‹ Le système du gouvernement américain, son caractère & ses effets, ses défauts, l'organisation des partis & leur influence, la prospérité du peuple soumis à sa protectionChapitre 49 sur 211 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

dant de leur parti. Développer le bien général et le bien-être du pays et de tout le peuple, est chez eux une considération secondaire, tenue par eux plutôt comme moyen de développer le succès de leur parti, que comme la fin et l'objet de leur action législative. Ils peuvent être patriotes en un certain sens vague et général, attachés à leur pays, et souhaitant son bien assurément, mais ne peuvent voir ni mérite, ni courage dans les hommes , mesures ou politiques du parti opposé ; et s'attendent à faire le bien-être du pays aussi bien que leur bien personnel seulement par l'action de leur parti.

L'esprit de parti est devenu si violent et si intense dans ce pays, qu'il tend à aveugler l'intelligence, à remplir l'esprit de préjugés et de fausses notions et à pervertir le pouvoir du raisonnement. De l'avis d'hommes de parti violents, tout le bien public doit être produit par l'effet des partis, et par eux seulement. Et ils sont bien rarement, si jamais ils le sont, inclinés à faire volontairement quelque chose pour le bien public, qui tendrait à dévoiler les fraudes ou abus de leur parti, ou mettrait en danger son succès ou celui des amis de leur parti. Les lois sur l'enregistrement, qui tendaient et étaient propres à prévenir des votes frauduleux, et à assurer la sincérité et la pureté des élections, ont été repoussées uniquement pour des motifs de parti.

Des membres zélés d'un parti , inclinent à considérer d'un œil jaloux les chefs du parti opposé, et toutes leurs mesures ; à suspecter leurs motifs d'égoïsme et de perfidie — à regarder les mesures et la politique qu'ils préfèrent comme destinés à procurer

le succès et à accroître le pouvoir de leur parti, sans tenir compte du bien public — et à attribuer à la corruption et aux abus de pouvoir, aux principes erronés et aux mauvaises mesures, à la mauvaise politique de leurs adversaires tout le mal et toutes les infortunes qui ont assailli le pays.

Regardant d'un seul œil les principes, les intentions et la politique de leur propre parti, les regardant toujours favorablement, comme tendant à promouvoir les meilleurs intérêts et le bien-être de la nation ; et regardant avec suspicion et avec préjugé les chefs du parti opposé, tenant leurs mesures et leur politique, comme ayant de mauvaises et pernicieuses tendances, ils attendent avec espoir et joie le triomphe de leur parti, et souvent regardent avec des présages effrayants le succès de leurs adversaires ; ainsi ils sont portés à considérer favorablement et à tenir comme une sorte de fraude pieuse, presque toute espèce d'organisation, de pratique et d'habileté, de déception et de mensonge qui pourrait arriver à détruire leurs adversaires et à amener le succès du bulletin de leur parti. Les journaux et les orateurs de parti, parlant au peuple dans les meetings politiques, doivent présenter dans tout leur relief et augmenter les mérites et les succès de leur parti, pallier leurs défauts, leurs erreurs et leurs revers, ils doivent montrer et aggraver les erreurs, la corruption et les abus de pouvoir de leurs adversaires, et peindre d'une couleur aussi sombre que possible les tendances de leurs mesures et de leur politique, ainsi que les dangers qui résulteraient pour le pays, de leur succès.

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La tendance de l'esprit de parti est de ne tolérer aucun homme comme chef, s'il n'est pas aveuglé quant aux défauts de son propre parti et aux mérites de ses adversaires. Des hommes d'une intelligence saine, qui envisagent les deux faces des questions politiques et jugent honnêtement et impartialement de leurs mérites , perdent bientôt la confiance des hommes violents du parti, sont tenus en méfiance par eux, et ne sont plus désormais reconnus comme chefs. Un homme doué d'un esprit sincère qui considère les deux côtés des questions politiques et les considère avec soin, dans le but de juger de leurs mérites, n'est pas capable d'être chef de parti, et doit rester à l'arrière-plan. Les enthousiastes du parti, et les hommes qui ont un côté aveugle, et sont accoutumés à voir et à apprécier les mérites seulement sous une face, doivent occuper les premières places.

L'esprit de parti violent et les organisations de parti du jour actuel, tendent à produire des hommes rusés, exclusifs, et à l'esprit étroit, et des politiques adroits, mais pas des hommes d'État. Il tend à décourager la liberté d'enquête, la liberté de pensée et la liberté de parole sur les questions politiques ; à détruire la liberté d'action ; et à rendre les gens incapables de devenir des hommes d'Etat quelque longtemps qu'ils soient dans la vie publique. L'esprit de parti est en fait tellement mêlé aux expédients de parti, qu'il peut à peine souffrir un homme d'État judicieux.

