CHAPITRE II
de sympathie entre les sexes pour amener des mariages, ou pour les rendre soit agréables, soit désirables ; et de là avec la population étonnamment mêlée des États-Unis, peut-être les quatre-vingt-dixneuf centièmes des mariages sont entre des personnes de même race, de même langue et de même religion. Il y a si peu de différence entre les protestants, que des personnes de différentes sectes protestantes , de la même race , se marient parfois entre elles ; mais même ces mariages ont leurs discordes et leurs désavantages.
Le mot esprit de clan est employé comme terme général et expressif, pour désigner les préférences de gens de la même race et de la même langue, de la même religion, de mêmes mœurs, l'un à l'égard de l'autre , qui les pousse à s'attacher l'un à l'autre. Je ne l'emploie pas dans un sens offensif; il s'applique aux protestants comme aux catholiques , aux Yankees de la Nouvelle-Angleterre dans de certaines circonstances aussi bien qu'aux Irlandais, aux Allemands, aux Ecossais et aux Anglais ainsi qu'aux autres émigrants européens.
Cet esprit de caste a affecté l'ethnographie du pays et des villes. Les fils de la Nouvelle-Angleterre et de l'Irlande, les Allemands catholiques, les Allemands protestants , et les émigrants de toutes les autres nations ont, en règle générale, formé des établissements homogènes; chacun de ces groupes occupe presque des quartiers entiers des États de l'Est et des parties entières de villes , ayant leurs propres églises, leurs propres sociétés et associations, leurs amusements particuliers, et, en certains cas, leurs
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écoles particulières. Ceux qui appartiennent à des races différentes ou professent différentes religions, n'ont que peu de rapports entre eux , excepté pour ceux d'un caractère industriel ou d'affaires.
Il en était ainsi de la population coloniale des États du centre. Les premiers occupants de New-York et du New-Jersey étaient Hollandais, et les premiers habitants du Maryland et de la Virginie venaient d'Angleterre; mais il y avait de grands établissements de Germains très distincts , comprenant presque des quartiers et des comtés entiers, sur les rivières le Hudson et le Mohawk , dans l'Etat de New-York et la Virginie centrale aussi bien que dans la Pensylvanie. Le langage anglais et la communauté des écoles, du gouvernement et de la presse, les chemins de fer et les rapports commerciaux et industriels, ont fondu les descendants de la population révolutionnaire des États de New-York et du New-Jersey en une masse homogène; en sorte, qu'aujourd'hui vous pouvez à peine distinguer les descendants d'un bourgeois flamand de ceux des Allemands , ou des pèlerins anglais. L'esprit de clan qui a existé parmi eux pendant la révolution et les deux générations suivantes, a disparu et n'existe plus parmi leurs descendants. Cet esprit a été perpétué seulement par l'immigration du vieux monde. Même les antipathies religieuses ont été adoucies et ont à peu près disparu entre les sectes protestantes différentes, mais ce sentiment ne pourra jamais être entièrement éteint entre les catholiques et les protestants.
Les causes qui agissent, américanisent graduellement les descendants des émigrants européens qui
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sont venus dans notre pays pendant le siècle actuel en les amalgamant en grande partie par les opinions et les sentiments avec le peuple américain et en formant un caractère national pour toute la population blanche ; mais les fils et les filles de l'Afrique ne peuvent jamais être amalgamés avec les races blanches et doivent toujours rester un peuple distinct.
Il n'y a pas d'esprit de clan (comme règle générale) , mais un esprit cosmopolite entre les gens d'études et les gens bien élevés du monde entier. Plus une population est illettrée, moins les liens d'union qu'elle a avec les races et les populations différentes sont nombreux , et plus fortes sont leurs inclinations à l'exclusivisme. Les Allemands qui viennent en Amérique sont , pour la plupart , un peuple cultivé, comprenant les industriels de presque toutes sortes, des fermiers et des jardiniers, des marchands et des professeurs, aussi bien que des laboureurs; et ils présentent une diversité suffisante de professions pour former des communautés entre eux et pour vivre dans une forte proportion , d'une manière indépendante de leurs voisins.
Les Irlandais catholiques qui viennent en Amériques, sont un peuple très différent des Allemands. Ayant été opprimés pendant des siècles, comme nation, la plupart d'entre eux sont dépourvus de toute éducation scolaire quelconque et sont de pauvres laboureurs dépendants qui se sont rendus utiles en creusant nos canaux, en nivelant nos voies ferrées et en faisant la plus grande partie du travail commun et grossier de nos villes et villages. Mais peu d'entre eux sont mécaniciens, manufacturiers,
mineurs, fermiers ou horticulteurs. Bien qu'ouvriers de ferme et accoutumés à la bêche et au travail de la ferme tel qu'il est fait en Irlande, ils ne sont pas habitués aux modes et variétés du fermage américain, et ne sont pas propres à faire de bons fermiers ou horticulteurs, ou à former entre eux de communautés distinctes comme le font les Allemands. De là ils se sont pour la plupart réunis dans les villes et villages, comme ouvriers agricoles ordinaires, charretiers, porteurs, et tenant salons ou petites boutiques et commerces, très peu d'entre eux s'élevant jusqu'aux professions lettrées, ou aux degrés les plus élevés des affaires de quelque nature qu'elles puissent être. En s'attachant presque universellement à un seul parti politique, et en agissant de concert, ils ont eu une très grande influence par ce parti dans beaucoup de villages et de quartiers des villes. Ayant comme race ou classe d'hommes le moindre degré d'éducation et d'intelligence , et étant les plus inclinés à l'intempérance et à l'esprit de caste de toutes les races blanches, ils ont exercé une influence perturbatrice sur la politique de notre pays. Dans beaucoup de villes, et particulièrement dans la ville de New-York , ils ont été accusés d'avoir une influence démoralisatrice et corruptrice, en s'opposant aux hommes d'un caractère et d'une position élevée et en soutenant et élisant aux fonctions beaucoup d'hommes d'un caractère et d'une position inférieures, et souvent des hommes fort peu scrupuleux et d'un caractère mauvais ou suspect. Ils ont souvent porté la balance du pouvoir dans un État, et l'ont généralement attribuée à un parti poli-