‹ Le système du monde (volume 2)Chapitre 404 sur 485 · VIII · texte numérisé non relu

VIII

» Il est encore évident, contrairement à l’opinion des autres, qu’une chose non existante peut être connue intuitivement, bien que l’objet de cet acte n’existe pas; car la vision sensible dune couleur peut être conservée par Dieu, alors que cette couleur n’existe pas; et cependant, cette vision aura [encore] pour terme la couleur à titre d’objet premier ; il en est de meme, et pour la même raison, de la vision intellectuelle intuitive. »

Le disciple anonyme d’Ockam va nous apprendre comment son maître allait jusqu’aux conséquences extrêmes des principes que nous venons de lui voir poser. Ce disciple écrit *, en effet :

« Si, après destruction de l’objet, l’intuition en était conservée par Dieu, cette intuition serait, pour l'intelligence, cause d assentiment au complexe suivant. Ce complexe étant formé : Je comprends A, je donne aussitôt mon assentiment, et je sais que je comprends A (Si aiitem , destructo objecto , cotiser varetur a Deo ilia intuitio, tune ilia est causa intellectui assentiendi isto complexo. Formato hoc complexo : Ego intelligo A, Statim assentio , et scio

me intelligere A. »

La critique d’Ockam l’amène, en dernière analyse, a cette conséquence : La seule chose dont nous assure la connaissance intuitive, c’est que nous avons cette connaissance. Scs principes

l’ont conduit jusqu’au subjectivisme radical.

Lorsqu'on lit non seulement les traités composés par le Maître franciscain, mais encore les propos plus fermes et plus accentues que son disciple lui prête, on le voit, semble-t-il, regimber contre ce corollaire de sa doctrine et se raidir pour le repousser. Il

aurait voulu s’en tenir à l’affirmation que la connaissance intuitive

nous permet déjuger avec certitude de la présence de 1 objet. Il n’en pouvait demeurer là. Son principe, trop absolu, que Dieu peut faire tout ce dont la production n’implique aucune contradiction, le poussait avec une force irrésistible et le contraignait de franchir la limite que sa critique eût voulu s imposer.

i. Anonymi Op. laud., loc. cit.

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