III
GODEFROID DE FONTAINES
pas un pur non-être, un néant, mais qui a le minimum d’être : aussi dit-on que la matière est proche du néant. Or l'être se divise en acte et puissance, c est-à-dire en existence en acte, qui est l'existence absolue, et existence en puissance, qui est une existence relative (. secundum quid). Dès lors, puisque la matière n est pas un être absolu, un être en acte, elle est seulement un être en puissance...
» La matière apporte donc, en la nature des choses, une certaine réalité, une certaine entité ; néanmoins, elle est ainsi faite et conditionnée qu’elle ne saurait, en elle-même et pour son propre compte, exister parmi les choses de la nature. »
De cet axiome : La matière première est pure puissance, Godefroid, contre Henri de Gand et contre Richard de Middleton, tire ce corollaire : La matière première est absolument la même en tous les êtres où elle se rencontre, c’est-à-dire en tous les êtres soumis à la génération et à la corruption, puisque ceux-là seuls, au gré de Godefroid, ont une véritable matière.
La matière première, « c’est 1 la pure puissance à l’existence absolue (esse simpliciter), c’est-à-dire à l’existence que confère une forme substantielle quelconque ; elle n’implique donc rien qui la destine à telle forme substantielle plutôt qu’à telle autre ; il faudrait, en effet, que ce qui la déterminerait de la sorte fût déjà quelque chose d'actuel ; car si c'était une chose purement potentielle, on pourrait répéter à son sujet ce qui vient d’être dit de la matière.
» On ne peut pas dire, non plus, qu’une matière se distingue par elle-même d’une autre matière ; car c’est la forme seule qui détermine les distinctions essentielles tandis que la quantité marque les distinctions accidentelles.
» Ainsi donc qu'au sein du pur néant, on ne peut marquer aucune distinction, de même en l’être purement potentiel, qui ne possède par lui-même aucune actualité, il est impossible d’établir aucune distinction, et cela parce que la matière ou la pure puissance, tout comme le non-être, ne possède rien qui soit actuel; elle possède, il est vrai, une certaine entité potentielle, mais elle n'a aucune actualité d’où puisse provenir une distinction essentielle.
» Déclarer, donc, que telle matière est plus noble et plus actuelle que telle autre, c’est ne rien dire du tout; car là où,.
i. Godefroid de Fontaines Op. laud.\ Quodlib. III, quæst. III ; édit, cit.,
pp. 182-183.
D HENRI DE GAND A DD NS SCOT