‹ Le système du monde (volume 2)Chapitre 35 sur 485 · Lincolniensis Summa, Cap. LUI; éd. Baur, pp · texte numérisé non relu

Lincolniensis Summa, Cap. LUI; éd. Baur, pp

LA RÉACTION DE LA SCOLASTIQUE LATINE

« En la constitution d’une espèce spécialissirne, on voit nécessairement se réunir une multitude de formes ; par exemple, en la constitution de l’homme, se réunissent la forme de la substance en général, la forme de la corporéité, la forme de l'animalité, enfin celle de la rationalité. Dès lors, comme ces formes se succèdent dans un certain ordre, on peut se demander s’il y a addition ou superposition de ces formes les unes aux autres, ou bien, au contraire, s'il n’y a pas, par une forme, perfection qui confère un complément d’acte à une autre forme qui existait d’une existence incomplète.

» Seules, les formes qui existent de l’existence simplement spécifique peuvent être dites avec vérité des essences complètes ; les formes générales, au contraire, 11e sont que des essences incomplètes ; depuis la première forme générale jusqu’à celle qui correspond au genre ultime, toutes ces formes sont, pour la raison, différentes les unes des autres ; mais toutes les formes générales qui, dans la ligne des prédicaments, sont supérieures à la forme de l’espèce, se trouvent essentiellement unies en cette dernière ; aussi Avicenne dit-il que c’est par une seule et même forme que le feu est feu, et corps, et substance. Sinon, une même chose aurait plusieurs formes substantielles et plusieurs essences, et la forme véritablement substantielle, qui achève une chose composée, serait nécessairement une forme accidentelle, ce qui est impossible...

» Que ces formes soient différentes les unes des autres, tout en étant unies dans la forme spécifique, en voici un signe : Lorsque la forme spécifique vient à être détruite, la forme du genre subsiste ; ainsi, la forme qui caractérise l’espèce âne ( asinitas ) étant détruite, la forme de corporéité et la forme de substance persistent, bien que sous une autre façon d’être.

» De même, suivant la voie de la génération, une chose est corps avant d’être homme... En effet, toute chose qui vient à l’existence par la voie de la génération et du mouvement est, même dans le temps, d’une existence potentielle incomplète avant d'être d’une existence actuelle complète. Ainsi, non seulement par nature, mais encore, selon la voie naturelle, dans le temps, la forme du genre précède 1 existence de la forme spécifique en la matière, ou son existence en acte individualisé ; et la forme du genre le plus universel dans la catégorie de la substance, en laquelle toutes les formes spécifiques sont latentes et en puissance, les précède toutes. Ainsi cette perfection successive des formes, qui part de la forme généralissime, s’élève aux formes

LE REFLUX DE L’ARISTOTÉLISME

subalternées et parvient enfin à la forme spécialissime, n est pas l’addition d'une forme à une forme qui en diffère par essence, mais seulement l’addition d’une forme à une forme qui en diffère selon la raison et le mode d’existence [sed solum seeuadum rationem et essendi moditm). »

L’auteur de la Summa philosophiæ s’était, de la manière la plus nette, mis au nombre des disciples d’Avicébron, des partisans de la pluralité des formes ; à plusieurs reprises, il avait affirmé que les distinctions entre les diverses matières, entre les diverses formes, n’étaient pas de simples distinctions de raison, mais des distinctions de nature. Le voici maintenant qui tient un langage tout contraire, qui parle comme le pourrait faire un partisan de la forme substantielle unique, un disciple de Saint Thomas d Aquin. Très certainement, la raison de notre auteur est dénuée de vigueur et de décision ; dans les débats qui s agitent à 1 époque où il écrit, il est incapable de prendre nettement partie; l'étude de ses doctrines astronomiques nous en avait déjà convaincus.

« Ainsi donc, poursuit la Summa philosophiæ *, toutes les formes générales possèdent leur existence actuelle spécifique dans la forme spécialissime de l’espèce, et toute forme spécifique possède son existence actuelle et matérielle au sein des divers individus de l’espèce. »

En exposant le système d’Avicébron, Bacon prenait soin d établir un exact parallélisme entre les distinctions qu il établissait au sein de la substance spécifique, et les distinctions qu il établissait au sein de la substance individualisée; à chacun des degrés pris d’une manière universelle correspondait un degré pris d une manière singulière ; notre auteur parait faire allusion à ce parallélisme dans le passage suivant1 2 où, en outre, il nous i ait connaître son sentiment sur le principe d’individuation :

« La substance universelle est substantiellement constituée par l’être en puissance et par la forme pure et simple ; de même, la substance singulière est actuellement constituée d un être qui est en une certaine puissance, en puissance de la forme individuelle, et d’un être qui se trouve en un certain acte, savoir de la tonne qui se trouve en l’acte individuel. 1) ailleurs, cette substance singulière n’est pas autre par essence que la substance individuelle ; elle s’en distingue seulement par 1 existence ( sed solum diversifi-

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