I. La liberté
Un des conflits les plus directs entre la Philosophie péripatéticienne et la foi a pour sujet la liberté. Pour la Philosophie péripatéticienne bien comprise, il ne peut y avoir action libre ni de la part de Dieu ni de la part de l’homme, car il n’y a pas de contingence. Une chose possible, c’est une chose qui sera nécessairement à un certain moment ; une chose qui ne sera jamais, c est, tout simplement, une chose impossible. Parler, donc, d’une chose qui pourrait être et qui, cependant, ne sera pas, c’est
énoncer un non-sens.
« Mais, direz-vous un tel peut être pape avant sa mort, qui, cependant, ne sera pas pape. A cela il faut répondre : S’il ne devient pas pape avant sa mort, c’est qu’il n’a pas possédé la papauté en puissance. Toutefois, selon la foi et la vérité, nous devons dire qu il y a des choses engendrables, qui peuvent être engendrées et qui ne seront jamais engendrées ; quelqu'un peut vouloir quelque chose qu’il ne voudra pas, peut faire quelque
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chose qu'il ne fera jamais. Cela, nous le devons croire, bien qu Aristote n’eût pas été en état de le concevoir, car il ne le pouvait démontrer à partir des choses sensibles. Mais ce principe est nôtre, parce qu’il est surnaturel et qu'il est au pouvoir de Dieu qui peut tout. Par là [qu’il ne peut être démontré], dous avons mérite à le croire, car, selon Saint Augustin, le mérite cesse là où la raison humaine fournit une preuve. Ainsi, en la matière première, existent des choses qui sont susceptibles d’être engendrées et qui ne seront jamais engendrées. »
Donc, selon l’enseignement d’Aristote, « rien absolument ne sera contingent '. Certains théologiens ajoutent qu’Aristote se contredit lui-même..., car il dit que' certaines choses sont contingentes. Ces théologiens prétendent donc qu’Aristote est en contradiction expresse avec lui-même ; aussi n’admettent-ils pas que Dieu agisse par nécessité ; ils admettent qu’il agit librement, car il peut ne point agir.
» Mais, sauf le respect que je dois à ces personnes, je leur répondrai qu’Aristote n’est point en contradiction avec lui-même ; il lui faut admettre, en effet, que tous les êtres sont nécessaires, suivant un certain mode de nécessité ; aussi a-t-il admis que toute chose qui sera dans l’avenir adviendra d’une manière nécessaire.
» Toutefois, pour comprendre ce que dit Aristote, il convient de remarquer qu'il y a deux sortes de nécessités.
» Il y a une nécessité continue, qui est en tout temps et en chaque partie du temps. Ainsi Dieu est nécessaire de nécessité continue, car il est en tout temps.
» Il y a une autre nécessité qui est la nécessité discontinue, et celle-ci, à son tour, est de deux espèces.
» L’une d’elles est déterminée àv la fois en la nature et pour nous. Si une chose, par exemple, n’existe pas en tout temps, mais seulement durant une partie déterminée du temps, et si nous pouvons prévoir d’avance- en quel temps elle existera, cette chose est déterminée à la fois en la nature et pour nous. Ainsi les éclipses futures sont de nécessité discontinue, et cette nécessité est, déterminée à la fois en la nature et pour nous ; une telle éclipse se produira, en effet, à une époque déterminée, qui peut être également connue d’avance, par nous, d’une manière bien déterminée.
» Il y a une autre nécessité discontinue, qui est déterminée en la nature, mais qui n’est pas déterminée pour nous. L’événement \
i. Joannis be Janduno Quæstiones in libros Metaphysicæ, lib. XII, quæst. XXII; éd. cit. , coll. 715-716.
LE REFLUX DE L’ARISTOTÉLISME