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LES ARTICLES CONDAMNÉS A PARIS EN

Les condamnations portées eu 1270 par Étienne Tempier ne rétablirent pas la paix et la concorde en l'Université de Paris; entre les tenants de la Philosophie gréco-arabe, prise avec toutes ses conséquences, et les croyants soucieux de n’admettre aucune proposition hétérodoxe, la lutte continua plus âpre que jamais 1 ; la Faculté des Arts en fut déchirée ; elle se divisa en deux partis dont l'un se groupa autour d'Albéric de Reims, l'autre, le moins nombreux, autour de Siger de Brabant ; la scission dura près de quatre ans ; seul, l’arbitrage du légat du pape, Simon de Brion, put y mettre fin.

Mais l'unité doctrinale n’en fut pas rétablie; une partie des maîtres continua d'enseigner les doctrines les plus caractérisées et, pour ainsi dire, les plus païennes, des Philosophies péripatéticienne et néoplatonicienne; et, parmi la gent écolière, prompte à mener les principes jusqu’à leurs conséquences les plus grossièrement pratiques, il en résulta un débordement d’impiété et d’immoralité.

De l'état déplorable où se trouvait l’Université de Paris, l'autorité suprême s’émut. Le pape était alors Jean XXI qui, sous le nom de Pierre l’Espagnol ( Peints Hispanus ), avait été jadis, l'un des plus savants logiciens de la Faculté des Arts. Le 18 janvier 1277,

i. P. Mandonnet, Op. lauc/., Première partie, Chapitre VIII, p. 196 sq.

LA RÉACTION DE LA SCOLASTIQUE LATINE

Jean XXI écrivait à Étienne Tempier dans les termes suivants 1 :

« Un rapport extrêmement inquiétant ( relatio nimis implacida) est venu récemment à nos oreilles ; il nous a troublé et a mis l’amertume en notre âme; jusqu’ici, à Paris, jaillissait abondamment une source vive de sagesse ; cette source répandait jusqu’aux confins du monde ses ruisseaux limpides qui éclaircissaient la foi catholique ; et voici qu’au grand préjudice de cette même foi, certaines erreurs se sont mises à y pulluler de nouveau. Aussi nous voulons et nous t'ordonnons, en te l’enjoignant par l’autorité de la présente lettre, de faire soigneusement examiner et rechercher eu quels lieux et par quelles personnes des erreurs de cette sorte sont enseignées verbalement ou par écrit ; ce que tu auras appris ou découvert, tu le noteras fidèlement par écrit, et tu auras soin de nous le transmettre le plus vite possible par ton envoyé. »

Étienne Tempier se hâta de suivre les injonctions du pape ; il les outrepassa même, en son zèle à combattre les erreurs des Philosophes ; il réunit en conseil « un certain nombre de docteurs en Théologie et autres prud’hommes, tara doctorum Sacræ Scripturæ quant aliorum prudentium virorum communicato consilio 2 » ; après avoir pris l’avis de ce conseil, il porta, le 7 mars 1277, les condamnations solennelles dont nous allons parler.

Quels étaient ces hommes doctes en Sainte Écriture et ces autres prudentes personnes dont l’Évêque de Paris s’était entouré? Nous en ignorons le nombre, et, de leurs noms, un seul, celui d'Henri de Gand, nous est connu.

Henri 3, dont on a fait par erreur un membre de la famille Gœthals ( Bonicollus ) et un frère servite, était né à Gand à une date inconnue. Chanoine de Tournai en 1267, archidiacre de Bruges en 1276, il fut, en 1277, reçu docteur en Théologie; en 1278 ou 1279, il fut nommé archidiacre de Tournai; en 1284, Martin IV le mit au nombre des arbitres qu il chargea d apaiseï une querelle soulevée entre le chancelier et le recteur de 1 Université ; il mourut le 29 juin 1293.

Les Qaodlibet d’Henri de Gand nous diront qu il fut un des

1. Denifle et Châtelain, C hartulari am Universitalis Parisiensis, pièce n<>47i ;

t. I, p. 54i. P- Mandonnet, loc. cil., p. 2i3. . . . ,

2. Denifle et Châtelain, Charlulariurn Umversitatis Parisiensis, picce n 470,

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