‹ Le système du monde (volume 2)Chapitre 300 sur 485 · VI · texte numérisé non relu

VI

Lull n’était amené à développer quelqu’une des opinions qu’il professe en Physique ou en Métaphysique.

G. Les Douze principes de la Philosophie.

La connaissance de ces opinions se trouvera accrue par la lecture d’un petit traité plus récent que l’drj» magna etrl’Ars brevis.

Ge traité porte trois titres 1 : Les douze principes de la Philosophie, Lamentation et supplication de la Philosophie contre les Averroïstes, enfin Physique. Dédié à Philippe le Bel, il fut* « achevé à Paris, au mois de Février de l’an MGGCX (1311) de l’incarnation de Notre Seigneur Jésus-Christ ».

Le plan de cet opuscule rappelle quelque peu celui du traité consacré aux condamnations de 1277; il porte la marque de l’ingéniosité, parfois étrange, de notre Franciscain.

La 1 hilosophie se plaint amèrement d’être calomniée par les Averroïstes : « Us affirment que, selon ma propre méthode de connaître, selon l’intelligible, qui est mon sujet, la foi catholique est erronée et fausse ; mais ils disent qu elle est vraie au point de vue de la croyance. Mais ils me font grande injure, car mon intelligence ne parvient pas à concevoir comment ils peuvent affirmer qu ils croient à la sainte foi catholique et déclarer qu’ils la regardent comme fausse ».

Au milieu de ses soupirs et de ses larmes, la Philosophie s’écrie : « Par devant mes principes qui sont la forme, la matière, la génération, la corruption, la vertu de composition élémentaire ( ele mentatio), la vertu végétative, le sens, l’imagination, le mouvement, 1 intelligence, la volonté et la mémoire, je confesse que jamais, à 1 encontre de la Théologie, je n’ai conçu fraude, dol ni déception ; je reconnais que je suis sa servante ». « Et vous, poursuit-elle en s adressant à ses douze principes, qu’êtes- vous? » l'ous, sauf l’intelligence, qui garda le silence, s’empressèrent de répondre : « \ ous êtes la véritable et loyale servante de la Théologie ». « Et toi, intelligence, que dis-tu? » L’intelligence répondit : « Presque en entier, je suis pervertie, à force d’errer à Paris, parmi les diverses opinions; dès lors, que puis-je dire? Ma lumière devrait consister en clarté et en vérité; mais les erreurs et les faussetés des philosophes l’ont toute obscurcie et enténé-

«i'&ïlSÆr Phdosophiæ M. Raymundi Lullu, çuæ et Lamentalio

con,ra '*■*«"'"«' « ph«“ca *.«■ 2. Raymundi Lullu Op. laud., in fine; éd. cit., p. 146.

brée; ces erreurs me suffoquent à tel point que je n’ai presque plus ni souffle ni vigueur. A cela, je ne vois qu’un remède : c’est que le Seigneur, par l'intermédiaire du Roi de France, me vienne en aide, et cela à brève échéance, car les erreurs grandissent et les vérités sont étouffées. De ces erreurs, d'ailleurs, le fondement est à Paris, car la renommée dit partout que j'y réside plus qu’en toute autre ville ».

A ce moment, Raymond Lull sortait de Paris, en compagnie de la Contrition et de la Satisfaction, devisant avec ces deux dames de l’état pervers où le monde se trouvait alors. Les lamentations de la Philosophie frappent leurs oreilles; ils lui en demandent les causes; la Philosophie supplie Raymond et ses deux compagnes de se rendre auprès du Roi de France et de lui demander, pour elle, protection et remède. Mais auparavant, Raymond, Dame Contrition et Dame Satisfaction veulent entendre chacun des douze principes exposer l'état en lequel il se trouve.

Après avoir eut la confession des douze principes, Raymond donne ce conseil à la Philosophie : « Obtiens du sérénissime Roi de France, et, avec lui, des maîtres et bacheliers en Sainte-Ecriture, qu’ils tiennent virilement et dévotement la main à éviter toute contradiction entre la Théologie et toi, contradiction qui ne doit pas exister, puisque tu n’es que la servante et qu’elle est la maîtresse; entre vous, il doit y avoir concordance pure et parfaite; impose le même principe aux Artistes ». Puis Raymond, Dame Contrition et Dame Satisfaction sc rendent auprès du Roi de France pour lui conter ce qu’ils avaient vu et entendu; ce qu’ayant ouï, le Roi en fut touché ; désireux d’accomplir le grand bien qu’on lui demandait, il donna bon espoir aux deux dames et à Raymond.

D. La forme, la matière et le mouvement universels.

Des douze principes, le premier qui prenne la parole, c’est la forme. « Je suis un être, dit-elle ‘, car c’est moi qui donne à toute chose son existence; je suis absolue et primitive, car, avec la matière première, je constitue la substance unique et générale de tout F Univers . ^

» Rien que j'existe en acte, je suis un être en puissance de toutes les formes particulières ; c’est de mon essence que sortent et agissent toutes les formes substantielles ; c’est de moi et de ces

i. Ratmundi Lullii Op. laud., Cap. I, De forma; édit, cit., pp. 114-117.

Page 1