‹ Le système du monde (volume 2)Chapitre 115 sur 485 · III · texte numérisé non relu

III

Henri de Gand, en ses discussions quodlibétiques, revenait sans cesse à la théorie de l'essence et de l’existence ; cette théorie en etfet, formait comme le pivot de sa philosophie. Contradicteur d'Henri, Godefroid de Fontaines ne peut guère donner moins de place au problème de l’essence et de l’existence; en ses quatre premiers quodlibets, il y consacre trois questions, dont deux sont fort longues G

Selon Henri de Gand, l’essence est, en la réalité, forcément unie à l’existence ou bien forcément unie à la non existence, selon que la chose dont elle est l’essence existe ou n’existe pas ; mais en l’esprit qui la conçoit, l’essence n’est plus forcément liée ni à l'existence ni à la non-existence ; elle est indifférente à l’existence ou à la non-existence ; la manière d’être qui lui est propre, Vesse essentiæ , qui est une existence conceptuelle, est indépendante de l'existence réelle, de Vesse existentiæ, de la chose dont elle est l'essence; lors même qu’aucun chien n’existerait, nous pourrions concevoir l’essence du chien, raisonner sur cette essence, affirmer que le chien est un être animé ( canis est animal , nullo cane existent e), car l’essence du chien n’en aurait pas moins le mode d’existence qui lui est propre, Vesse essenliæ, l’existence, sous forme de concept, en notre esprit.

Réduite à cette affirmation, la théorie d’Henri de Gand se confond avec celle de Saint Thomas d’Aquin. Déjà, elle avait remontré un rude adversaire en Siger de Brabant ; au dire de ce maître, l’essence ne peut, même par la pensée être séparée de l’existence, en sorte que s’il n’existait aucun homme, on ne pourrait pas dire : l'homme est un être animé (homo est animal, nullo homine existente).

Cette thèse de Siger de Brabant, également contraire à 1 enseignement d’Henri de Gand et à celui de Thomas d’Aquin, c’est celle que Godefroid de Fontaines va reprendre ; laissant de côté les raisons de Thomas, il va, pour la défendre, s’en prendre aux arguments d Henri et de son disciple Richard de Middleton.

C’est, d’abord, la théorie d’Henri de Gand qui est exposée *. Selon cette théorie, la créature peut être comparée à Dieu de

Godefroid de Fontaines Op. laud. Quodlib. II, quæst. H : Ulrum essentia crcaturæ sit aliquid indiffereüs ad esse et non esse. Quodlib. III, quæst. 1 . Ulrum creatura possit dici ens ratione suæ essentiæ, cum ipsa est non ens quantum ad esse existentiæ. Quodlib. III, quæst. II : Ulrum pnus creatur essenlia quam esse. De ces deux dernières questions, comme de tous les quodlibets de Godefroid, à partir du troisième, on possédé non seulement une redactio longa, mais encore un epilomeou redactio brevis.

2. Godefroid de Fontaines, Op. laud., Quodlib. II, quæst. II, éd. cit.,

pp. 55-56.

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