‹ Le système du monde (volume 2)Chapitre 342 sur 485 · VIII · texte numérisé non relu

VIII

GUILLAUME ï)’oCKAM ET L’OCCAMISME

paraissent mal formulées. » Il réfute donc rapidement l’opinion de Scot, et poursuit en ces termes :

« Je donne à cette question une autre réponse et, tout d’abord, j’énonce cette conclusion : C’est par elle-même que foute chose singulière est singulière ( quœlibet res singularis seipsa est singularis)...

» Toute chose qui est extérieure à notre âme est singulière par elle-même ; sans que rien vienne s'y ajouter, elle est ce que dénomme immédiatement un terme entendu comme singulier... Toute chose hors de l’âme est, par elle-même, cette chose individuelle que voici ( quœlibet res extra animam seipsa erit hæc ) ; il n’y a pas à chercher une autre cause d’individuation si ce n’est, peut-être, des causes extrinsèques dans le cas où l’individu est un composé ; il faut bien plutôt chercher la cause en vertu de laquelle quelque chose peut être commun et universel. »

Nous retrouvons ici, sous la plume de Guillaume d’Ockam, la pensée de Roger Bacon ; ce problème de l’individuation qui a provoqué tant de débats chez les Hellènes, puis, surtout, chez les Arabes et parmi les maîtres de la Scolastique latine, c est un problème vain et illusoire, qui ne doit pas être posé ; on ne doit pas demander pour quelle cause les choses réelles sont individuelles « et ideo stultitia magna est in hujus modi quæstione quam fàciunt de individuatione » ; Bacon l’avait dit brutalement et, assurément, Ockam le pense, comme Pierre Auriol 1 avait pensé avant lui ; l’un et l’autre, en effet, comprenaient de même le problème de l’individuation ou, plutôt, ils niaient de même que ce problème dût être posé.

« Il n’y a pas à chercher une cause d’individuation... Il faut bien plutôt chercher la cause en vertu de laquelle quelque chose peut être commun et universel. » C’est, au problème de 1 individuation , substituer le problème de la généralisation. Quelle est, au gré de notre auteur, la solution de ce dernier problème?

Ockam trouve devant lui une théorie qu’on a fort justement nommée le conceptualisme . Mis en présence des choses réelles, qui sont individuelles, l’esprit, par un travail d abstraction, en tire une idée générale qui convient également à chacune des choses individuelles.

Le Venerabilis inceptor Academiæ Nomino.lium brise résolument avec cette doctrine. Dès le début de ses Questions sur la Physique, il se demande : Si le concept est une certaine fiction ( aliquid fictum) possédant seulement dans l’âme une existence objective

Page 1