Le pouvoir des organisations de parti et l'intensité ainsi que la violence de l'esprit de parti, ont grandement augmenté pendant les cinquante dernières

années, par le motif que: 1° L'élection des électeurs présidentiels par le peuple, a lieu par bulletin de liste; 2° L'élection des shérifs et autres officiers du comté a lieu directement par le peuple, et 3e L'élection des officiers des États et des juges des tribunaux, a lieu par le peuple.

Les changements en vertu desquels tous ces officiers sont élus par le peuple, ont été faits de temps en temps, depuis l'année 1820. Pareils changements ont grandement accru l'importance des Etats et des comtés ainsi que des élections présidentielles, mais plus particulièrement de ces dernières. Grâce au système du bulletin de liste, pour la nomination des électeurs présidentiels, le parti qui amène une majorité de votes, quelque faible qu'elle puisse être, acquiert tous les électeurs et l'autre n'en acquiert aucun. Un très petit nombre de voix tourne souvent la balance en faveur de l'un ou de l'autre parti et lui donnent le vote de l'Etat tout entier. Delà la grande anxiété et les efforts pour obtenir les votes dans les Etats incertains, et les grandes dépenses d'argent, de corruption et de fraudes, pour enlever les élections, accompagnées souvent d'abus de pouvoir, par les officiers autorisés et chargés d'enregistrer les votants, et par les officiers qui reçoivent et supputent les votes. Les tentatives de corruption présentées par ce système, sont souvent plus grandes que la force de résistance de la nature humaine.

SECTION III

LES ORGANISATIONS DE PARTI, LES CONVENTIONS ÉLECTORALES, LEUR MANIEMENT.

Les partis et l'esprit de parti existeront dans tous les pays libres. Ils sont des incidents des institutions libres, et naissent d'une honnête différence d'opinion entre les hommes, ainsi que de l'ambition des honneurs et des émoluments des fonctions. Ils deviennent des maux seulement lorsque l'esprit de parti est poussé à l'excès.

Les organisations de parti, telles que nous les possédons dans ce pays, n'existent dans aucun autre, et ne sont pas nécessaires dans un gouvernement bien organisé. Elles ont été inventées longtemps avant l'organisation de notre gouvernement, en partie pour remédier aux défauts de notre système d'élection, et en partie pour amener le succès du parti et des chefs de parti (comme cela est manifesté dans le premier chapitre de cet ouvrage); on peut s'en passer lorsque ces défauts sont amendés par une loi. Les principaux maux de notre système de gouvernement sont issus de ces organisations, conventions électorales; et autres instruments de parti, destinés à stimuler l'esprit de parti, à assurer le succès aux élections par des moyens honnêtes ou déshonnêtes, et à contrôler les destinées du pays.

Les organisations de parti et leurs instruments consistent dans des comités nationaux, d'État, du comté, de la cité , du quartier et du village et dans des comités pour chaque district du Congrès, pour

chaque parti politique ; daus des meetings pour les villages, les quartiers et les villes, des conventions pour le comté, l'État, le district et la nation, afin de faire des désignations de candidats, de discuter des questions politiques, d'adopter des résolutions, des credo de parti et des programmes (plat-form) et de désigner des comités pour l'année ou la période suivante. Les comités convoquent les meetings et les conventions; veillent à ce qu'on les réunisse; procurent et répandent des documents, des adresses, des traités politiques, et d'autres informations au sein du peuple ; procurent et distribuent des billets au vote et font différentes autres choses , pour obtenir des votes et faire l'élection, certaines choses que feront les honnêtes gens, certaines autres qu'ils ne feront pas. Les meetings primaires de chaque parti, qui nomment les officiers des villages et des quartiers, et appointent les délégués pour les conventions des cités et des comtés, sont généralement composés de dix à cinquante personnes, qui sont pour la plupart des politiques et aspirants aux offices, ou amis des aspirants, et comprennent rarement de cinq à vingt pour cent des votants du parti pour lequel ils prétendent agir. Les conventions du comté nomment des personnes comme officiers du comté, pour les législatures des États (dans la plupart d'entre eux) et appointent les délégués pour l'État et les conventions du Congrès. Les conventions des États fuit les nominations des personnes en qualité d'officiers de l'État et des électeurs présidentiels, et appointent des délégués pour les conventions nationales, ("'est ainsi que le système de mécanisme du parti est complet.

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