‹ Le système des sciencesChapitre 1 sur 12 · AVANT -PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT -PROPOS

La Faculté de Philosophie et Lettres de r Université Royale de Barcelone m'a demandé une série de vingt leçons sur « la Science et la Philosophie ». Ces leçons, qiii furent données du 18 janvier au 5 mars 1921, sont l'origine du livre que je fjrésente aujourd'hui au public. Je prie mes très honorés collègues,

M. Jaime Serra y Hunter, catedrâtico de Historia de la Filosofia,

et M. ToMAs Carreras y Art au, catedrâtico de Moral y Filosofia del Derecho, qui m'ont appelé et si amicalement reçu, d'en accepter la dédicace.

Il m* est très doux de remercier mon auditoire de Barcelone de cette attention bienveillante qui m'a suivi sans faiblir jusqu'au terme de ces vingt leçons. Elle est d'autant plus méritoire que les sujets traités étaient parfois difficiles et que la langue française, que les Catalans possèdent si bien, doit tout de même leur imposer un peu plus d'effort que leurs deux langues maternelles. L'attention de mes auditeurs a été pour moi une joie ;

LE SYSTÈME DES SCIEiVCES. 1

leur sympathie, que j'ai sentie si vivement, m'a été au cœur, et je suis sûr de iiepas me tromper en disant quelle ne s'adressait pas seulement à ma personne. A travers moi, elle allait à mon pays. Elle ne m'en a que plus touché.

La doctrine exposée ici est un rationalisme radical. Elle est, à ce titre, dans la pure tradition française. Assurément , il ny a pas de science ni de philosophie françaises : science et philosophie sont humaines et n'ont pas de patrie. La vérité n'appartient ni à V homme qui Va découverte, ni au pays de cet homme. Mais il y a des tendances, des aptitudes, des directions de pensée caractéristiques de l'esprit français. // aime la raison ; il trouve la joie dans l'évidence; il se plaît aux jeux d'une pensée qui se nuance autant qu'il est nécessaire pour être parfaitement exacte. Je ne dirai pas qu il n ait jamais été dupe d'illusions métaphysiques ou sentimentales, qu'il n'ait jamais pris ses imaginations pour des réalités, qu'il ne se laisse jamais égarer par des enthousiasmes irréfléchis. Mais il se critique lui-même et ne se complaît définitivement que dans le rationnel. En art, il cherche V ordre, la proportion, la mesure, la justesse, en un mot, la raison. Et, comme il aime la raison, il aime aussi la justice. Au milie.u des souffrances qui se sont qbattues sur nous, parmi les angoisses que nous venons de traverser et dont la paix ne nous a pas complètement délivrés, nous nous sommes souvent étonnés

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