Bacon, Op. laud., Pars I, cap. VI, p
DHENRI DE GAND A DU N S SCOT
substances spirituelles, telles les anges et les âmes, sont des formes pures. Plus loin, et au moment voulu, nous rejetterons ses thèses, les moyens par lesquels il les soutient et les raisons qu il développe. »
Tantôt, au cours du Compendium studii Theologiæ , Bacon s’est trouvé du parti de Godefroid de Fontaines et, tantôt, du parti contraire. Mais il est un homme qu’il n’a cessé de combattre. Cet homme, c’est celui dont il repousse Yauctoritas fragilis et indigna, c'est celui qu’il nomme : aliquis ex fxclis auctoribus , licet famosus. Cet homme, c’est Thomas d’Aquin. En 1267, Y Opus tertium nous a montré un Bacon révolté contre l'autorité établie d’Alexandre de Alès et d’Albert le Grand ; en 1292, le Compendium studii Theologiæ nous montre un Bacon rebelle à l’autorité naissante de Thomas d'Aquin.
Gilles de Rome
En l’an 1292, alors que Roger Bacon s’élevait avec tant d’âpreté contre l’autorité de Saint Thomas d’Aquin, quels étaient les disciples qui fussent fidèlement et universellement soumis à cette autorité? Il semble impossible d’en nommer aucun. Gilles de Rome lui-même, qui avait été élève du Doctov communis, qui, à ses propres dépens, avait rompu des lances en laveur des doctrines de son maître, abandonnait maintenant plusieurs de ces doctrines ou ne leur accordait plus qu’un acquiescement plein d’hésitations et de réticences.
La rédaction de l’œuvre philosophique de Gilles de Rome ; s’étend sur une longue durée; selon le R. P. Mandonnet, l’opuscule De gradibus formarum aurait été composé en 1277 ; le commentaire au second livre des Sentences est postérieur à l’année 1309. Au cours de cette longue carrière, mainte opinion de Gilles a éprouvé des variations plus ou moins profondes, dues aux méditations réitérées de l’auteur sur un même sujet, dues aussi aux renouvellements ou aux progrès des thèses adverses. 11 serait donc fort important pour nous de dater, au moins d’une manière approchée, les divers ouvrages que nous aurons à étudier en ce chapitre. Malheureusement, la tâche est malaisée et le résultat incertain ; parmi les indications que nous allons essayer de donner, plus d’une restera douteuse.
GILLES DE ROME
De tous les ouvrages que nous aurons à citer, celui que nous regardons comme le plus ancien est intitulé : Quæstiones duo de materia cæli
Au début de ces questions, comme au début du traité De gradibus formarum, il n’est donné à Gilles aucun autre titre que celui d’ermite ; il semble donc qu’il n’eùt pas encore, lorsqu’il les rédigea, le titre de docteur en I héologie ; il les aurait donc composées avant l’année 1285.
Diverses remarques s’accordent avec le résultat de cette induction.
Nous avons cru reconnaître, en la quatrième discussion quodlibétique tenue par Henri de Gand des allusions très nettes à la doctrine que Gilles soutenait aux Quæstiones de materia cæli ; or cette discussion eut lieu, vraisemblablement, en 1279.
La doctrine de Gilles est exposée, sous une forme extrêmement reconnaissable, et discutée, au troisième quodlibet de Godefroid de Fontaines; or ce quodlibet doit être daté de l’avent 1286 ou du carême 1287 *.
Si, d’ailleurs, les Questions de Gilles n’avaient pas précédé la discussion de Godefroid, l'auteur n’aurait pu y tenir le langage que voici1 2 3 4 :
« A parler seulement des docteurs dont les écrits nous sont parvenus, tous les docteurs théologiens ont admis que le ciel n’était pas un corps simple, mais que c’était un être composé de deux substances, savoir, de matière et de forme. »
Après les Quæstiones de materia cæli, il nous faut placer les Quodlibet *.
Les six discussions quodlibétiques de Gilles de Rome se répar-
1. Gaietani expositio in libro de celo et mundo. Cum queslione Domini Egimi de materia celi nuperrime impressa et quamdiligentissime Emendala. Fol. 78, col. b : Egidii Romaini heremite de materia celi queslio féliciter incipit. Colophoo : Habelo itaque candide lector duas ha.. quesliones clarissimi doc- Ea-idii scilicet de celi materia : quas ideo posuimus quoniam summam iuvenibus in eis utilitatem esse novimus : et raram apud homines copiam viderimus. F. Egidius Heremita Viterbensis castigavit et dédit. Impressas Venetiis Mandato impensisque heredum Nobilis Viri D. Octaviani Scoti Modoctiensis. Per Bonetum Locatellum presbyterum Bergoinensem. Anno domini i5o2. Tertio Idus Julias.
2. P. Mandonnet, O. P., Les premières disputes sur la distinction réelle entre l'essence et l'existence (Revue Thomiste, t. XVIII, 1910).
3. Ægidii Romani Quæstiones de materia cæli ; quæst. II, éd. cit. fol. 81 col. c.
4. Quodlibet domini Egidii Romani. Theoremata eiusdem de corpore chrisli. Guliermus Ocham de sacramento allaris. Cum Privilegio. Colophon : Impressum Venetiis per Simonem de Luere : Impensie domini Andree Torresani de Asula. 18 Januarii i5û2.
DHENR1 DE GA.ND A DUNS SCOT