‹ Le système du monde (volume 2)Chapitre 270 sur 485 · IV · texte numérisé non relu

IV

l’on perçoit un objet singulier, c’est la nature soumise à la singularité qui est la raison formelle ( ratio formalis ) immédiatement perçue {obvia), bien que le tout individuel soit perçu comme étant quelque chose...

» Vous demanderez comment cette singularité ou hœccéité se comporte à l’égard de l’objet, puisqu’elle n’en est pas la raison formelle... Je répondrai qu’elle a, à cet objet, la relation d’une condition nécessaire {causa sine qua non)... L’objet propre du sens, c’est la nature indifférente elle-même ; mais elle ne peut être perçue sans la singularité. »

Quelle opinion Antonio d’Andrès se forme-t-il de cette hœccéité? Pour le comprendre, il nous faut arrêter un moment notre attention sur une théorie qu’il emprunte à Scot, mais qu’il développe avec une sorte de prédilection en ses divers écrits '. Cette théorie se compose des propositions suivantes : « Le composé de matière et de forme est une certaine entité réellement distincte des parties constitutives de ce composé... Cette entité du composé, distincte des entités des parties, est une entité absolue... Cette entité du composé, distincte des parties, est la forme du tout, c’est-à-dire l’essence spécifique {quiddiias) . » Cette forme n'est pas une certaine forme plus parfaite que la forme, partie du composé, qui se surajouterait à cette dernière ; ce n’est pas davantage un intermédiaire qui viendrait unir la matière à la forme au sein du composé ; ce n’est pas non plus une forme qui, prenant le composé tout entier pour l’informer, à la façon d’une matière, en accroîtrait la perfection ; cette forme du tout, du composé, ce n’est pas autre chose que la nature, que l’essence spécifique.

Cette singulière théorie de Scot n avait pas manqué de surprendre plusieurs de ses successeurs immédiats ; aussi bien en sa Métaphysique qu’en son traité Des trois principes ’, Andrès nous apprend que Pierre Auriol la critiquait et la rejetait.

Or, cette théorie est celle à laquelle Antonio d’Andrès fait appel lorsqu’il veut éclaircir la nature du principe d’individuation, de l’hœccéité ; si l’essence spécifique peut être regardée comme une forme de l’ensemble du composé, l’hœccéité peut être considérée comme la matière qui correspond à cette forme.

1 . Antonii Andreæ Scriptum in quatuor libros Sententiarum ; Lib. III, Dist. II, quæst. II; éd. cit., fol. 92, coll. b, c, d. — Quæstiones super XII libros Metaphysicæ, Lib. VII, quæst. XVIII ; éd. cit., fol. 43, coll. b, c, d. — De tribus pnncipns, quæst. XHIa et ultima (Ilia pars, quæst. II), quantum ad secundum, septima conclusio.

2. Antonii Andreæ Quæstiones in Melaphysicam, loc. cit. ; éd. cit., fol. 43, col. d. — De tribus principiis, loc. cit.

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