‹ Le système du monde (volume 2)Chapitre 122 sur 485 · III · texte numérisé non relu

III

GODEFROID DE FONTAINES

Rome ; ce que ces deux thèses affirmaient, c'est l’existence d'une véritable matière en la substance céleste ; pour prouver, donc, que les anges n’ont pas, à proprement parler, de matière, Godefroid est amené à démontrer que les orbes célestes n’en ont pas davantage.

C’est d'une manière très explicite que Godefroid lie ainsi l’un à l'autre le sort de la matière céleste et le sort de la matière angélique, car il conclut en ces termes 1 :

« Le Commentateur a vu que la matière des êtres soumis à la génération est le seul genre de matière qui soit vraiment puissance à l’existence, car cette matière est une puissance de contradictoires, une puissance d’être et de non-être ; il a vu également que le ciel était en puissance de mouvement ou de situation ; il a donc dit que le ciel ne possédait pas véritablement une matière, mais qu’il était un sujet simple.

» Dès lors, il est également vrai, selon [les principes de] ce même Commentateur, qu’il n’y a pas vraiment de [matière en un ange ; il y a seulement en eux cette autre puissance qu’il nomme, lui aussi, une sorte de matière, mais en employant ce terme d’une manière fort équivoque. Il est donc vrai qu’un ange est en puissance des susdits accidents, qu'il est sujet au changement, qu’il n’est donc point entièrement exempt de quelque chose qui joue le rôle de matière; mais il n’est pas en puissance de l’existence pure et simple ( ad esse simpliciter) ; partant, il ne possède pas vraiment de matière. »

C’est d’une façon très logique, semble-t-il, et très conforme aux principes du Péripatétisme, que Richard de Middleton et Godefroid de Fontaines ont comparé l'une à l’autre la matière céleste et la matière angélique, celui-là pour les admettre l’une et l’autre, celui-ci pour les rejeter toutes deux.

En niant qu’il y ait une véritable matière non seulement en la substance angélique, mais encore en la substance céleste, Codefroid a repris en toute sa pureté la tradition de l’auteur du Serrno de substantiel or bis, tradition dont Thomas d’Aquin avait commencé à dévier, dont Henri de Gand et Richard de Middleton s’étaient écartés plus encore. A ce sujet, il s’est montré fidèle averroïste.

i. Godekkoid de Fontaines, loc. cil., p. i85.

d’hEXKI DE GAND A DL'N'S SCOT

I). La matière première.

C'est, d’ailleurs, en tout ce qu'il dit de la matière première que Godefroid de Fontaines se montre fidèle averroïste ; avec le Commentateur, il enseigne que la matière première est pure puissance ; cet enseignement, il l’oppose fermement à celui d Henri de Gand.

C’est, en effet, la doctrine d’Henri de Gand qu'il résume en ces termes 1 :

« Bien que la matière soit en puissance de la forme et de l’existence purement actuelle qu’elle reçoit par 1 intermédiaire de l’actualité de la forme, elle n’est pas, cependant, en puissance de sa propre entité ; ce qu elle est en la nature reelle, elle 1 est pai elle-même, en tant, toutefois, qu’elle est un effet de Dieu. L action du Créateur, donc, peut lui conserver le genre d’existence qui lui peut appartenir, selon la réalité de sa nature substantielle, c està-dire lexistence dépouillée de toute forme, puisque 1 entité de la matière n’est ni l’entité ni l’existence de la forme.

» Mais, bien que la matière puisse avoir existence sans la forme, eUe possède aussi existence avec la forme dans le composé. De ce que deux existences différentes semblent ainsi incluses, en quelque sorte, dans le composé, 1 unité du composé n en éprome point d’empêchement. Si, par matière, on entendait quelque nature qui, par elle-même et par sa propre nature, serait apte à exister isolément hors du composé, si cette matière possédait cette même existence au sein du composé, alors 1 unité du composé serait empêchée. Mais c’est seulement par 1 action dixine, par obéissance à une volonté surnaturelle que la matière peut garder cette sorte d’existence ; la matière qui demeure unie avec la forme ne possède pas cette existence-là. »

Cette doctrine qui joue, en la philosophie d’Henri de Gand et de Richard de xMiddleton un rôle si essentiel, Godefroid ne prend même pas la peine de la discuter, lise contente de lui opposer les thèses d’Aristote et d’Averroès :

« Si l’on conçoit bien ce que Ion entend sous le nom de matière, il est évident que la matière ne peut exister sans forme.

» Par matière, en effet, selon l’enseignement du Philosophe et de ses commentateurs, nous entendons quelque chose qui n est

i . Godefroid de Fontaines, Op. tawt ., Quodlib. I, quæst. lV : Utrum mateiia prima creata fuerit vel creari potuerit omnino intormis sive carens oinni forma. Ed. cit., pp. 8-9.

Page 1