Les adversaires : Gilles de Home, Godefroid de Fontaines
les Dominicains
Condamner les doctrines favorites de Thomas d’Aquin, c’était s’en prendre à forte partie. Le grand talent de professeur du Dodo?communis , non moins que la douceur de son caractère, lui avaient assuré, parmi les maîtres de l’Université de Paris, des admirateurs enthousiastes en même temps que des amis dévoués. L’ordre des Frères Prêcheurs avait, dès lors, conçu une religieuse vénération
LE REFLUX DE L’ARISTOTJÉLISME
pour le grand théologien qui s'était formé dans son sein. C’est assez dire que les décrets portés par Étienne Tempier et par Robert Kilwardby ne pouvaient être acceptés sans soulever de très vives protestations tant parmi les maîtres de l’Université de Paris que parmi les Dominicains.
L’un des maîtres parisiens qui se montrèrent les plus rebelles aux condamnations de Paris et d’Oxford fut l’Augustin Gilles Colonna, surnommé Gilles de Home 1 . Très fidèle disciple de Saint 1 bornas en la plupart des questions controversées, Gilles de Rome ne voulut pas accepter que l’Évêque de Paris ou l'Archevêque de Cantorbéry traitassent d’erreurs les enseignements de son maître. Nous 1 avons entendu, déjà, déclarer que plusieurs articles du décret porté par Étienne Tempier n’avaient nullement bénéficié de 1 assentiment unanime des théologiens et que, seule, l’opiniâtreté de quelques maîtres avait pu les faire passer. Il ne tarda pas à manifester de la manière la plus nette le peu de cas qu il taisait des prohibitions de Robert Kilwardby.
Gilles tenait pour la thèse de l'unité des formes substantielles en 1 individu, thèse qui allait être l'un des principaux sujets de dispute entre les Thomistes et leurs adversaires. Avant 1277, il avait plusieurs lois soutenu cette thèse en des discussions orales. Après qu’elle eût été condamnée à Oxford, il résolut de la défendre par écrit 2 ; il composa à cette occasion son petit traité De gradibus formarum 3. En cet opuscule, il ne se bornait pas à prétendre que la thèse de la forme substantielle unique était démontrable en Philosophie et compatible avec la Foi catholique ; passant de la défensive à 1 offensive, il accusait la thèse contraire d être philosophiquement insoutenable et théologiquement suspecte.
G était aller bien loin; le dominicain Gilles de Dessines qui, au mois de juillet 1278, publiait4, lui aussi, en vue de défendre la
(.P. Mandonnet, O. P. La carrière scolaire de Gilles de Rome (1276-091) (Revue des Sciences Philosophiques et Théologiques , t. IV, 1910; pp. 481-499).