‹ Le système du monde (volume 2)Chapitre 331 sur 485 · VI · texte numérisé non relu

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dont il s’agit arrive bien en une certaine partie déterminée du temps, mais cette époque, nous ne pouvons la connaître d’avance d une manière déterminée, parce que cet événement est rare et inaccoutumé. Qu’un homme, par exemple, en creusant la terre, trouve un trésor ; voilà une chose qui est nécessaire de nécessité discontinue, déterminée en la nature, bien qu’indéterminée pour nous. —

» Venons maintenant à la question... Aristote, dirons-nous, affirmerait que toutes choses sont nécessaires de l’une ou de l’autre de ces trois manières; soit de nécessité continue; soit de nécessité discontinue, déterminée à la fois en la nature et pour nous, comme les éclipses et les levers du Soleil et des étoiles; soit, enfin, de

nécessite discontinue, déterminée en la nature, mais indéterminée pour nous.

» Ce qui arrive de cette dernière manière arrivera nécessairement, et c’est pourquoi cela est possible; sinon, des contradictoires existeraient en la même chose et au même instant, ce qui va contre le premier des axiomes : Une même chose ne peut pas, a la fois, etre et ne pas être. Cela arrive donc par une nécessité qui n est pas un effet de la violence, qui n’est pas une nécessité continue, mais bien une nécessité discontinue par laquelle cela est déterminé en la nature, mais indéterminé pour nous; cette nécessité découle de l’incompossibilité des contradictoires. On nomme contingentes ces choses qui sont [déterminées en la nature, maisj indéterminées pour nous. »

C est bien là, semble-t-il, la seule notion de contingence que le I énpatétisme puisse admettre ; la contingence est un simple caractère illusoire, dont nous marquons les événements «jui arriveront nécessairement, lorsque nous sommes incapables de les prévoir avec certitude ; si nous prétendions y voir une réalité, une possibilité simultanée d’être et de ne pas être, nous admettrions une pure contradiction. Nous avions entendu, déjà, Guido Bonatti, désireux de justifier les prédictions de l’Astrologie, exposer cette leone péripatéticienne de la contingence ; mais si clairs que fussent ses développements, ceux de .Jean de Jandun les surpassent encore en précision. r

V>ila, poursuit noire auteur, ce que dirait Aristote. Mais nous, selon la foi et la vérité, nous devons croire le contraire, car Uieu a fau librement toutes choses, et cela de telle manière qu’il pouvait faire chaque chose ou ne pas la faire ; de même, telle chose qui est possible ne sera jamais. Mais cela, Aristote, en suivant ses principes, ne 1 a pas vu, car cela ne peut être démontré à par-

tir des choses sensibles. Cela, nous le tenons pour vrai, en respectueuse communauté de sentiments avec les saints docteurs de l’Église sacrée, parce que nous en sommes informés par la foi et la vérité. »

J. La perpétuité du Monde.

Ce qui peut être, c est, pour Aristote, ce qui sera nécessairement à une certaine époque; ce qui ne sera jamais, est tout simplement impossible ; une chose qui ne sera jamais détruite, c est une ctiose indestructible; l éternel et le nécessaire se conlondent. Prétendre, donc, que Dieu a créé un Monde susceptible d’être détruit et qu il peut cependant, s il le veut, lui maintenir une existence qui n aura pas de fin, c’est formuler un non-sens. « Mais ce jugement ne vaut point 1 2 3 contre la puissance divine et la foi ; Dieu peut faire quelque chose que, cependant, il ne fera jamais; il peut donc taire qu un être susceptible de génération et de corruption demeure perpétuellement. Mais cela est au-dessus de la natux*e, en sorte que cela ne peut être démontré à partir des choses sensibles ; et si cela pouvait être démontré, nous n’aurions plus de mérite à le croire. La puissance divine fait donc plus que notre intelligence ne sautait comprendre. »

« Qui tient * pour les principes de la vérité et de la foi doit dire ceci : Une chose qui est, de soi, corruptible, peut être perpétuée par autrui, savoir par Dieu. On n’en peut pas être con\aincu à l’aide de ce qui a été perçu par les sens ; aussi Aristote n a-t-il pu le comprendre, car il se fiait seulement aux choses dont on peut être convaincu au moyen de ce que les sens ont perçu ; et il en était de même du Commentateur. »

K. La spiritualité et V immortalité de l âme.

L’âme humaine a commencé d’être ; elle n est pas éternelle dans le 'passé ; partant, elle n’est pas nécessaire, elle peut être détruite ; mais dire qu elle peut être détruite, c’est dire qu elle le sera nécessairement quelque jour ; l’immortalité de 1 âme est donc, poui tout péripatéticien, un dogme inadmissible.

« Telle a été s, en effet, la doctrine d’Aristote et, surtout, celle

1 . Joannis de Janduno Quæsliones in librosde Cælo et Mundo, lib. I, quæst.

XXXIII ; éd. cit , fol. 21, cof. c „„„„ , , . „ . , .

2. Joannis de Janduno Op. laud., lib. I, quæst. XXX \ ; éd. cit., fol. 22, col- •

3. Joannis de Janduno Ouæstiones in libros de anima, lib. III, quæst. V ; éd. cit., fol. 60, coll. a et b. — Cf. Quæstiones in libros Metaphysicæ, lib. XII, quæst. IV ; éd. cit.. col. 048.

LE REFLUX DE l’aRISTOTÉLISME

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