnait plus à l'immutabilté de Dieu un rôle prépondérant, ce qui est contraire à la pensée cartésienne: c'est celle-ci qui est le principe, l'invariabilité de la quantité de mouvement en résulte, et, de celle-ci, la première loi (voy. Prince. I, 37 déb.). Quoi qu'il en soit d’ailleurs, cette première loi d'une importance capitale est précisément la loi d'inertie : « .. chaque chose en particulier [guatenus est simplex et indivisa] continue d’être en même état autant qu’il se peut, et... jamais elle ne le change que par la rencontre des autres. » (Princ., id. [62°)). En d’autres termes, aucun corps ne modifie spontanément son état de repos ou de mouvement. Cette loi est un des plus beaux titres de Descartes. Si Galilée l'a admise implicitement, du moins il ne l’a pas dégagée, et, quant à Képler, l’inertie naturelle dont il a parlé est une sorte de paresse des corps, qui répond peut-être au fait que la vitesse est inversement proportionnelle à la masse toutes choses égales d’ailleurs, mais non à l’absence de spontanéité et d'initiative dans les corps (voy. Bordas- Demoulin, op. cit., 309-314). C’est donc Descartes qui est l'inventeur de la loi. Or, cette loi était pléine de nouveautés fécondes, au moins dans sa seconde partie. Sans doute
on avait admis presque de tout temps qu'il fallait une cause pour faire commencer un mouvement; encore faudrait-il voir quel sens Aristote donne à son principe que tout ce qui est mù l’est par quelque chose. Mais ce qui était tout nouveau, c'était d'enseigner qu’un corps en mouvement continuerait indéfiniment de se mouvoir si rien ne l'en empêchait. C'était d'expliquer l'arrêt des projectiles par des causes étrangères et, par exemple, par la résistance de l’air et, d'autre part, la continuation de
leur mouvement, non par l'évrimspissass, mais par le
simple fait que le mouvement reçu ne se perd pas de luimême (1).
La seconde loi n’est pas moins importante, et Descartes ne s'y montre guère moins original. Elle porte que chaque partie de la matière tend à continuer son mouvement en ligne droite, suivant la tangente à la courbe que décrivait le mobile, non suivant cette courbe: tel est le cas de la pierre qui s'échappe d’une fronde (Prince. IE, 39). Si Képler a soupçonné cette loi (voy. Bordas- Demoulin, ibid. 312), il n'a pas su en donner la raison : à savoir que la droite est la plus simple des lignes et qu'un mouvement élémentaire doit être dirigé suivant une droite, ou, comme dit Descartes, que Dieu « conserve le mouvement en la matière par une opération très simple » (Princ.Il, ibid. [63*]). De quelque façon du reste que cette loi s'explique, elle innove considérablement par rapport aux vues d'Aristote : le mou-
(1) Voy. Prince. II, 37 et 38 (37 : « ….concludendum est id quod movetur semper moveri », 6220 het Monde, 7 (XI, 41°) : « nous sommes exempts de la peine où se trouvent les doctes, quand ils veulent rendre raison de ce qu’une pierre continue de se mouvoir quelque temps après être hors de la main de celui qui l’a jetée ; car on nous doit plutôt demander pourquoi elle ne continue pas toujours de se mouvoir, Mais la raison est facile à rendre ; Car qui est-ce qui peut nier que l'air, dans lequel elle se remue, ne lui fasse quelque résistance ? On l’entend siffler lorsqu’elle le divise, et si l’on remue dedans un éventail, ou quelque autre corps fort léger et fort étendu, on pourra même sentir, au poids de la main, qu’il en empêche le mouvement bien loin de le continuer, ainsi que quelques-uns ont voulu dire. »
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Re, EE Le vement circulaire cessé d'être un mouvement na Lure] L le plus parfait des mouvements naturels, disait Aristote 4 et, par conséquent, la théorie du mouvement devient tout autre. Pour expliquer un mouvement en ligne : courbe, il faut l'intervention d’autres causes que la pris mitive impulsion. Galilée avait maintenu au mouve- à ?. ment circulaire son titre de mouvement naturel et. n’avait admis le rectiligne comme naturel aussi, que dans le chaos (Bordas-Demoulin, ibid. 311).
Très heureux dans l'invention des deux lois précédentes, parce qu’elles s’accommodent bien avec ses tendances vers une mécanique purement cinématique et avec l'hypothèse de l’invariabilité de la quantité de mouvement, Descartes, pour les mêmes raisons, avait été, primitivement au moins, très bien inspiré en interprétant la loi du mouve- | ment uniformément accéléré découverte par Galilée, ou
qu’il avait découverte peut-être de son côté (1). Selon lui, la loi s’expliquede la façon la plus lumineuse, parce qu'une nouvelle impulsion se surajoute sans cesse aux impulsions déjà reçues (2). Sans doute Descartes a eu le tort de renon- | cer plus tard à la loi du mouvement uniformément accéléré ; mais cela tient à des raisons intéressantes, sinon complètement justes. On ne songeait à la loi du mouvement uniformément accéléré que pour le cas concret de la . chute des graves : on avait le tort de ne pas la considérer in abstracto. Dès lors Descartes remarqua avec justesse que la pesanteur n’esi pas une force constante, puisqu'elle varie avec la distance du grave au centre de la terre etilfut « ainsi conduit à renoncer à la loi (Bordas-Demoulin, 562- 564). Il fil aussi une autre remarque qu, celle-là, était