IV
DL'PiS SCOT ET LE SCOTISME
forme substantielle sont des universaux réels, qui existent indépendamment de notre raison :
« Lors même qu’aucune intelligence n’existerait, écrit-il, cet objet blanc continuerait à être semblable en blancheur à cet autre objet blanc ; il y a donc une certaine unité réelle qui est le fondement prochain de cette relation, car cette relation ne saurait avoir, pour fondement formel, un simple être de raison ; d’autre part, cette unité n’est pas une unité numérique, car cet objet blanc-ci et cet objet blanc-là ne sont pas numériquement le même objet blanc ; ce qui est un, en effet, ne peut être semblable à luimême ; cette unité est donc quelque unité autre que l’unité numérique.
» De même, en l’absence de toute intelligence, ce feu-ci continuerait d’engendrer ce feu-là qui lui est semblable en forme ; c’est, en effet, à cause de la forme que le générateur engendre son semblable... ; cette génération est une génération univoque; or la génération univoque requiert l’unité de la forme en ce qui engendre et en ce qui est engendré ; mais cette unité n’est pas l’unité numérique ; c’est donc quelque autre unité ; et c’est, toutefois, une unité réelle, car elle existe même en l’absence de toute intelligence, comme il a été dit (et est realis , quia circumscripto omni intellectu, ut diction est). »
Il y a plus, cet universel réel, doué d’unité, mais d’une unité d’ordre inférieur à l’unité numérique, c’est lui seul que le sens perçoit lorsqu’il est mis en présence d’un objet singulier. Antonio d’Andrès soutient cette opinion à l’endroit que nous venons de lire, et il l’avait déjà formulée auparavant.
« L’objet singulier, avait-il écrit *, considéré en tant que singulier, n’est pas l’objet propre du sens; l’objet propre du sens, c’est une certaine chose réelle ( aliquid reali), dont l’unité est supérieure à l’unité universelle, mais inférieure à l’unité numérique...
» Il faut remarquer, à ce sujet, qu’il y a deux choses à considérer en l’être singulier; d’un côté, la singularité elle-même, que l’on peut nommer hœccéité ; de l’autre, la nature qui est le sujet de la singularité ; par elle-même, cette nature est indifférente à être tel individu (hoc) ; puis donc qu’elle est indifférente, elle précède la singularité, et la priorité par laquelle elle précède cette singularité est précisément ce à quoi elle doit cette indifférence et son unité réelle, inférieure à l’unité numérique. Lors donc que
I. Antonii Andkeæ Op. laud., Lib. I, quæst. VIII; éd. cit., fol. 9, col. d.
l'individuation et la quiddité spécifique