‹ Le système du monde (volume 2)Chapitre 328 sur 485 · VI · texte numérisé non relu

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que l’Église justifie son autorité par quelque preuve saisissable à la perception du sens; cette preuve est donnée par les miracles.

Ainsi les vérités d’ordre naturel sont imposées' à notre raison par la Physique, au nom de l’expérience sensible; les vérités d’ordre surnaturel sont imposées à notre croyance, par la Doctrine catholique, en vertu d’une autorité que les miracles confirment. Entre la Physique et la Doctrine catholique, îl ne reste pas la moindre place pour une Métaphysique.

Telles sont les thèses que Jean de Jandun soutient avec une inébranlable fermeté, qu’il invoque toutes les fois que l’occasion s’en présente, qu’il formule toujours dans les mêmes termes, en homme dont la pensée est parfaitement claire et la conviction parfaitement arrêtée.

Voyons comment notre auteur use de ces thèses générales dans les diverses circonstances où le Dogme catholique se trouve en contradiction avec l’enseignement des Philosophes.

H. La création du Monde.

Aristote et Averroès nient que Dieu ait pu créer le Monde à partir du néant. « Cependant 1 , nous devons, avec la foi chrétienne, tenir pour absolument vrai que Dieu a produit toutes choses par innovation, à partir du néant, et non pas à partir de quelque sujet préexistant. Mais cette production ne fut point celle de quelque chose que 1 on lait, ce ne fut pas un devenir, sinon par homonymie, bien que le terme de cette production fût de même sorte que le terme d’une fabrication naturelle; cette production est appelée création et émanation simple. Les Philosophes païens ont ignoré ce mode de production ; et cela n’est pas étonnant, car il ne peut pas être connu au moyen des choses sensibles et 1 on ne saurait, non plus, en être convaincu à l’aide de quelques raisonnements dont les conséquences concordent avec les choses sensibles. Ces Philosophes, donc, qui ont tiré toutes leurs connaissances de raisonnements dont les conséquences concordent avec ce que le sens a peryu ( Ideo illi qui swnpserunt coqnitiones suas ex ratiombus concordantibus sensatis ), ces Philosophes, disons-nous, ne sont pas parvenus à la notion de ce mode de fabrication; d’autant que ce mode est fort rare puisqu’il

I. Joann.s DE Janduno Quæstiones in libros Physicorum, cd. cit., fol. 20, coll. a et b.

i, quæst. aau ;

n’a eu lieu qu’une seule fois, et qu’un très long temps s’est écoulé depuis lors.

» Mais ceux qui ont eu connaissance de ce mode de production, c'est par une autre voie qu ils l’ont connu; c’est par l’enseignement autorisé des saints, par des révélations, et autres moyens de ce genre. »

Endépit donc des objections des Philosophes, « le Monde a été produit par innovation ’, alors qu’auparavant, il n’existait point du tout; mais il n’a pas été produit par un procédé de même nature qu’une génération, qu’une fabrication ou qu’une transmutation quelconque ; il a été produit par une création, qui n’est point une génération, sinon par homonymie, et qui est une simple émanation. Ce mode de production est demeuré ignoré de ceux qui, en toutes choses, n’ont ajouté foi qu’au témoignage des sens {qui ex sensibilihus f idem receperunt de omnibus). On ne peut pas le démontrer, car il surpasse la nature. Mais il nous est enseigné par la foi et la vérité, et, d’accord avec la croyance des docteurs sacrés, nous devons croire fermement que Dieu a, de rien, créé toutes choses. »

« ... Cette conclusion, dit ailleurs Jean de Jandun 1 2, présuppose l’éternité du Monde et, cette éternité', c'est bien ce que veulent Aristote et son Commentateur. Cependant, selon la foi et la vérité, pour les causes matérielles accidentellement ordonnées, il n’y a nullement progression à l’infini, car la matière n’est pas éternelle ; la matière a commencé, non par l’effet d'un mouvement, mais par un autre mode de production, par une émanation simple, à laquelle le nom de mouvement ne peut convenir que par homonymie. Ce mode de production, Aristote ni le Commentateur ne l’ont vu, car les choses perçues par les sens ne nous en peuvent convaincre ; il est, en effet, au-dessus de la nature. »

Averroès 3 n’a pas eu tort de tourner en dérision les Motekallemîn et Avicenne, qui voulaient que Dieu eût, de rien, créé le Monde ; ces gens, en effet, affirmaient la création du Monde comme une vérité d’ordre naturel. « 11 faut noter avec soin que le Commentateur reprend ceux qui tiennent ce langage : De rien, quelque chose peut être fait ; et il les reprend avec raison, car cela est impossible suivant les voies de la nature. 11 est vrai

1. Joannis de Janduno Quæstiones in libros de Cælo et Mundo, lib. 1, quæst. XXIX; éd. cil., fol. 19, col. d.

2. Joannis de Janduno Quæstiones in libros Metaphysicæ, lib. II, quæst. VII ; éd. cit., col. il\ô.

3. Joannis de Janduno Op. laud., lib. II, quæst. XI ; éd. cit., col. 174.

LE REFLUX DE L 'ARISTOTÉLISME

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