‹ Le système du monde (volume 2)Chapitre 190 sur 485 · III · texte numérisé non relu

III

GUILLAUME VARRON

nant reviendront dans le même ordre et qu'elles seront numériquement les mêmes ; en sorte qu’au moment où les planètes, au terme de cette grande année qui contient trente-six mille ans, reprendront la disposition qu’elles ont en ce moment, nous nous retrouverons tous, siégeant en ces mêmes écoles. »

A cette théorie, Guillaume répond en citant la condamnation que Saint Augustin en a formulée au traité De la cité de Dieu.

Au sujet des arguments d’Aristote en faveur de l’éternité du Monde, Varron cite 1 2 3 l’opinion d’un de ses auteurs favoris, de « Raby », c est-à-dire de Moïse Maimonide. « Kaby expose et résout les raisons par lesquelles le Philosophe prouve l’éternité du Monde... Nous ne devons pas croire, déclare-t-il, qu’Aristote ait pris ces raisons pour des démonstrations ».

0 est, d ailleurs, 1 influence de Maimonide qui semble conduire Guillaume Varron en l’examen des doctrines relatives à l’éternité du Monde ; les arguments du Philosophe en faveur de cette éternité ne sont pas démonstratifs, mais les arguments en sens contraire ne le sont pas davantage ; Guillaume montre avec soin comment on peut les délier; les solutions qu’il donne ne sont pas toutes, d'ailleurs, empruntées à Maimonide ; en voici une qu’il doit à Saint Thomas d'Aquin :

« C’est un principe *, pour Aristote, que des grandeurs infinies ne sauraient exister ni parmi les grandeurs continues, ni parmi les nombres d’objets distincts. Or, étant donné que le Monde est éternel], il en résulterait, semble-t-il, qu’il existe des quantités infinies ; il aurait existé, en effet, une multitude infinie d’hommes ; les âmes de ces hommes, que l’on ne peut concevoir comme détruites, formeraient aujourd’hui une multitude infinie en acte. »

« A cet argument s, tiré de la multitude infinie des âmes, on peut répondre qu’il ne contredit point au Philosophe, car celui-ci, comme l’expose le Commentateur au troisième livre De F âme, admettait que l’intelligence est numériquement une pour tous les hommes.

» On peut encore, d’une autre manière, répondre qu’au sentiment du Philosophe, l’âme est détruite en même temps que le corps...

» Mais, selon la vérité, on peut dire que l’infinité actuelle peut être admise aussi bien pour les grandeurs continues que pour les multitudes discontinues ; cela ne répugne point à la créature,

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