‹ Le système du monde (volume 2)Chapitre 138 sur 485 · III · texte numérisé non relu

III

la suivante : Une intelligence se trouve en la meilleure disposition qui lui puisse convenir lorsqu elle meut ; et comme, d autre part, on ne doit pas, à son gré, admettre qu’une intelligence se trouve autrement qu'en sa disposition la meilleure, on ne doit point supposer d’autre intelligence qu’une intelligence motrice... De cette proposition, il résulte que le mouvement ne cessera jamais, car les intelligences, afin de persister en la disposition la meilleure, seront toujours mouvantes. Si, d’ailleurs, le mouvement céleste ne doit jamais prendre fin, le Soleil ne cessera jamais d’engendrer des plantes et des animaux ; la génération et la corruption ne feront donc jamais défaut.

» Que ni l’une ni l’autre de ces deux propositions ne soit absolument vrai, il est aisé de le rendre évident...

» Si la Cause première peut agir sans que son action présuppose quoi que ce soit, elle peut donc agir sans aucun mouvement, sans aucun changement qui précède son action... Elle pourra produire des choses nouvelles sans aucun mouvement précédent, puisque, comme on l’a montré, il n’est pas nécessaire que son action s’exerce par mouvement et transmutation.

» Cela posé, il n’est plus contradictoire d’admettre que la génération a eu un commencement... »

Que la seconde supposition d’Aristote ne soit point vraie ; que la meilleure disposition d’une intelligence ne consiste pas à mouvoir un corps, Gilles le montre par diverses raisons ; en ces raisons perce même une pointe sarcastique que l’on dirait empruntée à Guillaume d’Auvergne :

« Les intelligences pourront donc cesser de mouvoir ; elles pourront ne pas mouvoir pendant une durée infinie, car leur fin n’est pas le mouvement.

» Dira-t-on que c’est le moyen par lequel elles atteignent ce qui est leur fin, car, en mouvant, elles deviennent semblables à la Cause première ; en mouvant, en effet, elles sont causes comme Elle est cause ; et c’est en cette assimilation que consiste leur bonheur 1 ? Si cette raison peut gagner l’esprit d’un homme sensé, ce sera fort étonnant.

i. On peut remarquer que les intelligences dont parle Gilles de Rome en ce passage ne sont ni celles qu’ Aristote a définies ni celles qu’Avicenne a considérées. Pour Aristote comme pour Avicenne, les intelligences sont les êtres immobiles et désirables auxquels désirent s’assimiler les moteurs conjoints aux corps des cieux ou les âmes des cieux. Ces intelligences qui meuvent les corps des cieux afin de s'assimiler à la Cause première et unique, ce sont les intelligences célestes telles que Saint Thomas d’Aquin les a conçues par une déformation du système d’Aristote (v.). T. V, p. 53g à 54g et suiv.

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GILLES DE ROME

» C’est une si modique assimilation à la Cause première qu’en eela, ne saurait consister la félicité des intelligences. De cette façon, en etfet, le feu serait heureux lorsqu’il chauffe, car, en chauffant, il joue le rôle de cause, en sorte qu’il acquiert une manière de ressemblance avec la Cause première. Je ne nie point que les intelligences trouvent leur bonheur à s’assimiler au premier Principe car cette assimilation les rend, pour ainsi dire, déiformes ; mais cette assimilation à Dieu, en laquelle réside la félicité des intelligences, elle consiste à connaître Dieu et à l’aimer ; elle ne consiste pas à lui ressembler en mouvant des corps. Nous devons donc conclure de là que les intelligences ne cesseront jamais de connaître Dieu et de l’aimer ; non point qu’elles mouvront toujours des corps. Le mouvement des corps célestes peut donc prendre fin et, en fait, il prendra fin un jour. »

Non content de montrer la fragilité des hypothèses sur lesquelles Aristote a fondé sa démonstration de l’éternité du monde, Gilles réfute quelques autres raisons que l’on a coutume d’invoquer en faveur de cette éternité. Parmi ces réfutations, il en est qui méritent une mention.

Une des raisons invoquées est celle-ci : « La nature désire toujours le mieux et y tend sans cesse. Il faut dire que la nature tend au mieux non par la connaissance qu’elle en aurait en ellemême, mais par la connaissance qui réside en autrui...

» Dieu veut nécessairement son propre bien; c’est l'objet principal de son vouloir. Or le bien créé n’accroît d'aucune façon le bien de Dieu ; ce n’est pas par les créatures que Dieu acquiert son bien ; il est absolument parfait en lui-même, alors qu'aucune créature n’existerait. Donc, à parler proprement et d’une manière absolue, Dieu ne veut d’une manière nécessaire aucun bien créé...

» C’est en vue de son propre bien, cependant, que Dieu veut toutes les créatures. En effet, c’est en se voulant lui-même qu’il veut les autres choses. Mais ces autres choses, il pourrait ne pas les vouloir, bien qu’il se veuille lui-même d’une manière nécessaire... Si donc quelque bien créé est nécessaire, ce n’est pas d’une manière absolue ; c’est seulement en vertu de l’ordre et de la disposition voulus par Dieu. La génération, donc, durera nécessairement aussi longtemps que Dieu l’a disposé et ordonné. L’argument proposé est donc un argument de rhéteur; il n’est aucunement concluant. »

Un autre argument bien connu est celui-ci : Le temps n’a pu commencer ; on ne peut dire, en effet, avant le temps, il n’y avait pas de temps ; car le mot avant suppose un temps ;

d’henri de gand a duns scot

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