Sur la biographie d’Henri de Gand, voir
Ehkle, Beitrüge zu den Biographien beruhmler Scholashker Hein^icl‘
von Gent (Arc/do fur Lilteratur und Kirchengeschichte des Miltelallers), Bd 1, 1 885
M. De Wulf, Histoire de la Philosophie scolastique dans les Pays-Bas et la principauté de Liège , Louvain et Paris, 189a ; pp. 46 seqq.
LE REFLUX DE L ARISTOTÉLISME
membres de l’assemblée de théologiens dont Étienne Tempier prit conseil ; ils nous laisseront entrevoir que les décisions prises par cette assemblée ne le furent pas toujours à l'unanimité.
Thomas d’Aquin avait nié qu’un ange pût se trouver substantiellement en un lieu, à la façon dont un corps s y trouve ; un ange ne se trouve pas en un lieu par sa substance, mais seulement par l’action qu’il y exerce. « Un ange, disait-il ', peut être en un lieu; mais lorsqu’on dit qu’un corps est en un lieu et qu’un ange est en un lieu, c’est seulement par homonymie. Un corps, en ettet, se trouve en un lieu par le contact que son volume ( dimen -
siva quantitas ) a avec ce lieu ; les anges n’ont pas de volume
G est donc par une application, de quelque nature que ce soit, de la force angélique, que l’on dit d’un ange qu’il se trouve en un lieu corporel. »
Cette doctrine ne fut point du goût de la majorité des théologiens réunis par Etienne Tempier; saus nier qu’un ange pût être en un lieu par l’action qu’il y exerce, cette majorité ne voulait pas qu on déniât à cet ange le pouvoir d’être eu uu lieu par sa substance même; aussi, parmi les articles quelle condamnait, mit-elle les suivants 1 2 :
Quod substantiæ separatæ sunt alicubi per operationem ; et quod non possunt moveri ab extremo in extremum, nec in medium, nisi quia possunt vclle operari aut in medio aut in extremis.
— Error, si intelligatur sine opérations non esse in loco , nec transire de loco ad locum.
Quod intelligentia vel angélus vel anima separata nusquam est.
Quod substantiæ separatæ nusquam sunt secundtim substantiam.
— Error, si intelligatur ita quod substantia non sit in loco. Si autem intelligatur quod substantia sit ratio essendi in loco , verurn est quod nusquam sunt secundum substantiam.
En cette même année 1277, au voisinage de la fête de Noël, en une discussion quodlibétique, Henri de Gand traitait cette question 3 : Un ange, peut-il, sans y accomplir aucune opération, se trouver en un lieu par sa propre substance ?
1. S. Thomæ Aquinatis Surnma lheologica, Pars prima, quæstio LII, art. I : Utrum angélus sit in loco.
2. Le premier occupe le 2o4® rang dans le décret de 1277 et le 55® rang dans la liste classée par le R. P. Maodonnet; les rangs correspondants du second sont, respectivement le 218® et le 53e; les rangs du troisième sont le 219e et le 55e.
3. Quodlibeta Magistri Henrici Goethals a Gandavo doctoris Soltmnis : Socii Sorboruci : et archidiaconi Tornacensis, cum duplici tabella. Vænundantur ab Jodoco Badio Ascensio, sub gratia et privilegio ad finem explicandis. Colophon : In chalchographia Iodoci Badii Ascensii ... ab undecimo Kalendas septemb. Anno domini MDXVI1L ... Quodlibet II, quæst. IX : Utrum angélus secundum substantiam suam sine operatione sit in loco.
LA RÉACTION DE LA SCOLASTIQUE LATINE
A ce propos, notre docteur en théologie se trouve amené à citer le dernier des trois articles condamnés que nous venons de rapporter 1 ; il rappelle que « la sentence pontificale condamne totalement ces articles et excommunie quiconque oserait! enseigner, soutenir ou défendre ces erreurs ou quelques unes d’entr’ellcs. » Néanmoins, son respect pour cette « sentence pontilicale » ne l’empêche pas de lui opposer une objection, et de laisser clairement entrevoir qu’il n'était point compris en la majorité par laquelle les trois articles précédents furent condamnés.
« Tous les maîtres en Théologie, dit-il, avaient été réunis à ce sujet, et j’étais l’un d’entre eux; ils accordaient à l’unanimité que si l’ange se trouve substantiellement en un lieu, ce n’est pas sa substance même qui est sa raison d’être en ce lieu. » Le membre de phrase qui termine la troisième condamnation et en délimite la portée avait donc réuni l’unanimité des suffrages. Mais Henri de Gand n’avait assurément pas opiné en faveur des condamnations elles-mêmes. « Pour la même raison, poursuit-il, il est indubitablement vrai que si l ange n’applique pas sa vertu à un lieu en exerçant, en ce lieu, quelque opération par son pouvoir, c’est-à-dire son intelligence et sa volonté, son pouvoir, c’est-à-dire son intelligence et sa volonté, ne sera pas davantage sa raison d'être en ce lieu ; à moins cependant que son pouvoir ne soit chose moins abstraite que sa substance. Si c est là la vérité, je suis incapable de la comprendre comme de comprendre beaucoup d’autres choses. Si donc le pouvoir de l’ange n’est pas la raison par laquelle il est en un lieu, ce que pour le moment, d’ailleurs, je ne décide, ne soutiens ni ne défends, il faut chercher autre chose qui soit sa raison d’être en un lieu. Sur ce sujet, il me serait plus agréable d entendre les autres que de paileL moi-même ; avouer que j’ignore ce que je répondrais à la question posée est plus sûr, à mon sens, que de tirer de mon propre fonds quelque indiscrète opinion. »
Henri de Gand ne se borne pas à faire des objections à ceux qui affirment la localisation substantielle d un ange , il en adiesse même à ceux qui, comme Thomas d’Aquin, ne le localisent que par son opération. Évidemment, ses préférences vont à la théotie qui, à une intelligence angélique, dénie toute localisation. Il parle 2 avec quelque dédain de ces gens « incapables de comprendre qu’il y ait, parmi les choses qui lont partie de lunheis et