CHAPITRE III
correctes sur les principes de l'économie politique et sur les lois qui gouvernent les prix. Le prix du travail est régi par la même loi du commerce, que celle qui règle les prix des produits de l'agriculture, des autres produits et autres biens, c'est à dire par la demande du travail, et sa plus ou moins grande abondance sur le marché.
Avant la révolution de 1789, le peuple de la France ne jouissait d'aucune espèce de pouvoir politique quelconque, maintenant le droit électoral appartient à tous les hommes adultes de France. A-t-il augmenté leur moralité? Personne ne prétendra qu'il l'ait fait. Le nouveau Code de lois (le Code Napoléon), la tolérance religieuse et un certain degré de liberté religieuse, l'extinction des pouvoirs oppressifs et des privilèges de l'ancienne noblesse, la division des grandes propriétés de l'ancienne noblesse, le système moderne des chemins de fer et d'autres améliorations internes, la science et les inventions modernes, ont surtout contribué, avec la franchise électorale, à augmenter l'industrie et le commerce, et à améliorer la condition du peuple de France. Il n'y a pas de raison de douter que le droit électoral n'ait aidé à l'élever sur l'échelle de l'humanité ; parce qu'il a eu la capacité intellectuelle nécessaire pour user de la franchise avec un certain degré de sag*esse. Mais aucune personne bien informée ne prétendra, que la franchise électorale ait élevé les populations du Mexique ou de Haïti, soit sur l'échelle morale, soit sur celle de l'humanité.
LA LIBERTÉ, L'ÉGALITÉ OU BIEN LA LOI ET LA JUSTICE SONT ELLES LES GRANDS DESIDERATA DE LA CIVILISATION ?
La question peut être posée : « La liberté et l'égalité ou bien la loi et la justice sont elles les grands desiderata de la civilisation et du progrès? » Si c'est la liberté et le rapprochement le plus grand possible de l'égalité, les Indiens de l'Amérique du Nord seraient à la tête de la civilisation du monde et le peuple français serait presqu'à sa base. Les premiers jouissent de la liberté au degré le plus élevé, personnelle et civile, politique et religieuse ; mais ils sont sans lois, sauf quelques coutumes grossières ; tandis que les derniers ont un grand degré de liberté civile et quelques-unes des formes de la liberté politique, mais jouissent d'un admirable système de lois, généralement bien administrées et d'une police efficace, qui leur donne un degré de liberté personnelle et civile, aussi parfait qu'il existe n'importe où dans le monde, sur tous les sujets excepté en matière de gouvernement. Les Indiens sont des sauvages misérables et dégradés, diminuant graduellement en nombre et en pouvoir, leur liberté et leur égalité approximative sans lois ne leur étant d'aucune utilité. Tandis que le peuple français avec une liberté restreinte réglée par la loi, est au premier rang de la civilisation, tenant tête aux progrès de l'époque. Cet exemple est suffisant pour montrer, qu'un bon système de lois, convenablement administré, est dix fois plus important que la liberté politique, pour le
CHAPITRK III. 201
bien-être de la famille humaine et pour la cause de la civilisation. La liberté sans la loi, n'a que très peu de valeur; mais au contraire, la loi même sans la liberté politique ou le droit électoral est d'une immense importance pour un peuple.
Même des lois arbitraires, injustes et oppressives, telles que les lois de primogéniture , les lois qui autorisent la substitution de la propriété, les lois qui donnent à la noblesse des pouvoirs et des privilèges injustes et oppressifs, et des lois ou des coutumes qui autorisent le servage, sont meilleures que l'absence de toute loi. Un système de lois et de gouvernement embrassant semblables lois injustes et oppressives, sert à organiser la société, à préserver la paix et l'ordre et est meilleur même pour le pauvre qui travaille et pour les classes opprimées, que la condition incertaine et vagabonde des sauvages et des barbares qui n'ont pas de lois sauf quelques coutumes grossières.
Il nous faut la loi et la justice et le degré de liberté, mais pas plus, qui s'accorde avec la loi et la justice. La liberté sans loi , et sans tenir compte de la justice, tend à la licence, au tumulte, au vice, à la corruption, à la confusion et à l'anarchie.
La liberté politique, qui est la jouissance du droit d'élire ses propres officiers et de faire ses propres lois n'est d'aucune importance pour tout peuple ou toute classe de peuple qui n'a pas d'esprit ni d'intelligence suffisants pour élire les meilleurs des hommes aux fonctions, ni pour juger avec un certain degré de sagesse, de la bonté et de l'importance des principales mesures et de la politique du gouverne-
ment. La liberté politique n'a augmenté ni les salaires ni l'industrie, elle n'a pas amélioré la condition physique ou morale des Indiens des races mixtes du Mexique. Au contraire, ils restent aussi pauvres et ignorants, aussi humiliés et dégradés, qu'ils l'étaient sous la domination de l'Espagne.
SECTION XII